|
L’institut de sondage IFOP a publié une synthèse en juillet 2009 montrant que les catholiques pratiquants sont vieillissants et qu’ils votent plus à droite qu’avant. Le déclin de la principale religion en France aurait commencé dans les années 70. Ce recul ne concerne pas les autres religions. Quant aux protestants, toujours très minoritaires, ils progressent d’une façon spectaculaire. Hélas, l’IFOP et les grands médias ne commentent que les données sur le catholicisme et dont on connaissait largement les grandes tendances.
A l’occasion de la fête catholique de l’Assomption du 15 août cette année, le principal quotidien du pays – Le Monde – a jugé bon de reprendre des données publiées en juillet par l’IFOP sur les catholiques français. Les tendances sont largement connues et les études de l’IFOP ne font que les confirmer.
Ainsi le « déclin » : seulement 64% des Français se disent catholiques aujourd’hui contre 87% en 1972. Les catholiques pratiquants (ou « messalisants »), eux, ont chuté de 20% à seulement 4,5% des Français.
Ainsi le vieillissement : 65% des pratiquants ont plus de 50 ans, alors que seulement 42% des Français dans leur ensemble ont plus de 50 ans.
Ainsi l’« embourgeoisement » : seuls 18% des catholiques pratiquants sont ouvriers ou employés contre 32 % des Français en général.
Ainsi la féminisation : les pratiquants sont à 61% des femmes.
Quant au « vote catholique », il est de plus en plus à droite. 30% des catholiques en général et 39% des pratiquants se sentent proches de l’UMP, contre 25 % des Français. La droite souverainiste (MPF de De Villiers) et l'extrême droite (FN) ont la préférence de 11,8 % des catholiques en général et pas moins de 13, 8 % des « messalisants », contre 10,3 % de l'ensemble des Français. Le Modem, ex-UDF, garde une certaine sympathie des catholiques pratiquants : 13%.
Quant aux catholiques « de gauche », ils sont nettement moins nombreux que ceux de droite. Seul un cinquième des pratiquants voterait soit socialiste (17,9%) soit extrême-gauche ou PC (3,3%), contre 35% des Français qui auraient des sympathies à gauche. Les écologistes séduisent beaucoup moins les catholiques pratiquants que les Français en général : 5,8% contre 10,1%.
Ces données ont été largement commentées par les grands médias ces derniers jours et aussi par des hebdomadaires catholiques, dont Famille chrétienne. A part le bon article du Monde, publié dans l’édition datée du 16 et 17 août, nous recommandons aussi cet excellent blog de chercheurs en sociologie des religions. Dans cette dernière adresse, vous trouverez aussi le lien à l’IFOP vous permettant de lire l’intégralité de la synthèse.
Mais nous restons quand même sur notre faim. Autant pour des raisons de méthode que pour la relative non pertinence de cette étude. Certes, il est toujours intéressant de suivre l’évolution de la principale religion en France. Certes, on doit accepter de voir « les catholiques » comme un objet d’étude à part en sociologie. Le fait que de plus en plus de catholiques voteraient extrême-droite est intéressant et, à nos yeux, inquiétant. (L’idéologie raciste et intolérante de Le Pen nous semble peu compatible avec la foi chrétienne.)
Mais connaissant l’extrême diversité de ces catholiques, il faut travailler avec des critères et des définitions très rigoureux. Que signifie le mot « pratiquant » ou « messalisant » que l’IFOP emploie ? Ce sont des catholiques qui vont à la messe régulièrement. Les autres seraient des catholiques non pratiquants ou « sociologiques ». Selon nous, cette distinction est très discutable. Nous connaissons et vous connaissez très probablement des catholiques profondément croyants qui ne vont que très rarement à la messe. Seraient-ils vraiment moins « pratiquants » que ceux qui vont à la messe ? D’ailleurs, est-on sûr que tous ceux qui se rendent à la messe sont vraiment des catholiques personnellement convaincus ? Nous connaissons et vous connaissez probablement des personnes qui vont à la messe parce que c’est une tradition familiale, mais pas pour rendre un culte au Seigneur Jésus. Il se trouve que les catholiques dits "non pratiquants" sont difficiles à distinguer sociologiquement et politiquement des Français dans leur ensemble. Autrement dit, avec un autre type de définition de l'expression « catholique pratiquant », on obtiendrait des résultats potentiellement très différents.
