




| L'Eglise catholique, l'avortement et l'excommunication |
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Dieu est amour. C’est la Bible qui le dit. Lisez par exemple la première lettre de Jean chapitre 4. Le Dieu amour, c’est ce que s’évertuent à expliquer des prêtres et pasteurs comme un seul homme tous les dimanches. Tous les chrétiens, qui confessent Jésus dans leur vie, savent que la personne de Dieu est amour.
Dans l’Eglise catholique, une excommunication concerne uniquement les catholiques baptisés. Elle signifie en principe qu’on est exclu non pas de l'Eglise mais de tout sacrement. Le lien avec Jésus qui ne jugea pas la femme adultère dans l'évangile de Jean (Jean 8.1-11) n'est pas clair. Il s'agit de la punition la plus lourde qui puisse être infligée à un catholique. Pour l'avortement, elle est en principe automatique. Idem pour pour les "hérétiques" (c'est-à-dire surtout les protestants aux yeux de l'Eglise catholique...). Alors que ni les violeurs catholiques, ni les antisémites catholiques, ne sont excommuniés. Le droit canonique offre quand même des nuances et des marges d'interprétation. Et, puis, rappelons que l'excommunication est une décision révocable ; elle invite à la repentance. Dieu merci, la décision de l’archevêque brésilien a suscité un tel émoi dans l’opinion publique et chez le président Lula lui-même, catholique pratiquant, ainsi que chez d’autres évêques, que le Vatican a fini par intervenir. Il faut dire que la situation devenait intenable. « Dom Dedé » a notamment déclaré que « le viol est moins grave que l’avortement ». Et si le beau-père de 23 ans était certes un violeur, « Dom Dedé » a sérieusement invoqué le fait que ce jeune homme était quand même « contre l’avortement ». La Conférence des évêques brésiliens a désavoué l'archevêque le 12 mars en déclarant que la mère avait été manipulée et n'était donc pas excommuniée. Puis, le 15 mars, la décision de l’archevêque a été dénoncée par l’Académie pontificale de la vie. Ni la mère, ni les médecins (sauf ceux qui pratiquent régulièrement l’avortement quand ce n’est pas absolument nécessaire) ne seraient donc plus excommuniés. Dans une tribune à Osservatore Romano, Monseigneur Rino Fisichella, président de ladite académie, adresse ces mots à la fille de neuf ans : « Nous partageons avec toi la souffrance que tu as éprouvée, nous voudrions tout faire pour te rendre la dignité dont tu as été privée et l'amour dont tu auras encore plus besoin. Ce sont d'autres personnes qui méritent l'excommunication et notre pardon, pas ceux qui t'ont permis de vivre et t'aideront à retrouver l'espoir et la confiance. Malgré la présence du mal et la méchanceté de beaucoup. » A ce sujet, voici une lettre ouverte du 12 mars de Monseigneur Gérard Daucourt, évêque de Nanterre (92), à son collègue à Recife. Elle contient une étonnante et très juste référence à la proximité avec les chrétiens évangéliques à ce sujet. Monseigneur, Vous avez récemment tenu à déclarer publiquement l'excommunication d'une mère de famille qui avait fait avorter sa fillette de neuf ans, enceinte de quatre mois, après avoir été violée depuis l'âge de six ans par son beau-père. Vous avez décidé aussi publiquement l'excommunication des médecins qui ont pratiqué cet avortement. Je réagis donc publiquement à votre intervention par cette lettre ouverte. Je vous rassure tout de suite : pour moi, l'avortement est la suppression d'une vie. J'y