




| La Grèce, l’Europe et la morale |
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Peu de personnes ont célébré la Journée de l’Europe le 9 mai. Remember la déclaration Schuman de 1950 ? La crise grecque incite pourtant à un retour aux sources - chrétiennes - de l’Europe.Le drame grec – et on refuse d’utiliser le mot tragédie - a tout d’une crise morale. Cette crise incite à un sursaut salutaire. Il faut – et ce n’est plus une option, mais une obligation – beaucoup plus de solidarité et beaucoup plus de solutions européennes (et pas seulement intergouvernementales) pour sortir la Grèce, et peut-être bientôt l’Espagne et le Portugal, des problèmes graves de gestion. De fait, les pays européens et le FMI (« la communauté internationale ») s’engagent à aider le pays à redevenir solvable. Mais pourquoi parler d’une crise « morale » ? Parce que tous les observateurs le suggèrent en évoquant les causes intérieures et extérieures de la crise financière de la Grèce. La Grèce est en effet un pays où l’Etat fonctionne mal. La corruption atteint des niveaux africains (et c’est beaucoup). Les services publics sont de piètre qualité. Le système de santé est mauvais par rapport aux autres pays européens. Entre 2004 et 2009, le pays a été dirigé par un gouvernement « libéral » qui, de facto, n’a misé que sur le secteur privé et a laissé tomber le reste. Il a par ailleurs triché avec la comptabilité nationale afin de tromper l'Union européenne. Les Grecs n’aiment pas payer les impôts, dit-on. La fraude fiscale atteint des niveaux hallucinants. A la rigueur, on pourrait comprendre ce manque d’enthousiasme face à un Etat et une bureaucratie aussi mauvais, inefficace et corrompu. De toute façon, un Grec qui a un revenu moyen aujourd’hui est quasiment obligé de travailler partiellement au noir pour payer les factures de base. Le programme anti-crise est très sévère. Certains fonctionnaires pourront partir à la retraite seulement à 67 ans au lieu de … 53 ans ( !). Un tiers des fonctionnaires connaissent une baisse de leur salaire. La TVA (si elle est effectivement collectée) atteindra des niveaux plus élevés qu'avant. La Grèce est pourtant un pays riche. Mais un certain modèle - appelons-le "antisocial" – vient manifestement de se casser la gueule. Toute l’Europe devra en payer la facture. Les erreurs de gestion, la corruption, la triche sont la faute des Grecs, particulièrement leurs gouvernants. Mais il y a d’autres responsabilités aussi. Les banques et autres instituts de crédit ont financé un système mortifère. L’Union européenne dans son ensemble a permis que la dette explose et que les déficits se creusent alors que la situation pour les plus pauvres s’aggrave. On peut constater les mêmes tendances en France et dans la plupart des pays européens. Une certaine politique que l’on peut étudier à l’échelle européenne ne bénéficie qu’aux riches et elle ne peut donc être saine. A cela, il faut ajouter l’incapacité invraisemblable des Etats européens de se mettre d’accord sur des objectifs communs en matière de politique d’emploi, politique fiscale, politique étrangère … politique tout court. Ce n’est pas l’intérêt collectif qui domine en Europe. C’est la compétitivité qui compte. L'idéologie du marché, le matérialisme et l'égoïsme ont pénétré tous les lieux de décision. Ce sont des fautes morales. Elles sont aujourd’hui manifestes. Tout le monde peut en étudier les conséquences. Certes, l’Europe est toujours la principale puissance économique au monde, même si on a du mal à la concevoir ainsi. Certes, elle est toujours le continent, ou presque, où l’on vit le mieux sur la terre. Elle a toujours des avantages énormes pour pouvoir s’en sortir. Mais pour cela, il faut – et c’est un vœu de moins en moins pieux – retrouver l’esprit des fondateurs. Il faut revenir aux fondamentaux. Que disait Robert Schuman le 9 mai 1950 ? « L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord des solidarités de fait. » Ce sont des phrases qui ne font plus sourire et qui ennuient de moins en moins ceux qui rêvent d’une Europe forte. L’Europe est une construction lente. Or il faut des « solidarités de fait ». C’est le critère. Sinon on ne construit rien du tout. Robert Schuman et les autres « pères fondateurs » de l’Europe contemporaine étaient tous chrétiens et s’inspiraient tous d’une éthique chrétienne. L’Europe, même (et surtout) si on la réduisait au légendaire axe franco-allemand, est une histoire de pardon et de réconciliation. En ce sens-là, l’Europe est une histoire chrétienne, tout en intégrant d’autres traditions et philosophies. Et c’est pour cela qu’elle a été un facteur d’intégration. Elle a été une bonne nouvelle. L’Europe peut-elle se ressaisir ? Pourquoi pas ? L’Europe, après tout, c’est nous. HL Cet article a été mis en ligne le 10 mai 2010.
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