




| Voile intégral | Les évêques catholiques sont sceptiques |
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Que penser d’une loi qui interdirait le voile intégral des musulmanes ? Les évêques français, s’exprimant le 1er février par la voix de Mgr Michel Santier, sont très réservés. Nous aussi, malgré tout.C’est LE débat « religieux » de ce début de l’année 2010 : faut-il ou non une loi qui interdit le port du voile intégral ? Le chef des députés de l’UMP, Jean-François Copé, aimerait à tout prix y parvenir. Mais Nicolas Sarkozy est plus vague. Et le très prudent François Fillon demande au Conseil d’Etat de donner son avis. Alors que la majorité présidentielle se déchire (c’est le cas de le dire) sur ce problème que certains trouvent apparemment existentiel. La gauche n’est pas unie non plus. Le 26 janvier, une mission parlementaire a rendu ses conclusions. Une majorité de cette mission s’est prononcée en faveur d’une interdiction du port du voile intégral (niqab et burqa). Afin de juger des idées de cette mission, nous vous invitons vivement à lire son texte. Le voici (nous avons souligné les parties les plus marquantes) : [La mission] 1. Considère qu'il est nécessaire de réaffirmer les valeurs républicaines de liberté, d'égalité et de fraternité qui fondent notre vivre-ensemble et qui s'opposent à toutes les formes d'intégrisme, de communautarisme et de sectarisme ; 2. Estime que ces valeurs fondatrices ont pour conséquence directe le refus de toute atteinte aux principes de mixité et d'égalité des sexes et l'obligation de protéger les personnes les plus vulnérables, en particulier les mineurs ; 3. Affirme que le port du voile intégral est contraire aux valeurs de la République ; 4. Condamne les violences et les contraintes pesant sur les femmes et préconise le renforcement des mesures visant à promouvoir l'égalité entre femmes et hommes ; 5. Affirme le soutien de la France, qui à ce titre se doit d'être exemplaire, aux femmes victimes de violences et de discriminations de par le monde ; 6. Apporte son soutien aux élus, aux associations et à tous ceux qui, combattent le port du voile intégral ; 7. Considère que la liberté de conscience ne peut s'exercer que dans le respect du principe de laïcité ; 8. Estime nécessaire de promouvoir une société ouverte et tolérante et de lutter contre toutes les discriminations; 9. Proclame que c'est toute la France qui dit non au voile intégral et demande que cette pratique soit prohibée sur le territoire de la République. Qu’en penser ? Le texte part d’une intention louable, mais les conclusions sont surprenantes. L’article sept nous semble vide de sens, car c’est l’Etat, non le citoyen, qui doit être laïque. L’article huit nous semble contraire au contenu général du texte. Une interdiction du voile intégral n’est pas une preuve de tolérance, mais de facto une forme de discrimination (que l’on peut par ailleurs approuver). Arrivés enfin à l’article neuf, nous avons eu beaucoup de mal à ne pas éclater de rire. « Toute la France dit non au voile intégral » ? Vraiment ? Est-ce sérieux ? Oui, hélas. Une réaction possible à ce travail législatif peut être résumée ainsi : « Les talibans applaudiraient ». C’est le titre d’un éditorial de The New York Times. Nous vous invitons à le lire ici. Rarement la France a été aussi ridiculisée dans la presse étrangère. A Dieu-et-moi.com, nous ne savons pas quelle attitude adopter. Le voile intégral, on déteste. Evidemment. Dans un pays libre, les visages devraient être dévoilés. Et une culture qui impose aux femmes un voile qui les dépersonnalise est une culture troublante, effectivement contraire aux valeurs républicaines. Mais les 2000 femmes en France qui portent ce voile pourraient ne pas être aidées du tout par une loi qui l’interdirait. Pourquoi ? Au lieu de faire un long exposé, nous nous proposons de lire un texte succinct des évêques catholiques de France qui a été rendu public seulement le 1er février. Nous partageons leur avis et nous disons notre étonnement que l’Eglise catholique et les autres Eglises n’aient pas été sollicitées par la mission parlementaire. Déclaration des évêques de France sur le voile intégral Mgr Michel Santier, évêque de Créteil et président du Conseil pour les relations interreligieuses de la Conférence des évêques de France, a publié lundi 1er février cette déclaration, suite aux propositions de la Mission parlementaire sur le « voile intégral » : Comme Président du Conseil pour les relations interreligieuses de la Conférence des évêques de France, je n'ai pas voulu prendre la parole avant que la Mission parlementaire chargée de faire des propositions à propos du « voile intégral » n'ait donné ses conclusions. Je regrette que la Mission n'ait pas cru bon entendre l'avis des responsables religieux chrétiens et juifs, alors qu'elle a reçu d'autres courants de pensée. La lettre que j'ai écrite au Président de la Mission aurait, au moins, mérité une réponse. Le Conseil national du culte musulman, par son président, Monsieur Moussaoui, a clairement déclaré que le « voile intégral » n'est pas un signe religieux et que le Coran ne demande pas qu'il soit porté par les femmes. Il faut raison garder. Le nombre de femmes portant le voile intégral étant très limité, les décisions prises ne doivent pas conduire à stigmatiser les croyants musulmans. La proposition d'une résolution qui a l'accord des responsables du culte musulman et, semble-t-il, des différents partis politiques peut être un acte important. Mais je suis très réservé sur l'opportunité d'une loi qui ne résoudra pas la question. Si un texte de loi était adopté, le risque pour les femmes musulmanes portant ce voile intégral est qu'elles ne sortent plus de chez elles et soient encore plus marginalisées. Ainsi le résultat pourrait être contraire à l'effet recherché et conduire, par réaction, à une augmentation du nombre de femmes portant cet habit. Les citoyens français, et parmi eux les catholiques, ne doivent pas se laisser envahir par la peur et la théorie du choc des civilisations. Il est essentiel de distinguer la majorité de nos concitoyens musulmans qui demandent à pouvoir pratiquer librement leur culte et une minorité qui, tout en se réclamant de l'islam, cherche à déstabiliser les démocraties. Si nous voulons que les chrétiens en situation de minorité dans les pays à majorité musulmane disposent de tous leurs droits, nous devons dans notre pays respecter les droits de tous les croyants à l'exercice de leur culte. Le dialogue en vérité entre croyants permet de dépasser les méfiances réciproques. Le chemin sera long et exigeant. La voie du respect mutuel permettra d'améliorer le vivre ensemble dans notre pays. Mgr Michel Santier Evêque de Créteil Président du Conseil pour les relations interreligieuses et les nouveaux courants religieux Qu'en pensez-vous ? HL Cet article a été mis en ligne le 1er février 2010. La photo provient de l'association Portes ouvertes qui défend les chrétiens persécutés, notamment dans les pays majoritairement musulmans.
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