Dieu et Moi

L’Appel à la vérité selon l’Osservatore Romano

Le quotidien du Vatican a publié un article le 7 avril sur l’Appel à la vérité signé par 30 000 Français. L'article est écrit par le journaliste catholique Patrice de Plunkett. A lire absolument.

Une fois n'est pas coutume. Nous vous recommandons de lire le quotidien du Vatican, l'Osservatore Romano, pour vous renseigner sur un phénomène concernant les chrétiens français.
Il s'agit d'un article de notre ami Patrice de Plunkett (photo) expliquant le contexte de l'Appel à la vérité et les raisons de sa popularité. Nous partageons son analyse et ses conclusions.
HL
Cet article a été mis en ligne le 7 avril, puis réactualisé le 13 avril 2010.

Voici le texte en français (à consulter aussi et surtout sur le blog de Patrice de Plunkett). Nous avons souligné les phrases qui nous "parlent" le plus. Et nous vous invitons à signer cet appel, tout en écoutant et en respectant ceux qui ne le font pas. Le 13 avril, le nombre de signataires a atteint les 30 000, un chiffre au-delà des espérances.

Lancé le 31 mars à Paris et à Lyon, l'Appel des chrétiens à la vérité (www.appelaverite.fr) récolte actuellement en France des milliers de signatures, souvent célèbres. Cet appel se déclare « solidaire des victimes de prêtres pédophiles », mais aussi « solidaire de l'Eglise catholique » : une solidarité qui contraste avec l'air du temps.  A l'origine de l'appel, un petit groupe d'inclassables : écrivain, journalistes, blogueurs (dont une humoriste, un avocat et un philosophe), qui se sont réunis pour improviser – dans l'urgence – une démarche chrétienne face à la campagne d'opinion qui déferlait. Cette campagne était en effet outrancière : le scandale des prêtres pédophiles était atroce, mais ne justifiait pas ce chorus des grands médias occidentaux contre le pape Benoît XVI et son Eglise. « La chute du catholicisme », titrait un quotidien allemand. « Boycottons la messe », titrait un quotidien américain... Ce tollé dépassait de loin son objet allégué (la pédophilie) : il révélait une hostilité de principe envers le pontificat, voire envers la persistance d'une Eglise catholique au XXIe siècle. Hostilité qui éclatait à travers la violence déconcertante d'articles et de caricatures, publiés par des journaux sérieux qui prenaient en la circonstance un ton de pamphlet anticatholique. Le message subliminal était insistant : si des prêtres agissent mal, c'est parce que ce sont des prêtres...
Cette campagne ajoutait des conclusions injurieuses à des « informations » partielles ou biaisées. Et elle refusait d'enquêter pour compléter ces « informations » : réticence constatée à Paris au sujet de l'affaire Murphy, quand des quotidiens ont fait silence sur les éléments fournis par le Vatican et sur des révélations venant des Etats-Unis. Un autre échantillon de cette réticence fut donné lorsqu'un grand média parisien a refusé de publier l'Appel à la vérité, parce que – déclara le chef de service – « je ne suis pas d'accord avec l'orientation de ce texte » : exemple de l'attitude que cet appel venait précisément dénoncer.
C'est pour rappeler les médias à la déontologie, qu'a été lancé l'Appel à la vérité – dont beaucoup de signataires sont, eux-mêmes, des professionnels des médias.
Les catholiques français ne veulent pas qu'on parle à leur place. Ils sont les premiers à mesurer la gravité de la crise des prêtres pédophiles. Mais, contrairement à ce que répètent des médias français, cette crise ne vient pas « de la conception catholique du sacerdoce ». D'où vient-elle alors ? Il faut savoir toute la vérité.
Sitôt lancé, l'appel a suscité une large adhésion autour d'une première liste de 80 signataires, qui réunit des universitaires (dont l'un des plus récents membres de l'Académie française), des députés et sénateurs, des psychanalystes, des sexologues, des chefs d'entreprise, des écrivains, des éditeurs, des célébrités du spectacle. Ce rassemblement va de la droite à la gauche, consensus rarissime en France. Des personnalités orthodoxes, évangéliques et luthériennes y côtoient les catholiques. Parmi les signataires, beaucoup viennent de courants et de journaux catholiques considérés comme antagonistes ; leur cohabitation inédite est un signe des temps.
Que manifeste ce signe ? Une prise de conscience. En effet, l'agression contre le pape est menée par la machinerie des grands médias occidentaux : puissance dominante et commerciale, que personne ne croit mue par la compassion, et qui poursuit contre Benoît XVI un combat commencé contre Jean-Paul II dans les années 1990. Il s'agissait alors de combattre l'Eglise catholique en tant qu'institution universelle résistant au « matérialisme mercantile » (expression du pape Wojtyla). On serait naïf de croire que cette action a cessé, et ne joue pas un rôle en 2010 dans la campagne contre le pape Ratzinger.
Cette campagne mise sur la méconnaissance du catholicisme, partagée aujourd'hui par les trois quarts de la société occidentale. Grands sont donc les risques de quiproquos pour l'Eglise, qui doit faire comprendre plus clairement ce qu'elle est et ce qu'elle fait : c'est-à-dire mieux adapter son approche à la méconnaissance ambiante. Cela fait partie des changements dont la crise actuelle vient faire comprendre à nouveau le besoin : un besoin dont les signataires de l'Appel français sont également conscients, et vis-à-vis duquel ils font, soulignent-ils, « confiance au Magistère ».

Patrice de Plunkett