D’une façon générale, les instituts de sondage et la plupart des grands médias semblent incapables de prendre en compte l’évolution du fait religieux chez les individus croyants en France. Il fut un temps où tout le monde ou presque adhérait à la croyance du groupe sociologique ou ethnique ou national auquel il appartenait. La pratique était toujours déterminée par le groupe. Par exemple, on allait à la messe. Aujourd’hui, on adhère beaucoup moins facilement à des croyances et à des pratiques qui y sont associées. Surtout religieuses. Mais nous sommes peut-être plus nombreux que jamais à être vraiment convertis au Christ et personnellement convaincus de notre « religion ».
Et encore faut-il savoir comment on comprend le mot « religion ». Bien des chrétiens n’aiment pas ce terme et rejettent l’idée que Jésus a fondé une nouvelle « religion ». A ce sujet, et plus généralement sur le fait religieux en France, nous vous recommandons très fortement un article écrit en mai dernier par l'universitaire Jean Hassenforder sur le site de Témoins.com, notre partenaire et notre ami, qui analyse avec finesse les tendances contemporaines : L'émergence d'un nouveau paysage religieux en France. Croire sans appartenir.
Quant aux catégories politiques utilisées par l’IFOP, on peut également s’interroger sur leur validité. Un électeur type du MPF est différent de l’électeur type d’ « extrême-droite » du FN. Un électeur type du PC est différent de l’électeur type de l’extrême-gauche. On ne voit pas ces différences dans l’étude de l’IFOP. Comme on ne voit pas non plus le vrai désarroi de beaucoup de catholiques qui ne se sentent plus représentés par la droite traditionnelle, devenue si libérale, ni par la gauche socialiste, également perçue comme trop libérale. Les souverainistes de droite sont appréciés par certains catholiques pour l’affirmation des valeurs dites « familiales » conformes à la doctrine catholique. Doit-on pour autant confondre ces catholiques et ces souverainistes avec l’extrême-droite intolérante ?
Les chiffres les plus intéressants de toute cette étude ne sont jamais vraiment commentés. Ainsi l’évolution des « sans religion ». On apprend qu’ils sont « 28% ». Ils étaient seulement « 21% » en 1987. Mais qui sont-ils ? Des non croyants ? On découvre aussi l’existence des « autres religions » (5% contre 3% il y a 22 ans). Qui sont-ils ? (Là encore, pour y voir plus claire, il faudrait lire l'article de Jean Hassenforder cité plus haut.)
Enfin, nous découvrons que les catholiques ne sont pas les seuls chrétiens en France. Il y a aussi des « protestants ». Et surprise ! Les « protestants » sont passés d’un seul petit pour cent à trois (3) pour cent en l’espace de 22 ans. Si ces chiffres sont exacts, il s’agirait donc d’une progression énorme. Sachant que les Eglises réformée et luthérienne si connues – on les appelle des Eglises « historiques » - ont toujours autant de mal à remplir leurs temples, il aurait été intéressant de savoir d’où viennent ces nouveaux « protestants ». En l’occurrence, ils sont évangéliques en très grande partie. Ils relativisent l’hypothèse de la « déchristianisation » de la société. Mais assez curieusement, ces phénomènes-là n’intéressent pas l’IFOP ou les grands médias. "Les chrétiens", à leurs yeux, c’est l’Eglise catholique et ce que les catholiques font le dimanche (et ce qu’ils pensent de la contraception et du pape). On peut tout au plus les comparer avec les musulmans, qui sont globalement plus « pratiquants ». C’est l’ « analyse ». Cette faiblesse intellectuelle a ses raisons. Saviez-vous qu’au pays de Calvin on étudie moins et on consacre moins de moyens de recherche scientifique aux protestants qu’aux musulmans ? Ce fait nous a été confirmé par l’expert du protestantisme au CNRS Sébastien Fath.
La foi chrétienne en France n’est pas forcément en recul. Et les catholiques ne peuvent être réduits à la sociologie d’un groupe vieillissant qui se « droitise ». Heureusement, la réalité est plus complexe et plus encourageante que cela. Les dizaines de milliers de jeunes français qui sont venus écouter Benoît XVI l’année dernière à Paris témoignent d’une certaine vitalité. Celle-ci ne peut être observée par les sondages sociologisants de l’IFOP. Odon Vallet, expert du fait religieux, l’explique assez bien dans une interview sur Radio Vatican du 19 août que nous vous recommandons.
HL
Cet article a été mis en ligne le 19 août 2009.
|