




| Maroc | Face à la persécution, la Fédération protestante dit sa préoccupation |
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Les autorités marocaines ont expulsé une cinquantaine de chrétiens accusés de prosélytisme. La très prudente Fédération protestante de France a fini par exprimer son étonnement le 24 mars.Les chrétiens marocains ont peur. Depuis plusieurs semaines, les autorités expulsent des évangéliques, et certains catholiques, accusés de « prosélytisme ». Selon nos sources, une cinquantaine de chrétiens étrangers - humanitaires, pasteurs, touristes - ont dû quitter le royaume du jour au lendemain. Ils auraient été surpris avec une Bible. Ils auraient prié ou discuté des questions religieuses avec des Marocains. Certains sont soupçonnés de vouloir convertir des Marocains. Ils sont chrétiens, quoi. Au Maroc, c’est de facto devenu un délit de sale gueule. Mais aucune preuve d’illégalité n’a été fournie. Que des procès sommaires et des expulsions immédiates. Ce n'est pas un problème pour le pouvoir, puisque le Maroc n’est pas une vraie démocratie. Face à ce déni de droit, violation flagrante des droits de l’homme les plus élémentaires (l’article 18 donne droit à promouvoir sa foi), plusieurs Eglises évangéliques ont réagi. Certains sites d’Internet, notamment Actu Chrétienne, celui de Christianisme aujourd’hui et celui-ci, ont dénoncé le drame (lire notre article ici). Un collectif clandestin de chrétiens a été mis sur pied. Une pétition circule via Actu Chrétienne pour défendre ces sœurs et frères chrétiens étrangers et marocains. Pourquoi est-ce si important de les défendre ? Les humanitaires « prosélytes » qui gèrent des orphelinats et autres services rendent service aux plus pauvres des Marocains. Ils ne font pas de prosélytisme et souscrivent aux lois du pays, comme le démontre ce communiqué d'Ain Leuh, l'orphelinat vidé de ses responsables chrétiens. L’autre enjeu consiste à vouloir protéger ces quelques centaines de Marocains qui ont commis « le crime » – aux yeux du législateur – de se convertir au Christ. En cette matière précise, nous sommes pour la stricte désobéissance civile. Au nom du Christ. Dans notre pays démocratique où l’on oublie trop souvent nos privilèges de pouvoir bénéficier des libertés religieuses, la plupart des grands médias généralistes ont relégué l’information sur les chrétiens au Maroc à la section des fait divers. La version des autorités marocaines a été reprise sans la moindre vérification. La plupart des Eglises étrangères sur place – la catholique notamment – ont tenu à se désolidariser des « évangélistes » concernés. Elles ont aussi exprimé leur gratitude pour la « liberté du culte » (sic) au Maroc. Le responsable de l’Eglise évangélique au Maroc, le pasteur Jean-Luc Blanc, interviewé par Paul Ohlott d'Actu Chrétienne, a même déclaré n’avoir « aucune raison d’intervenir pour des chrétiens qui ne font pas partie de notre église et qui ne nous le demandent pas ». Après ces étonnantes manifestations de « fraternité chrétienne », nous étions très curieux de connaître la réaction de la Fédération protestante. Plus de deux semaines après l’expulsion des seize humanitaires qui travaillaient à l’orphelinat Ain Leuh près de Fez, la plus grande organisation protestante en France a fini par exprimer sa « préoccupation » et dire sa solidarité avec les chrétiens marocains. En prime, l’Eglise évangélique au Maroc est cosignataire du communiqué. Jean-Luc Blanc semble donc avoir changé d’avis. Pourquoi cacher notre soulagement ? Voici le communiqué de la FPF du 24 mars 2010 : La Fédération protestante de France (FPF) et l’Église évangélique au Maroc (EEAM) tiennent ensemble à faire part de leur préoccupation quant à la situation des chrétiens au Maroc. Nous n’oublions pas l’accueil qui, depuis, plus d’un siècle, est fait aux chrétiens de confession protestante dans ce pays où les étrangers exercent leur culte en toute liberté. Nous n’oublions pas non plus le dialogue « en vérité » qui a lieu au Maroc entre des intellectuels chrétiens et musulmans, notamment à l’Université Al Akhawayn et dans le cadre du Groupe de recherche islamo-chrétien, ainsi qu’avec les autorités du Royaume. Toutefois, la FPF et l’EEAM ne peuvent pas rester insensibles aux appels de ceux qui, au Maroc, vivent des situations d’exclusion à cause de leur foi. Même s’ils ne sont pas membres de l’EEAM, notre devoir est d’écouter ces frères et ces sœurs. Nous pensons, bien entendu, à certains chrétiens expulsés récemment. Sans mettre en cause la légitimité des autorités marocaines à faire respecter la loi, la FPF et l’EEAM tiennent à exprimer leur étonnement quant aux méthodes employées dans certains cas. Pourquoi, par exemple, avoir laissé faire l’orphelinat d’Aïn Leuh pendant dix ans sans la moindre mise en garde et en expulser soudainement tous les responsables sans distinction de fonction et sans les avoir invités au préalable à se mettre en règle ? Nous pensons aussi et surtout aux chrétiens marocains qui nous disent leurs inquiétudes, se sentant harcelés. En tant que toute petite minorité, n’ont-ils pas le droit d’être protégés ? Nous les assurons de nos prières et de notre solidarité. La FPF et l’EEAM tiennent à redire leur attachement à la liberté de culte et de conscience qui implique la capacité de choisir sa religion, conformément à la Déclaration universelle des droits de l’homme ratifiée par le Maroc. Le souci de protéger les plus faibles, et donc le refus du prosélytisme, ne doit pas être un prétexte à remettre en cause la liberté religieuse. Tout comme nous estimons que les musulmans de France doivent jouir d’une pleine liberté de culte, nous demandons qu’au Maroc, les juifs et les chrétiens puissent exercer paisiblement leur culte et être ainsi en mesure de contribuer avec les musulmans à la construction du pays. Que Dieu riche en miséricorde nous accompagne sur notre route. Lisez aussi cet article de Famille chrétienne, un des rares organes de presse non évangéliques à oser parler de la situation des chrétiens au Maroc. Henrik Lindell Cet article a été mis en ligne le 27 mars 2010.
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