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Santé | La victoire inédite de Barack Obama PDF Imprimer Envoyer
Bonne nouvelle ! Trente-deux millions d’Américains accéderont à une couverture santé. C’est le principal effet de la réforme votée par le Congrès le 25 mars et promulguée par Barack Obama.

Disons-le d’emblée : dans une perspective chrétienne, la réforme du système américain de santé est à nos yeux une des meilleures nouvelles politiques de ces dernières années.
Dès cette année, des millions d’Américains – trente-deux millions, selon les rédacteurs de la loi - pourront accéder à des soins médicaux décents. Des assurances privées seront facilitées et rendues obligatoires grâce à un système de subventions publiques. « Personne ne restera au bord du carreau parce que malade », a promis le président le 23 mars. D’autres effets positifs interviendront dans les années qui suivent. Cette réforme correspond de toute évidence au souci du prochain omniprésent dans la Bible.
« Apprenez à faire du bien, cherchez l'équité... », lit-on dans Esaïe 1.17.
On aurait certes pu imaginer un système public, comme en France, meilleur pays au monde pour les malades. Obama lui-même aurait voulu une assurance publique obligatoire. Beaucoup d’Américains – presque vingt millions, selon les estimations - manqueront toujours d’une couverture santé. C'est affligeant pour le pays le plus riche au monde. Mais, au total, un pas énorme a été fait pour une plus grande justice sociale (i.e. de Dieu) aux Etats-Unis le 21 mars 2010 avec le vote si serré à la Chambre des représentants : 219 votes pour, 212 contre1. Cela s’appelle la Patient Protection and Affordable Care Act.
En promulguant cette réforme le 23 mars, date désormais historique, Barack Obama a évoqué des décennies de combat pour ce qui vient d’être accompli. Il a eu raison de le faire. Déjà son prédécesseur Teddy Roosevelt avait essayé. Puis Harry S. Truman à la sortie de la Seconde guerre mondiale. Comme c’est le cas d’Obama, l’opposition les traitait de communistes… Il faut remonter aux réformes de Lyndon B. Johnson dans les années 60 – Medicare et Medicaid qui bénéficient surtout aux personnes âgées – pour trouver quelque chose de comparable. Ses adversaires le jugèrent « stalinien »… Le couple Clinton (lui président et elle chargée de mission) a essayé dans les années 90, mais le Congrès a dit non au projet mort-né : le Health Security Act. Le républicain George W. Bush, lui, s’intéressait beaucoup aux ménages aisés, aux guerres en Afghanistan et en Irak, mais pas aux pauvres. En résumé, Barack Obama a réussi là où les autres ont échoué. Il a tenu une de ses principales promesses électorales. Il a dédié cette réforme entre autres à sa propre mère, décédée d'un cancer qu'elle avait du mal à combattre à cause du coût du traitement. Si vous parlez anglais, regardez cette video de la Maison blanche qui explique bien la version officielle de la réforme.
Pourquoi les républicains sont-ils contre ?
Pourquoi les républicains et certains démocrates ont-ils voté non ? Les raisons du rejet seraient surtout financières. La réforme coûte 940 milliards de dollars sur dix ans. L’Etat américain est déjà surendetté. D’après l’administration, la réforme, qui serait de toute façon financée, aura en réalité pour effet de réduire le déficit public. Il nous serait très difficile de résumer les arguments des uns et des autres dans ce débat d’économie politique. On peut cependant noter que les républicains en particulier aiment
cultiver la peur de tout ce qui ressemble à une intervention de l’Etat fédéral. A partir du moment où le rôle de l'Etat augmente, beaucoup de républicains sont automatiquement contre. C'est un réflexe lié à l'histoire du pays où l'on trouve aussi des éléments de populisme anti-Washington et du racisme. Et la réforme du système de santé donne un rôle plus important à l'Etat. Tous les éléments sont donc réunis pour une mobilisation assez importante contre Obama, pourtant un des présidents les moins dépensiers qu’on n’ait jamais vu à Washington. Lorsque le Sénat se prononcera sur certains amendements dans les jours qui viennent, les républicains vont chercher par tous les moyens légaux d’empêcher le vote. Mais les démocraties détiennent une majorité de 57 élus contre 41 républicains (et 2 indépendants). Parce qu’il suffit d’avoir une majorité simple (51 élus sur 100), la réforme va certainement passer [Elle est passée le 25 mars avec 57 voix pour et 43 contre, réactualisé le 26 mars, ndlr]. Les républicains essayeront certainement par la suite de la faire capoter dès qu’ils peuvent, par exemple s'ils gagnent les élections à la Chambre des représentants cet automne par exemple.
Mais, pour le moment, la réforme est sur les rails. D'ici 2018, 95% des Américains auront une assurance médicale, contre 83,5% actuellement. 60% des personnes concernées seront subventionnées afin d’accéder à une assurance privée (la contribution patronale sera financée par l’Etat). 40 % des personnes bénéficieront d’une extension des programmes sociaux que l’Etat offre à des retraités et aux plus pauvres. Aucun argument – ni le sida ni le cancer, par exemple - ne permettra aux assureurs privés de refuser un client.
C'est à ces effets là qu'il faut penser quand des républicains s'en prendront au « dépensier » Obama. Il est déjà traité de « socialiste » par des élus républicains comme Sarah Palin, l'inoubliable colistière de John McCain et qui pourrait récidiver.
Il y a une réponse possible à cette attaque prévisible : une relance économique, surtout pour les ménages modestes. Obama pourrait, dans une certaine mesure, s'inspirer de Ronald Reagan dans ses capacités de fédérateur. Or, contrairement à Reagan, Obama essayerait d'inverser la tendance américaine d'avantager systématiquement les plus riches. Il a déjà commencé. La réforme du système de santé va non seulement augmenter le niveau de vie des plus pauvres. Les impôts des plus riches augmenteront ! Cela aussi pourrait être qualifié d'historique. Pour mieux comprendre, lisez (en anglais) cet excellent article du New York Times qui résume les implications économiques et sociales de la réforme d'Obama.
Et l'avortement
Pour les chrétiens, un autre enjeu a joué un rôle considérable dans les débats : l’avortement. Obama fait partie des élus qui défendent la législation autorisant l’avortement, même s’il est personnellement hostile à l’IVG pour des raisons éthiques. Cette réforme permettra-t-elle de rembourser l’IVG avec de l’argent fédéral ? D’après Obama, la réponse est non et il a émis un décret (executive order) à ce sujet. Pour des raisons que nous ignorons, plusieurs élus et des leaders chrétiens considèrent pourtant que la réforme élargira la possibilité de rembourser l’avortement. Le décret présidentiel ne suffirait pas.
Quoi qu’il en soit, la politique d’Obama permettra peut-être à certaines femmes, à certains ménages, de mieux accueillir des enfants. Le nombre d’avortements pourrait ainsi baisser, ce qui est l’objectif affiché d’Obama et qu’il réitère sans cesse. Il convient aussi de rappeler que George W. Bush aimait dire son hostilité à l’avortement. Mais en huit ans de règne, ce républicain très « chrétien » n'a guère réduit le droit à l’avortement et le nombre d’IVG n’a pas diminué.
Espoirs

