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Politique européenne | Victoire de la droite et des écologistes PDF Imprimer Envoyer

Sample ImageAprès les élections du 7 juin, le futur Parlement européen sera dominé par  la droite. Si la gauche réformiste est en crise et si par ailleurs des listes populistes et xénophobes ont fait une percée, le groupe des Verts sera nettement renforcé. En France, la liste Europe Ecologie de Daniel Cohn-Bendit et d’Eva Joly a fait un score historique, tout comme celui de la majorité présidentielle. Ces résultats pourraient inaugurer une nouvelle donne politique où dominent des questions concrètes, lisibles et le souci citoyen du développement durable. En tant que chrétien, on peut y voir une source d’espoir.

 

Sample ImageUne majorité des 736 députés européens des 27 pays membres de l’Union européenne seront de droite et de centre droit. On les retrouvera notamment dans le parti le plus important : le Parti populaire européen (PPE), qui devrait regrouper 267 députés. D’autres feront partie de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe (ADLE), qui aurait remporté 81 sièges. (Pour voir la répartition en sièges, qui évoluera encore pendant au moins une semaine, cliquez ici.) Le Parlement sortant, élu en 2004, était dominé, dans pratiquement les mêmes proportions, par cette droite plutôt libérale. Ces parlementaires de droite sont « pro-européens », ce qui signifie qu’ils veulent une Europe plus intégrée. Ils sont issus des partis au pouvoir en France (UMP ; 28%), en Italie et en Allemagne. Ils viennent aussi d’importants partis d’opposition, comme en Espagne et en Grande-Bretagne. Dans tous ces pays, la droite conservatrice et libérale a gagné ce scrutin européen.
Sample ImagePour imposer leurs choix, les députés de droite « pro-européens » dépendent de partis pivots (comme les Verts), du grand groupe des socialistes ou d’autres députés de droite dits « eurosceptiques ». Ces derniers, qui ont fait un très beau score également le 7 juin, se méfient de l’intégration européenne et défendent soit le rôle de l’Etat-nation soit le libre échange à l’extrême. Parfois les deux à la fois. C’est le cas des conservateurs britanniques. D’autres députés de droite, minoritaires, sont nationalistes et xénophobes. Ils prétendent parfois défendre une certaine éthique « chrétienne » (le refus de l’avortement et du mariage gay par exemple). Mais dans leur xénophobie et égoïsme national, ils sont assez éloignés des valeurs de la Bible, qui nous appelle à nous préoccuper des pauvres et d’accueillir les étrangers, non à les rejeter.


