La Fédération protestante veut représenter tous les protestants
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Que retenir de l’Assemblée générale de la Fédération protestante des 10 et 11 avril ? Nous avons noté son souci pour les immigrés et sa volonté de dialoguer avec le CNEF.Le « protestantisme français » recouvre plusieurs réalités très différentes. Et quand la Fédération protestante de France, la principale organisation représentative, se réunit en assemblée générale, les sujets de discussion sont forcément très riches et très différents. Les réformés, les luthériens, les différents courants évangéliques qui cohabitent au sein de la FPF expriment des perceptions, des sensibilités et des soucis différents. Et c'est la richesse de cette organisation unique. L’Assemblée générale des 10 et 11 avril a été une occasion de se pencher notamment sur les statuts de la FPF, la répartition des votes entre différentes Eglises et Fédérations d’Eglises (avec des négociations parfois serrées) et sur les problèmes de désunion entre protestants en France (non sans débats contradictoires).
L’AG a également été une occasion de rappeler des engagements forts de la Fédération protestante à l’égard du monde qui l’entoure. Ce sont ces engagements-là qui nous intéressent le plus. D’abord parce qu’ils apparaissent clairement dans les recommandations finales de l’AG et qu’ils forment le cœur du message de Claude Baty, président de la FPF. Ensuite parce qu’ils reflètent une foi et un « christianisme pratique » qui interpellent positivement nos contemporains. Ainsi le souci réaffirmé et concrétisé par des échanges et des aides pour Haïti, Congo-Brazzaville, Madagascar. Ainsi la préoccupation pour les chrétiens en Algérie et au Maroc, pays explicitement cités par Claude Baty dans un texte lu à haute voix et consultable sur le site de la Fédération protestante. Ainsi une forte insistance sur l’engagement de la FPF auprès des immigrés et des étrangers en France. Et particulièrement pour les sans-papiers. Claude Baty a écrit des phrases très fortes à ce sujet qui, pour nous, résument un engagement vraiment évangélique en France en 2010.
Nous reproduisons ici un long extrait du texte de Claude Baty sur la question de l’immigration. Nous avons souligné les phrases qui nous marquent le plus :
« Le simple fait que plusieurs milliers de personnes meurent noyées ou assassinées chaque année en essayant coûte que coûte de rejoindre l’Europe, pose un problème éthique. Ajoutons que le nombre des clandestins en Europe, estimé aujourd'hui entre cinq et sept millions, traduit l'impossibilité pratique d'une maîtrise complète des flux migratoires. Or, les mesures prises pour empêcher l’arrivée de migrants, outre qu’elles provoquent de la clandestinité, ne sont pas sans conséquences sur l'ensemble de la société du pays d'accueil ; une société soumise à des contrôles policiers de plus en plus intrusifs ne peut que devenir malade de la défiance. Les responsables politiques ont beau jeu de se prévaloir du soutien populaire et d’un nécessaire réalisme, voire de la lutte contre les trafiquants. Dans ce jeu politique, social et médiatique nous avons aussi la responsabilité de rappeler quelques vérités, en particulier que le migrant n’est pas un délinquant en puissance ou forcément un profiteur. Abraham, le nomade emblématique des juifs comme des chrétiens, et même des musulmans, a d’abord été quelqu’un qui a été appelé. Son déplacement est symbolique d’une quête intérieure. La Bible raconte bien sûr des voyages provoqués par la famine et la recherche de la sécurité. Elle ne cache pas les déboires des étrangers, mais c'est justement pour appeler à respecter l’immigré qui, dans la Bible est, avec la veuve et l’orphelin, l’image du faible, de celui qu’il faut protéger et aimer et non pas exploiter. Les questions sont complexes, nul n’en disconvient, et c’est fondé sur cette complexité qu’en général on déleste le citoyen moyen de sa responsabilité. On a vu ce que le système financier a fait de cette technicité opaque en oubliant des questions simples qui ont trait à l’honnêteté et à la justice. J’ose dire que de la même manière, il ne faudrait pas que les citoyens que nous sommes se trouvent dépossédés de leur responsabilité à l’égard des immigrés, sous prétexte que ce sujet dépasse leur compétence. Mon vœu est que cette année de réflexion et de travail en commun entre les Églises et les associations engagées sur le terrain, permette sans idéologie agressive ou partisane, mais avec fermeté, de défendre, ici et maintenant, des principes simples mais fondamentaux touchant le respect des personnes et de la dignité humaine. »
Ces propos ont visiblement été appréciés. On trouve le même esprit dans une de cinq recommandations votées par l’Assemblée générale pour le Conseil de la FPF. La voici (nous soulignons les idées marquantes) :
Les membres de l’Assemblée générale de la FPF, réunis à Paris les 10 et 11 avril 2010, dans le prolongement du lancement de l’année européenne 2010 des Églises pour les migrations et à l’écoute de la Parole de Dieu :
• affirment que la rencontre avec les migrants, quelle que soit leur situation juridique, change notre regard, chasse la peur et oblige à l’accompagnement dans l’accès aux droits, la solidarité et l’aide pour une vie digne et sereine.
