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La violence n'est pas toujours religieuse au Nigeria PDF Imprimer Envoyer
Environ 500 chrétiens auraient été massacrés par des musulmans le 7 mars près de la ville de Jos au Nigeria. Mais l’explication religieuse de ces violences à répétition est insuffisante.

Sur un site « militant » chrétien comme celui-ci, il serait tentant de décrire la violence au Nigeria comme le fait de la religion musulmane. Après tout, dans la nuit du 6 au 7 mars, quelques 500 habitants de villages chrétiens auraient été tués, à la machette, par des éleveurs a priori musulmans [selon une nouvelle estimation du 12 mars, le nombre exact de victimes se situerait plutôt autour de 120, ndla]. Certains expliquent que les tueurs étaient en réalité des islamistes et ils apportent des éléments plutôt intéressants pour défendre cette thèse. Mais faut-il donc en conclure que c'est la faute de l’islam ? Non, ce serait trop simple. D’ailleurs, il y a quelques semaines, plusieurs dizaines de musulmans avaient été massacrés par des chrétiens à cause de ce que « la presse » (en réalité AFP et AP) appelle des « violences intercommunautaires ». Au nom de la cohérence, il faudrait donc dire que le christianisme est une religion violente au même titre que l’islam. D’évidence, ce genre d’ « explications » n’apporte rien de très utile.
Le conflit au Nigeria n’est pas a priori « religieux ». Il n’est pas non plus purement « intercommunautaire » ou « ethnique » ou « social ». Il est tout cela en même temps. Selon l’archevêque catholique d’Abuja, Mgr John Onaiyekan, « on ne se tue pas à cause de la religion, mais pour des revendications sociales, économiques, tribales, culturelles ». Dans une interview à Radio Vatican le 7 mars, il a fait cette précision : « Il s'agit du conflit classique entre bergers et agriculteurs, mais les Fulani (les agresseurs, ndlr) sont tous musulmans et les Beroms (les victimes, agriculteurs, ndlr) sont tous chrétiens. » Les principaux responsables musulmans (non intégristes) tiennent le même discours et condamnent avec la plus grande fermeté toute violence au nom de la religion.
Le conflit au Nigeria se joue aussi sur fond de crise sociale et économique. Jos, au centre du pays, capitale de l’Etat du Plateau, est une grande ville réputée pour ses commerces. Située dans une région où la terre est relativement fertile, elle attire des personnes à la recherche d’une vie meilleure. Problème : Jos est sur la frontière entre la zone dominée par l’islam (au Nord) et celle dominée par les chrétiens (au Sud). Les Fulani sont musulmans et réclament le droit à des terres qui appartiennent ou ont appartenu à des ethnies majoritairement chrétiens. La pauvreté généralisée renforce les clivages et rend la situation explosive. L’Etat nigérian est beaucoup trop faible pour protéger efficacement les citoyens contre les violences sporadiques.
Ainsi, des éleveurs Fulani, en l’occurrence musulmans, ont pu envahir le 7 mars par exemple le village de Dogo Nahawa. Au milieu de la nuit, ils ont brûlé les maisons et tué leurs occupants avec des machettes. Les victimes sont essentiellement des enfants et des femmes. Les guerres africaines contemporaines tuent essentiellement les enfants et les femmes.
Au total, quelque 13 500 personnes ont été tuées dans ce genre de violences depuis la fin de la dictature militaire en 1999. Si vous lisez l'anglais, nous pouvons recommander cet article de l'hebdomadaire The Economist qui explique brillamment la situation (cliquez ici).
Vous pouvez aussi consulter ce très bon article du Monde fait par un envoyé spécial (cliquez ici).

Violence religieuse dans le Nord

La situation pour les chrétiens dans la zone dominée par les musulmans (au Nord) est différente. Elle est structurellement très difficile, mais les massacres sont rares. Selon la Christian Association of Nigeria (CAN), la police ne fait pas grand-chose pour protéger les chrétiens contre les attaques de groupes de musulmans, notamment au Zamfara, un des Etats nordistes où la sharia a été introduite. Les incendies d’églises sont fréquents. A ces endroits, où les chrétiens sont en minorité, il semble qu’il y ait une violence vraiment religieuse. Par ailleurs, les autorités musulmanes discriminent clairement les chrétiens en leur refusant par exemple des permis de construire des églises. Mais, et ce n’est pas un détail pour les personnes concernées, il n’y a pas – ou très peu – de massacres de chrétiens dans ces Etats régis par la sharia. Les massacres ont lieu dans les endroits où l’Etat ne contrôle plus grand-chose et où les conditions de vie sont difficiles. Et, dans ce cas, ils n’ont rien de spécifiquement religieux.
D’une façon générale, la violence prétendument « religieuse » est plutôt politique, sociale ou économique. (1)
A la rigueur, on pourrait affirmer que la religion – y compris l’islam, qui a pourtant des difficultés de reconnaître les droits de l'autre  – est un facteur de stabilité. Plus la religion est ancrée et prise au sérieux, moins il y a de violence. Mais ça, c’est une autre histoire.
Henrik Lindell
1. Lire par exemple Le mythe de la violence religieuse par William Cavanaugh, éd L’Homme Nouveau (2009). Une thèse décapante par un théologien américain catholique dont le nom mérite d’être retenu. Lire la critique du livre de l'excellent Gérard Leclerc dans l'hebdomadaire France catholique du 19 février 2010.

Cet article a été mis en ligne le 8 mars 2010.

 

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