Nouvelle Commission européenne | Le coup de gueule libérateur de Daniel Cohn-Bendit
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Vous risquez de lire cet article sur l’Europe, si ennuyeuse, parce qu’il y a une vidéo fun de Cohn-Bendit. Mais sachez que l’Europe a une nouvelle commission qui nous concerne en tant que chrétiens.Jamais l’Union européenne n’a joué un rôle aussi important sur la scène internationale et à l’intérieur dans nos 27 pays que maintenant. Et jamais le principal organe – la Commission européenne – n’a eu autant de membres aussi peu compétents et aussi radicalement inconnus du grand public. Le 9 février, cette commission a reçu le feu vert du Parlement européen, la seule institution européenne composée de membres directement élus par les citoyens, grâce à un vote organisé d’avance par des partis. Plusieurs élus de gauche – et de droite – qui sont en désaccord avec la nouvelle commission ont quand même voté pour elle. 488 voix pour, 137 contre et 72 abstentions. Une majorité forte et une légitimité formelle pour une commission impopulaire. Triste manque de transparence et de démocratie. Triste Europe.
Pourquoi est-ce ainsi ? C’est en très grande partie à cause du mode de nomination des commissaires. Et indirectement parce qu'il n'y a pas de véritable contrôle des citoyens au niveau européen. Et ni notre classe politique, ni nos médias populaires ne nous aident vraiment à y voir plus clair (exception faite pour les bons médias, comme par exemple Le Monde, Le Figaro ou La Croix). Ce sont les chefs d’Etat et de gouvernement qui décident de tout et ceci en fonction de critères qui échappent largement aux citoyens européens.
Prenons le Portugais José Manuel Barroso, qui vient d’être reconduit à la tête de la principale institution européenne pour encore cinq ans. Il était un grand inconnu en Europe quand il est soudainement devenu président de la Commission européenne il y a cinq ans. Au lieu de miser sur des personnalités connues, appréciées et compétentes comme Guy Verhofstadt ou Jean-Claude Juncker, nos chefs d’Etat et de gouvernement ont choisi quelqu’un qui ne leur ferait jamais de l’ombre, qui ne serait jamais gênant pour un des grands (France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie) et qui ferait toujours ce qu’on lui demanderait de faire. A l’époque, une amie députée européenne – issue du même courant politique que Barroso (droite libérale) – nous a dit qu’elle a dû taper le nom du Portugais dans Google pour savoir qui il était.
Cinq ans plus tard, le soldat Barroso est toujours là et presque aussi inconnu du grand public. Les chefs d’Etat et de gouvernement l’aiment bien, puisqu’il ne fait presque jamais parler de lui, ni de l’Europe. Il laisse toute la place à nos chefs d’Etat élus, si compétents, comme Sarkozy et Berlusconi… Et comme la plupart des vieux élus « pragmatiques », Barroso l’ex-gauchiste devenu ultralibéral dans les années 90, a fini par découvrir les bienfaits de l’Etat providence (car il fallait sauver les banques privées qui avaient détruit nos économies). Il s’est aussi converti à l’écologie. Il fallait bien.
La nouvelle Commission, choisie par les 27 gouvernements respectifs, est composée de zéro membre connu sur la scène internationale. Quelques-uns sont très compétents et très efficaces, comme la Suédoise Cecilia Malmström (affaires intérieures, Schengen, police) et le français Michel Barnier (marché intérieur). Mais la plupart n’ont pas d’expérience conséquente dans le domaine où ils doivent travailler et on ne peut donc pas parler de compétence. Une Bulgare pressentie pour la Coopération internationale était manifestement incompétente. Elle a été ridiculisée lors des auditions par les parlementaires avant d’être remplacée in extremis.
Autre exemple très spectaculaire : Catherine Ashton. Vice-présidente de la Commission et également première Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères (nouveau poste créé par le traité de Lisbonne), elle n’a aucune expérience de la diplomatie. A 54 ans, cette mère de famille sympathique semble avoir été choisie parce qu’elle est britannique (ainsi le Royaume-Uni est content), femme (il faut des femmes parce que c’est politiquement correcte) et travailliste (question d’équilibre politique dans une commission dominée par la droite). Sa première occasion de représenter une Europe positive, préoccupée par des choses importantes, aurait évidemment été de se montrer engagée dans l’organisation de l’aide aux Haïtiens. Mais elle a raté cette occasion. Quand Obama et Sarkozy et les autres se montraient dans les médias pour expliquer l’importance d’aider les Haïtiens dans les jours qui ont suivi le séisme, Ashton a fait ce que font généralement les fonctionnaires européens à Bruxelles : elle a pris le train pour rentrer chez elle dans son pays. Lamentable.
