Jérôme Vignon : Le Christ rassemble ceux qui se sentent en défaut
- Details
- Hits: 1477
Les Semaines sociales sont une initiative laïque catholique. Cette année, les Semaines ont eu lieu du 20 au 22 novembre à Villepinte (Seine-Saint-Denis) en présence de plusieurs milliers de personnes dont des élus, des universitaires et des ecclésiastiques. Il était essentiellement question de "nouvelles solidarités" : économie solidaire, responsabilité sociale des entreprises, nouvelles formes de logement social, etc, alors que nous traversons une crise économique. Voici un extrait de notre interview de leur président, Jérôme Vignon, ancien haut fonctionnaire et homme de foi, réalisée pour l'hebdomadaire Témoignage chrétien.
Comment évaluez-vous le degré de conscience sociale des catholiques ?
Il y a une dichotomie ou même une rupture à l’intérieur du monde chrétien. Un noyau de personnes se sent extrêmement concerné. On le retrouve au sein de mouvements comme le Secours catholique, le CCFD, la Cimade, Emmaüs et ATD Quart-monde. C’est une sorte d’« élite » de la solidarité, profondément engagée et volontaire. Mais je ne suis pas sûr que cette élite ait fait école. Autour d’elle, il y a un public de donateurs assez important. Ils reçoivent beaucoup de sollicitations pour donner de l’argent. Et ils donnent souvent par devoir. Ils savent que le Christ nous a invités à nous tenir auprès des pauvres. (...)
Cette « élite » laisse-t-elle suffisamment de place à la foi chrétienne ?
C’est une bonne question. Dans la dernière encyclique de Benoît XVI Caritas in Veritate, il y a d’emblée un avertissement à l’égard de ces chrétiens qui se précipitent par bonne volonté dans l’action sans réfléchir à la pertinence et à la justesse de leur geste. Ce manque de vérité dans l’élan de l’action pourrait décrédibiliser le témoignage de l’amour. On peut en effet se laisser absorber par l’action et y trouver sa justification alors que la foi nous invite à recevoir notre aide et notre vie d’un autre. (...)
Vous suggérez dans un article que « l’apport révolutionnaire du message chrétien fait de la pauvreté et du manque le ressort d’un lien de fraternité ». Comment ?
Cette phrase s’inspire d’Étienne Grieu, jeune jésuite, qui interviendra aux Semaines sociales sur le thème « Qu’as-tu fait de ton frère ? » C’est la mise en évidence de l’acceptation du manque et du fait que jamais rien ne sera parfait et achevé. Saint Paul dit : « ce que j’aimerais faire, je ne le fais pas. Et ce que je fais, je ne le veux pas. » Il est important d’être conscient de cette faille, car elle nous permet de recevoir des autres, y compris de ceux vers lesquels nous sommes tournés dans le souci de compassion. Cette faille transforme une relation hiérarchique entre celui qui donne et celui qui reçoit en un enseignement qui nous libère du moralisme. Le Christ rassemble autour de lui des gens qui acceptent de se sentir en défaut.
Pour continuer la lecture, lisez Témoignage chrétien de cette semaine (du 19 novembre 2009).
Recueilli par Henrik Lindell
Cet article a été mis en ligne le 20 novembre 2009