L’autre grand enseignement de ce scrutin est évidemment le taux d’abstention. Jamais ces élections européennes n’ont suscité aussi peu d’intérêt. 57% des Européens (et 59,5% des Français) ont décidé de ne pas aller voter le 7 juin. En termes géographiques, l’abstention est particulièrement importante dans les pays de l’Europe centrale et orientale, où elle atteint parfois les 70% (et même 80% en Slovaquie !). La campagne pour susciter l'envie de voter organisée par le Parlement européen n'a pas porté beaucoup de fruits (photo). Ce sont surtout les couches dites « populaires » - économiquement pauvres - qui Sample Imagene votent pas. Plus on est pauvre, moins on vote. Cette règle statistique, terrible, résume sans aucun doute un des principaux problèmes de la « citoyenneté européenne ». Elle n’est pas exercée par ceux qui en auraient le plus besoin. De même, c’est dans ces classes « populaires » - donc pauvres – que les populistes et les extrémistes de toute sorte recrutent le mieux. Le 7 juin, plusieurs formations peu sérieuses – comme le Parti des pirates en Suède, par exemple - ou d’extrême droite – dont le Parti britannique national qui est raciste - ont fait des scores qui leur permettent d’envoyer des députés au Parlement européen. Ils le feront au détriment de partis qui ont des programmes politiques constructifs et sérieux.
La troisième grande donnée de ce scrutin est la faiblesse, voire la déroute, de la gauche. A l’échelle européenne, comme en France, la gauche de la gauche a fait un score plus faible qu’en 2004. Le groupe de la Gauche unitaire européenne gagnerait seulement 33 sièges (contre 44 en 2004)(1) et le Parti socialiste européen aurait seulement 159 députés (contre 217 en 2004). Ces chiffres pourront évoluer – il faut du temps pour constituer des groupes parlementaires - mais les tendances sont claires.
Ce résultat de la gauche peut paraître étonnant. Les communistes et autres socialistes radicaux (notamment les trotskistes français) ont une certaine capacité à « parler » aux couches populaires, intellectuelles et même bourgeoises en temps de crise économique. Cette fois-ci, la mayonnaise n’a pas pris. Les discours sur le « démantèlement des services publics » (où ? quand ? Sample Imagecomment ?) ont sonné dans le vide. « L’interdiction des licenciements » n’a pas séduit (problème de rapport à la réalité ?). L’idée de « faire payer les patrons » n’a pas suscité un grand engouement. Quant à la gauche réformiste, donc la social-démocratie, c’est la catastrophe. Le PS français se retrouve au même niveau que les Verts (16,4% contre 16,2%), ce qui est historique. Les sociaux-démocrates allemands se situent autour de 20% et en Grande-Bretagne les travaillistes font leur pire score depuis … 1918. Ce n’est qu’en Grèce, au Danemark et en Suède que les sociaux-démocrates s'imposent. Partout ailleurs, ils sont laminés ou mis en échec.
La social-démocratie (ou le travaillisme ou le socialisme) n’est pas comme la gauche de la gauche. La première a une vocation de gouverner alors que la seconde se contente généralement de faire des manifestations. La social-démocratie a les « mains sales », au sens où l'entendait Jean-Paul Sartre dans sa célèbre pièce de théâtre du même nom. Elle prend ses responsabilités. Elle fait des compromis. Elle négocie. Elle suscite un certain consensus. C'est grâce à ce grand courant politique que le "modèle européen" a un important composant social. Mais cette fois-ci, les sociaux-démocrates n'ont pas su convaincre ses électeurs. Dans l’Histoire contemporaine, il est très rare, voire unique, de constater que les partis sociaux-démocrates sont ainsi dépassés par les événements alors que nos sociétés traversent une crise économique d’envergure. Pourquoi cet échec ? Parce que la droite et le centre appliquent mieux les idées de gauche que les sociaux-démocrates eux-mêmes ? Parce que les sociaux-démocrates sont devenus trop libéraux ? Ce sont des hypothèses parmi d'autres. Mais cette question est impossible à traiter sérieusement dans le cadre d’un simple article de presse. On peut simplement constater que d’autres partis de gauche ou du centre ont plutôt bien réussi ce scrutin. C’est le cas de la liste Europe écologie. Donc les Verts.

C’est la quatrième grande donnée de ce scrutin. Menée par Daniel Cohn-Bendit, Eva Joly et José Bové, la liste écologiste a gagné pratiquement autant de votes que le Parti socialiste en France. Ailleurs - en Suède et en Allemagne, par exemple - elle a fait des scores relativement élevés.  Elle aura plus de 50 députés dans son groupe parlementaire (contre 43 en 2004) et pourra exercer plus de pouvoir que jamais. Pourquoi ? Il nous semble intéressant de noter que ces écologistes-là ne font Sample Imagepas que de l’écologie, justement. En matière européenne institutionnelle, leur programme ressemble beaucoup à celui, fédéraliste, du Modem (qui a fait un score catastrophique à cause de la campagne négative de François Bayrou). En matière économique, ils montrent que l’on ne peut séparer l’économie de l’écologie. En matière sociale, ils ont un programme aussi réfléchi que celui des socialistes. Et enfin sur la question des immigrés, fondamentale pour l’Europe, ils ont une approche positive et constructive, non frileuse. Voici un parti qui parle de l’Europe, d’une façon positive, qui incarne l'exercice responsable de la citoyenneté et qui veut un changement allant dans le sens de l’ouverture à l’autre. Inutile de chercher plus loin les raisons de cette réussite électorale. Europe Ecologie n’a pas le monopole du bon sens et ne le prétend pas. La liste a aussi des idées discutables, voire contestables, notamment en matière éthique à notre avis (la dépénalisation des drogues "douces" par exemple ne peut que pénaliser nos jeunes). Mais cette écologie politique-là montre quand même que le développement durable, qui reste à inventer, dans tous les domaines, intéresse les Européens, notamment les jeunes. C’est beaucoup et c’est bien.
H.L.
1. Le nouveau Parlement européen compte 736 sièges. Le Parlement sortant compte 785 sièges. Il faut donc prendre en compte cette différence lorsqu’on mesure l’évolution du nombre des députés dans les groupes.

Cet article a été mis en ligne le 8 juin 2009.

Les photos proviennent du Parlement européen et se trouvent sur flickr.com sous licence CC.

 

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