suis donc fermement opposé. La mère de cette fillette a peut-être pensé qu'il valait mieux sauver une vie que de risquer d'en perdre trois… Peut-être les médecins lui avaient-ils dit qu'un petit utérus de neuf ans ne se dilate pas indéfiniment… Je ne sais pas. Ce que je sais, c'est que dans cette tragédie, vous avez ajouté de la douleur à la douleur et vous avez provoqué de la souffrance et du scandale chez beaucoup de personnes à travers le monde. Dans une situation si dramatique, je crois fermement que nous, évêques, pasteurs dans l'Eglise, nous avons d'abord à manifester la bonté du Christ Jésus, le seul vrai Bon Pasteur. Je suis sûr qu'Il aime cette mère et qu'Il cherche des hommes et des femmes pour l'aider à continuer la route en étant soutenue amicalement, spirituellement et, si nécessaire, matériellement. Je suis sûr qu'Il demande d'apporter de l'amour à cette fillette marquée à vie et à sa sœur aînée handicapée, elle aussi violée. Je suis sûr qu'Il demande à l'aumônerie de la prison de s'approcher du beau-père violeur pour qu'il se repente, se convertisse et redevienne un jour un homme véritable. Je suis sûr que le Christ estime aussi que, si vous le pouvez, vous parliez avec les médecins qui ont pratiqué cet avortement parce que, comme les quarante gynécologues et obstétriciens que j'ai rencontrés il y a quelques mois et dont je n'ai pas partagé nécessairement toutes les positions, la plupart d'entre eux apprécient d'être écoutés et d'entendre divers points de vue alors qu'ils vivent souvent des drames de conscience. Monseigneur, aidons-nous les uns les autres pour être avant tout des hommes d'espérance en Dieu et en tout être humain ! Je suis en relation d'amitié et de collaboration avec beaucoup d'évangéliques qui sont tout aussi opposés que vous et moi à l'avortement. Ils ne proclament pas cependant de condamnation publique. Peut-être est-ce une des raisons pour lesquelles les communautés évangéliques attirent tant de catholiques aujourd'hui, en particulier au Brésil. Je constate que l'opinion publique ne comprend rien à l'excommunication. Elle la perçoit comme une condamnation des personnes et non une proposition de guérison et de conversion. J'estime donc que nous devons trouver d'autres moyens pour dire à nos communautés que le comportement ou les paroles de tel catholique ne sont pas en accord avec ce que l'Eglise comprend et croit de la volonté de Dieu. Je ne vous cache pas non plus que je me demande aussi comment on peut dire que le viol est moins grave que l'avortement qui supprime la vie dans le sein d'une mère. Des femmes violées se sont confiées à moi. Certaines ont pu se redresser et avancer dans la vie avec le souvenir de leurs blessures qui ne disparaît jamais complètement. Mais d'autres, tout en étant physiquement vivantes, ont été tuées au plus profond de leur être et n'arrivent pas à revivre. La vie n'est pas que physique, vous le savez bien. Je n'ai pas pu obtenir le texte complet de ce qu'a dit le Cardinal Re, mais le soutien que – selon les médias – il vous a apporté ne change rien à ma réaction pastorale. Pour la clarté des relations entre évêques, j'envoie un double de cette lettre à Monsieur le Cardinal Re. Je vous prie de croire, Monseigneur, à mes sentiments attristés, mais aussi respectueusement fraternels, ainsi qu'à l'assurance de ma prière pour vous-même et ceux et celles qui, de loin ou de près, sont concernés par le drame de cette fillette.
