




| L’affaire des « enfants enlevés » | Baptistes libérés en Haïti |
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Huit des dix baptistes américains soupçonnés de trafic d’enfants haïtiens ont été libérés le 17 février. Cette affaire semble due à la naïveté de chrétiens qui voulaient bien faire. Et qui le font.L’affaire des « missionnaires » américains soupçonnés d’enlèvement et de trafic d’enfants en Haïti aurait évidemment pu être très grave. Ils avaient été arrêtés par les autorités haïtiennes le 29 janvier parce qu’ils tentaient d’amener 33 enfants présentés comme des orphelins à la République dominicaine. Faute de papiers en ordre, ils ont été jetés en prison et traînés devant les médias du monde entier qui les ont aussitôt jugés de facto en évoquant des craintes légitimes : ces chrétiens avaient-ils tenté de kidnapper des enfants au bénéfice d’intérêts obscurs : des réseaux illégaux d’adoption, voire de prostitution ? Poser la question avec indignation, en mettant en exergue les problèmes des réseaux criminels dans des pays pauvres comme Haïti, c’était pratiquement y répondre par un oui. D’autant plus que plusieurs des enfants n’étaient nullement des orphelins mais avaient bel et bien leurs parents à Port-au-Prince. Il est vrai qu’on aurait pu craindre un scandale effroyable qui, en plus, nuirait durablement à la réputation des nombreux groupes chrétiens travaillant en Haïti. Les évangéliques auraient été particulièrement concernés, puisque les principaux concernés appartiennent à des Eglises baptistes américaines (donc évangéliques). L’affaire aurait eu pour effet de jeter des soupçons sur de très nombreuses missions bénéficiant réellement aux Haïtiens. Libérés Mais ces craintes ne semblent plus justifiées aujourd’hui. Les « baptistes américaines soupçonnés d’enlèvement d’enfants » n’étaient pas ces criminels que certains médias présentaient au public. Huit d’entre eux ont été libérés le 17 février. Ils ont vite été rapatriés aux Etats-Unis. Un d’entre eux, Jim Allen, a donné une interview à la CNN. Deux personnes restent en détention : le leader du groupe Laura Silsby, ainsi que Charisa Coulter. Elles sont interrogées sur la nature de leurs activités en Haïti. Elles avaient fait un voyage en Haïti peu de temps avant le séisme. Mais rien n’indique des activités illégales. Au contraire, elles, comme les autres, semblent avoir des vraies préoccupations pour les enfants haïtiens. Au fait, qui sont ces « baptistes américains » ? Que faisaient-ils en Haïti ? Ce sont des volontaires, la plupart appartenant à deux Eglises baptistes de l’Etat d’Idaho et une de Texas. Ces Eglises sont affiliées à la Convention baptiste du Sud, la plus grande fédération d’Eglises aux Etats-Unis. Menés par la très entreprenante Laura Silsby, les volontaires voulaient amener des enfants haïtiens en République dominicaine, dans un grand hôtel à Cabarete, un village touristique au bord de la mer. L’idée étant de mettre en place un grand centre d’accueil et d’éducation pour enfants abandonnés. D’après Laura Silsby, les enfants éviteraient ainsi les risques liés à la misère en Haïti, notamment la prostitution et les drogues. Des liens entre Laura Silsby et une organisation américaine d’adoption ont été évoqués dans la presse, mais ils ne semblent pas adéquats dans cette affaire. Les volontaires ont dit avoir voulu donner un avenir meilleur à des enfants « abandonnés ». Mais étaient-ils abandonnés ? Ou orphelins ? Non, 20 enfants sur les 33, âgés de 2 à 12 ans, avaient leurs parents en Haïti. L’enquête a montré que leurs parents avaient demandé aux baptistes de s’occuper de leurs enfants, qui éviteraient ainsi la misère. C’est un phénomène assez fréquent en Haïti. Les enquêteurs ne pouvaient rien retenir contre les Américains sur ce point. Quant aux conditions de l’arrestation le 29 janvier, on est un peu surpris par le décalage entre ce que beaucoup de médias ont raconté et la réalité. Il a été dit que les baptistes avaient été arrêtés dans un bus à la frontière de la République dominicaine. Ce n’est pas vrai. Ils ont été arrêtés au centre du pays alors qu’ils étaient partis chercher les fameuses autorisations auprès des autorités haïtiennes dont ils manquaient. Bref, tout était faux dans cette « affaire ». La seule chose qui soit apparemment vraie est que des chrétiens ont essayé de monter un projet pour enfants abandonnés. Ils étaient sûrement très naïfs. Ils manquaient d’expérience. Mais ils n’ont pas tenté d’enlever des enfants. Et les Eglises dont ils sont issus ne sont absolument pas en cause. Au contraire. Ces chrétiens évangéliques américains, réputés « conservateurs », sont parmi ceux qui se mobilisent le plus pour Haïti. Et ils continuent à le faire. HL Cet article a été mis en ligne le 20 février 2010.
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