Quant au nouveau Président permanent du Conseil européen (autre invention du traité de Lisbonne), donc notre « Monsieur Europe », on aurait normalement pu s’attendre à une personnalité d’envergure. L’Union européenne est, même si on l’oublie tout le temps, la première puissance économique au monde. Cette Union s’est choisie un politicien belge un peu terne, totalement inconnu sur le plan international, mais quand même compétent sur le papier : Herman Von Rompuy. Effectivement, le charismatique luxembourgeois Jean-Claude Juncker, actuellement responsable de l’eurogroupe, aurait fait de l’ombre à Sarkozy et aux autres. Idem pour Verhofstadt. Ou Joschka Fischer. Voire Schröder. Ou Aznar. Ou n’importe quel homme ou femme politique qui a réussi quelque chose d’important au niveau européen.
Cette irresponsabilité politique érigée en principe de gouvernement au niveau européen n’est pas une fatalité. Elle correspond à un manque de souffle après une longue période d’approfondissement européen. Elle correspond aussi à un changement de générations. Le temps des pères fondateurs (et on peut y associer les Delors, les Kohl et les Giscard) est définitivement révolu. La relève est représentée par des fils gâtés qui n’ont pas de sens européen ni le sens de l'Histoire. L’Europe, mais ils ne le savent pas, c’est une histoire de réconciliation, de pardon, de bien-être et de progrès. Sinon, elle n’a aucun intérêt.
Le projet européen, tel qu’il a été formulé dans les années 40, 50 et 60, puis réalisé en partie dans les années 80 et 90, est un projet qui correspond totalement à une logique chrétienne et à une éthique chrétienne. Des vieux ennemis "héréditaires" se tendent la main. Puis ils construisent quelque chose ensemble. Pour rendre la guerre impossible. Pratiquement tous les « pères fondateurs » étaient des croyants chrétiens. Des vrais.
Ce n’est plus ainsi aujourd’hui. L’Europe évolue. Les hommes et les femmes politiques parlent moins de leur foi. D’ailleurs, ils ont rarement la foi. Parfois, c'est mal vu d'être chrétien. Et l’Europe politique n’exige pas forcément une foi ardente en Christ. Mais elle exige le sens de la responsabilité et la conscience du projet de civilisation que l’on construit ici depuis la fin de la Seconde guerre mondiale.
C’est pourquoi ce discours de Daniel Cohn-Bendit nous parle et nous fait même vibrer. C’est un coup de gueule à la Cohn-Bendit, certes, avec des excès, des gros mots et trop d'orgueil. Bien sûr, il risque de vous énerver et pardonnez-nous si c'est le cas. Mais essayez d'entendre ici une sorte de sainte colère contre l'inertie et l'hypocrisie niaise qui caractérisent nos dirigeants européens qui, souvent, n'ont pas de colonne vertébrale. Quel est leur projet européen ? Personne ne le sait. Donc, ils n'en ont pas. Ou ils ne sont pas d'accord entre eux. Le roi est nu. Et le président de la Commission le démontre tous les jours.
Oui, nous sommes d’accord avec ce cri de cœur de Daniel Cohn-Bendit. C'est un homme politique qui a le sens de l’Histoire de l’Europe. Il sait d'où il vient et il a une vision d'une Europe plus démocratique et plus proche de nous. Il est fédéraliste (plus de démocratie au niveau européen, moins de pouvoirs aux Etats-nations). On peut ne pas être d'accord avec lui. On peut être "souverainiste", par exemple. Et c'est respectable. Mais voici un politique qui parle, qui réagit et qui agit. Il n’est pas chrétien, mais son discours a des accents prophétiques.
A vous de réagir, y compris à l'égard de nos propos.
Henrik Lindell
Cet article a été mis en ligne le 12 février 2010.