Gérard DAUCOURT Le 12 mars 2009
Plusieurs évêques ont protesté ainsi. Ce qui montre deux choses : 1. Leur sens de la responsabilité. 2. La profonde crise de l’Eglise catholique. Car depuis quand les évêques catholiques dénoncent-ils leurs collègues avec des lettres ouvertes distribuées à la presse ? Puisqu’il est très difficile pour un protestant, a fortiori évangélique, de comprendre et d’émettre des jugements sur cette crise, nous avons demandé à notre ami Bernard Rivière, prêtre catholique et bibliste à l’hebdomadaire Témoignage chrétien, de nous aider à mieux nous situer. Voici son texte : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise » (Mt 16, 18-19) Cette Ecclesia dont les membres « se montraient assidus à l’enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » (Ac 2, 42) fut l’œuvre de l’Esprit Saint, 50 jours après la Résurrection du Christ, à la Pentecôte, d’après le récit de Luc (Ac 2, 1). Je vois en nos cathédrales l’image de la foi d’un peuple, de la solidité de son espérance en un Dieu « qui est, qui était et qui vient ». Ces églises faites de pierre sont pour moi signe de la permanence éternelle de Dieu et de sa présence au cœur des hommes. Signe, ô combien indispensable en ces temps où l’Eglise, celle qui n’est plus faite seulement de pierres, est plus belle encore parce que faite des hommes d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Et cette Eglise-là, ces Ecclesia, ces communautés, sont soumises à de rudes épreuves de nos jours. La tempête que traverse l’Eglise catholique romaine depuis quelques années n’est pas la première de son histoire : des oppositions entre Pierre, Jacques et Paul (cf les Actes des Apôtres) aux crises dites de l’Action Française dans les années 1920-30, des conflits, des drames ont émaillé les siècles, (les séparations diverses entre les « orthodoxes », les « protestants », les querelles théologiques, les Croisades et l’Inquisition…). Les sociétés occidentales ont connu et connaissent encore des turbulences et des tempêtes de force 5 au cours des millénaires : inutile de les énumérer, tant elles furent diverses, violentes et souvent sanglantes. Ce qui caractérise notre époque contemporaine, au cours des 30 ou 40 dernières années, c’est d’une part la fréquence des crises, lesquelles ont affecté ou bouleversent encore la majeure partie des fondements mêmes de nos sociétés et d’autre part leur permanence. L’Ecole et l’Université, victimes de x plans de restructuration depuis Mai 68, ne répond plus à l’attente des usagers ni de l’ensemble de la société française : de son sein sortent des diplômés-chômeurs ou des chômeurs-diplômés. Les professeurs et instituteurs ne bénéficient plus d’aucune aura dans la population ; ils sont considérés comme responsables de l’ignorance présumée des jeunes. La « finance », l’économie, l’entreprise sont affublées de tous les péchés capitaux ayant conduit à la crise mondiale. La Justice, objet de toutes les attentes et de toutes les craintes des Français depuis Saint Louis, se trouve clouée au pilori dans toutes les couches de la société. Toute décision des tribunaux est contestée et se voit remise en cause en Appel, voire en Cassation. Même si les Français vont en prison pour un oui ou pour un non, « la Justice de notre pays » n’est plus ni intangible ni crainte. La presse qui était réputée sérieuse, libre, audacieuse, se voit jour après jour l’objet des convoitises du pouvoir politique comme du pouvoir économique ; elle est discréditée auprès d’un large public. La parole de ceux qui ont en charge les grands corps qui fondent la société (président, ministres, responsables etc…) est inaudible, creuse, inefficace voire contre productive : nul ne l’entend ni ne la respecte, parce que systématiquement rejetée ! Et voilà que depuis 3 ou 4 ans, ce qui paraissait encore être le dernier rempart solide dans le monde occidental, l’Eglise romaine, est à son tour très violemment secouée. Les bévues commises par son chef, le pape Benoît XVI depuis son élection sur le trône de Pierre, à la tête de l’Eglise, ont commencé à lézarder la barque (l’Eglise est souvent représentée dans les peintures par une barque) : Cette crise de l’Eglise revêt un caractère très particulier d’une part du fait que son chef lui-même est atteint, donc l’Eglise institution dans son cœur même, atteignant tous les chrétiens, les catholiques au premier chef. Pour nos sociétés occidentales d’autre part, qui découvrent avec stupéfaction que toutes les grandes institutions y compris celle qui semblait la plus vaillante d’entre elles (malgré les problèmes qu’elle connaissait avant même le pontificat actuel) ont fait faillite, ou subissent des soubresauts tels, qu’elles ne peuvent sortir que profondément blessées, voire défaites. Il est certain que la situation dans nos sociétés occidentales se débattant tant bien que mal au creux des vagues provoquées par la crise dite des subprimes n’avait pas besoin de celle-ci au sein de l’Eglise de Rome. Lors des débats attendus sur la question du capitalisme mondial à la rencontre du G20 en avril prochain, planeront sûrement dans l’esprit des politiques la crise de l’Eglise romaine et de ses conséquences. Bernard Rivière Les photos proviennent toutes de flickr.com Creative commons. Elles ont été prises par creacomstuckincustoms, creacom, impactmatt. Cet article a été mis en ligne le 16 mars 2009.
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