Obama, comme les autres présidents, sera jugé sur les actes. Il a déjà accompli un acte gigantesque. Il a montré que la politique peut encore aujourd’hui aboutir à de meilleures conditions de vie pour la plupart. Il vient de rappeler aux Sarkozy, Berlusconi et Brown que l’on peut encore combattre les injustices, même si l’Etat a des déficits budgétaires. Ce n’est pas incompatible.
La victoire électorale d’Obama en 2008 a suscité des espoirs fous. A la rigueur, le premier président noir des Etats-Unis ne pouvait que décevoir. Bien des observateurs parient sur son échec depuis quelque mois. Après l’avoir trop encensé, ils insistent un peu trop sur ses points faibles. C'était le Messie. Maintenant, c'est Carter, le gentil président démocrate connu pour ses nombreux échecs. Ce phénomène est presque une loi naturelle dans les médias. Mais, il faut le dire et dire encore, Obama lui-même, au soir de sa victoire contre McCain, l’a dit : « il y aura des déceptions. » Or le 23 mars 2010, il a accompli une des victoires politiques les plus éclatantes de l’histoire sociale contemporaine des Etats-Unis. C’est un fait quantifiable. Sur ce site, nous n’avons jamais caché notre préférence pour Obama face à ses adversaires républicains (et certains démocrates). Cette préférence est positive en ce sens qu’elle correspond vraiment à ce que nous avons compris du contenu de la foi chrétienne. Cela ne signifie pas que nous sommes hostiles aux républicains par définition. John McCain aurait probablement fait un bon président. Et quand Obama ne prend pas des engagements suffisants en matière d'écologie, quand il fait preuve d'indécision au Proche-Orient, quand sa politique n'est pas claire, ni bonne, en Irak et en Afghanistan, nous le critiquons. Quand il n'est pas assez ferme dans sa critique contre les régimes autoritaires (arabes par exemple), quand il ne défend pas suffisamment les chrétiens persécutés et les valeurs chrétiennes qui sont pourtant les siennes, nous le regrettons. Mais la réforme du système de santé aux Etats-Unis est vraiment une bonne nouvelle. Elle ressemble à cette Amérique forte et solidaire qui a toujours fait rêver le monde entier.
Henrik Lindell

1. Après qu'un problème d'irrégularité a été constaté, la Chambre des représentants a dû revoter la réforme le 25 mars en prenant en compte des additifs. Finalement, elle a donné une majorité de 220 votes contre 207 pour la réforme. Le Sénat, lui, a également voté le 25 mars : 56 voix pour et 43 contre. Pas un seul républicain au Congrès n'a voté pour la réforme.

Cet article a été mis en ligne le 23 mars, puis réactualisé le 26 mars 2010.
 

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