Dieu et Moi

Ethique | Le chef de l’Eglise protestante allemande démissionne

Elue à la tête de l’Eglise protestante allemande en octobre 2009, Margot Kässmann a démissionné le 24 février. Elle donne l’exemple après avoir été arrêtée au volant en état d’ébriété.

Fallait-il parler de « l’évêque allemande bourrée »
sur ce site de promotion du christianisme ? Absolument. Les chrétiens ne sont pas parfaits, comme chacun le sait. Des prêtres, des religieux, des pasteurs donnent parfois le mauvais exemple. Les affaires des prêtres pédophiles (en Irlande, en Allemagne, aux Etats-Unis, en France…), des pasteurs qui piquent dans la caisse, tous ces « bons chrétiens » qui ne tiennent pas leurs promesses sont là pour le rappeler. Nous pouvons tous échouer et c’est toujours un scandale. Mais ce n’est pas très intéressant en soi.
Ce qui est intéressant est de savoir comment on essaie de corriger le tir. Comment assumer ses erreurs en tant que chrétien ? On a appris que celui qui veut être fidèle à l’évangile devrait reconnaître ses erreurs, demander pardon, à Dieu et aux autres, puis essayer de réparer les dégâts. C’est, plus ou moins, ce que Margot Kässmann a fait après avoir commis une très grosse faute morale et un délit puni par la loi.
Rappelons l’histoire de cette icône médiatique tombée du piédestal. La jeune évêque luthérienne, théologienne et auteur d’une trentaine de livres, avait été élue à la tête de l'Eglise protestante d'Allemagne en octobre dernier. Agée de seulement 51 ans, elle était alors la première femme à accéder à ce poste. L’Eglise protestante allemande (EKD) est une institution représentant théoriquement quelque 25 millions protestants issus de 23 Eglises. Mère de quatre enfants et divorcée, Margot Kässmann était surtout connue pour sa lutte contre un cancer qui a failli la tuer. Un peu comme la chancelière Angela Merkel, elle incarnait le courage d'une femme moderne, libre et indépendante. Elle a écrit un livre à succès où elle raconte sa vie privée, notamment son divorce. Dénonçant non sans courage la guerre en Afghanistan - dans laquelle des soldats allemands sont engagés - elle s’est également fait connaître en rappelant sans cesse les devoirs des chrétiens dans la société, par exemple le respect du code de la route…
Le 20 février, au soir, elle a été arrêtée à Hanovre après avoir brûlé un feu rouge. Elle avait un taux d'alcool dans le sang de 1,54 g/L. Ce qui correspond à un niveau cinq fois plus élevé que la limite tolérée. Elle était « totalement hors d'état de conduire », selon un porte-parole du procureur.
Les membres du Conseil de son Eglise lui ont apporté leur soutien. Elle a reconnu son énorme erreur. Elle a demandé pardon à ceux qui ont cru en elle. Et malgré le soutien des autres évêques, elle a démissionné le 24 février. 
« Mon cœur me dit clairement que je ne peux pas rester à mon poste avec l'autorité suffisante (...) Je démissionne donc immédiatement de toutes mes responsabilités ecclésiastiques », a-t-elle précisé. Elle devrait rester pasteure et elle sera certainement très utile à son Eglise. Dans l’immédiat, elle risque un retrait de permis pour un an et une amende qui représente un mois de salaire.
Elle a aussi dit quelque chose qui mérite toujours d’être rappelé : « On ne peut pas tomber plus bas que dans les bras de Dieu. » Et c’est ce que nous souhaitons à cette pasteure. Elle a fait une énorme bêtise. Conduire en état d’ébriété et griller un feu, c’est mettre en danger la vie d’autrui. C’est grave. Elle l’a reconnu. Elle tire la conclusion qui s’impose et en cela elle donne un bon exemple. Peut-être inspirera-t-elle certains hommes et femmes politiques avec cet acte. Elle aurait pu s'accrocher au pouvoir. Elle ne l'a pas fait. Que Dieu la bénisse.
Henrik Lindell
Cet article a été mis en ligne le 25 février 2010.
Lisez ici un article que l'hebdomadaire Réforme lui a consacré.