• se réjouissent du renouvellement de nos Églises par la présence, la participation de membres venus du monde entier, ainsi que des échanges avec les Églises issues de l’immigration présentes sur le territoire et l’appui du Projet Mosaïc. Ce sont des signes d’un avenir à partager sur une terre commune.
• Dans cet esprit, l’AG affirme le soutien du protestantisme français aux associations actives dans la solidarité auprès des migrants, notamment la CIMADE, et encourage les Églises et les CIOM (Communautés, Institutions, OEuvres et Mouvements) à aller à la rencontre de l’étranger.
• Elle propose au Conseil de la FPF d’inviter les autorités publiques à veiller à l’accueil et à l’intégration, dans le respect du droit et de la dignité des personnes, sans envisager de nouvelles modifications législatives encore plus contraignantes.
Dialogue avec le CNEF
Parmi les autres sujets abordés par l’Assemblée générale figure évidemment le dialogue avec le Conseil national des évangéliques de France (CNEF), instance qui sera constituée en juin. C’est un sujet sensible au sein de la FPF. Claude Baty lui-même a plusieurs fois exprimé ses doutes et ses craintes face à la création du CNEF qu'il juge anachronique. Cette organisation, qui demande à ses membres de souscrire à une confession de foi théologiquement évangélique, a vocation à rassembler toutes les Eglises évangéliques en France et elle pourrait s’exprimer en leur nom. Etant donné que les évangéliques ont le vent en poupe et que les évangéliques représentent pratiquement la moitié des protestants français, le CNEF suscite forcément des réactions des membres de la FPF. Beaucoup d’entre eux font déjà ou feront partie des deux organisations, comme vraisemblablement la Fédération des baptistes qui doit décider de son éventuelle appartenance au CNEF lors de son congrès en 2010. Or les doutes de Claude Baty ne sont pas partagés par de nombreux représentants de la FPF. Dans son texte cité plus haut, on peut retenir ces mots :
« J’ai été frappé ces derniers jours, de voir monter une certaine agressivité vis-à-vis du CNEF (Conseil national des évangéliques de France). Il faut bien dire que les projets de celui-ci se précisant, il apparaît aux yeux de plusieurs comme une fédération concurrente, avec une volonté de pouvoir. Même en constatant cela, il est important de ne pas alimenter les tensions.
Tout d’abord il faut dédramatiser. Les chiffres ne font pas du CNEF un réel concurrent. La FPF rassemble environ 800 000 protestants, dont au moins 200 000 évangéliques qui n’ont pas l’intention de la quitter, alors que le CNEF rassemblerait selon ce que j’ai lu, au mieux, 150 000 évangéliques. D’une certaine manière la parole évangélique sera plus à la FPF qu’au CNEF. Il faut évidemment se préoccuper aussi des 200 ou 300 000 protestants et ou évangéliques qui ne sont nulle part…
En mettant en évidence des rapports de force, je ne veux pas entrer dans un raisonnement que par ailleurs je conteste. Ce n’est pas parce que nous sommes les plus nombreux que nous avons raison et que la bénédiction de Dieu nous serait réservée. L’évangile de la prospérité, est de mon point de vue, l’hérésie moderne. »
Ces propos ont évidemment été discutés dans différents médias protestants et surtout évangéliques (voir Topchrétien par exemple). Quand Claude Baty dit « d’une certaine manière, la parole évangélique sera plus à la FPF qu’au CNEF » on peut admirer une certaine force rhétorique. On peut aussi apprécier le franc-parler. On ne voit pas nécessairement le souci du dialogue. Or il faut insister sur le fait que les principaux représentants de l’Eglise réformée de France et aussi des luthériens accueillent avec respect et bienveillance la création du CNEF. Les principales critiques contre la mise en place de cette organisation proviennent en réalité des évangéliques eux-mêmes. Nous reviendrons sur ce phénomène en juin quand le CNEF sera doté de son nouveau statut.
Pour le moment, retenons simplement cette recommandation (la cinquième) de l’Assemblée générale pour le Conseil de la FPF :
• L'Assemblée générale de la FPF, réunie à Paris les 10 et 11 avril 2010, à quelques semaines de la constitution du Conseil national des évangéliques de France (CNEF), adresse ses fraternelles salutations aux frères et sœurs qui ont estimé de leur responsabilité de créer ce Conseil national des évangéliques français ou d’y adhérer.
• Elle a entendu la crainte exprimée par certains de ses membres que la création du CNEF soit l’occasion de polarisations au sein du protestantisme français. Elle espère qu’il s’agira d’une étape dans la construction d’une unité à la fois plus profonde et plus large. Elle recommande dans ce sens au Conseil de la FPF de poursuivre un dialogue régulier avec le CNEF.
• Elle encourage le conseil de la FPF à veiller à ce que la fédération continue d’assumer sa vocation et notamment son engagement à représenter l’ensemble du protestantisme au-delà même de ses frontières fédératives, pour vivre une véritable unité dans le respect de la diversité.
Il y a là, à notre avis, un vrai sujet de prière. Vivre l’unité dans le respect de la diversité ne devrait pas être une option pour les chrétiens, mais un réflexe naturel. Car il s’agit d’une unité en Christ.
HL
Cet article a été mis en ligne le 14 avril 2010.

