




| Allemagne | L’étonnant succès du Kirchentag œcuménique |
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La rencontre œcuménique du 12 au 16 mai a attiré 200 000 personnes. Succès surprenant alors que l’Eglise catholique traverse une grave crise de confiance et que les protestants manquent de dynamisme.Toutes les grandes Eglises institutionnelles sont en crise ou traversent des difficultés en Europe. Mais elles arrivent quand même à rassembler des foules considérables. Pratiquement au même moment que le pape a réuni pas moins de 500 000 catholiques au Portugal du 11 au 14 mai, les Eglises catholique et protestantes ont attiré quelques 200 000 personnes à Munich du 12 au 16 mai pour la Kirchentag (littéralement Jour de l'Eglise), le grand rassemblement œcuménique qui a été organisé pour la deuxième fois. Dans les deux cas, les foules étaient plus nombreuses que prévu. Et dans les deux cas, les principaux responsables ecclésiastiques ont abordé avec humilité les sujets les plus difficiles : scandales d’abus sexuels et crise de confiance chez les catholiques et incapacité de susciter un intérêt autour du Christ et de remplir les temples chez les protestants luthéro-réformés. Prononcée dans l’avion qui l’emmenait au Portugal, cette phrase du pape a fait le tour de la terre : « L'Eglise a un profond besoin d'apprendre le pardon et aussi la nécessité de la justice, mais le pardon ne remplace pas la justice. » Benoît XVI a aussi affirmé que la situation était née du « péché de l’Eglise », non de l’extérieur. Des mots forts et justes qui, espérons-le, inciteront à un débat nuancé et à une profonde réflexion sur les drames que nous pouvons vivre dans toutes les Eglises et dans tous les milieux. « Ce problème ne concerne pas uniquement l'Eglise catholique », a déclaré Olav Fykse Tveit, le nouveau secrétaire général du Conseil œcuménique des Eglises juste avant l’ouverture du Kirchentag le 12 mai. « Pour l'ensemble de l'opinion publique, il en va simplement de la crédibilité des Eglises », a déclaré ce pasteur luthérien norvégien. Il a par ailleurs mis en garde contre tout triomphalisme de la part des autres Eglises par rapport à l’Eglise catholique. Mais au Portugal, comme au Kirchentag, on n’a pas parlé seulement des abus sexuels. A Munich, le souci dominant a logiquement été de renforcer les liens entre protestants et catholiques. En Allemagne, environ un tiers des habitants sont protestants et un tiers sont catholiques. Les évangéliques, beaucoup moins nombreux que les protestants luthéro-réformés, connaissent une croissance. Toutes les autres Eglises connaissent une diminution du nombre de leurs fidèles officiels. L’idée de travailler davantage ensemble vient en partie de cette réalité. Un autre fait joue un rôle considérable : le nombre de mariages mixtes ne cesse d’augmenter. Et beaucoup voudraient communier ensemble. Actuellement, seuls les protestants acceptent officiellement « l’intercommunion ». L’Eglise catholique refuse pour des raisons théologiques. Mais, et ce n’est pas rien, elle incite et participe de plus en plus à des prières communes. Espérance Le thème général à Munich était « l’espérance ». Plusieurs cultes et messes, et des manifestations culturelles, ont eu lieu en plein air dans le but d’attirer l’attention des personnes éloignées des Eglises. Des femmes et hommes politiques – dont la chancelière Angela Merkel et le président Horst Köhler – se sont rendus sur place. Plusieurs hommes politiques ont participé à des études bibliques. Quant à Margot Kässmann, la personnalité ecclésiastique la plus connue en Allemagne, ex-leader de la grande Eglise protestante (EKD) et célèbre démissionnaire pour cause de conduite en état d’ébriété, elle reste un personnage très populaire. Elle a été longuement applaudie lors du Kirchentag pour sa cohérence (la démission) et sa façon d’évoquer la situation des pauvres et exclus dans la société. Autre grand rendez-vous : un débat entre Hans Küng, célèbre théologien catholique contestataire, et Jürgen Moltmann, théologien réformé connu surtout pour sa « théologie de l’espérance ». La salle de la conférence a été prise d’assaut par des chrétiens assoiffés d’intelligence et de réflexion. On raconte que des jeunes qui n’ont pas obtenu des places pour la conférence ont manifesté leur colère à l’encontre des organisateurs. Pensez donc : une manif pour le droit d’écouter des vieux théologiens ! Total respect et notre sympathie émue pour cette réaction de ces jeunes. Lisez cet article – en anglais - de ce « fan » de Küng et de Moltmann. Résolutions Le rassemblement a donné lieu à sept résolutions. En résumé, il s'agit d'une aspiration à plus d’œcuménisme, au développement de sources d’énergie renouvelables, à un monde sans armes nucléaires, à une agriculture plus respectueuse de l’environnement avec un refus net des OGM, à plus de transports ferroviaires et des voitures plus économes en énergie. Dans des ateliers, plusieurs groupes de travail ont plaidé pour une taxation des transactions financières afin de financer l’aide au développement. Plus insolite, un groupe de travail a exigé la fin de l’obligation du célibat pour les prêtres catholiques. Les organisateurs attendaient 100 000 personnes. Mais 130 000 ont acheté leurs billets pour les cinq jours. A ceux-là, il faut ajouter environ 11 000 personnes pour chacun des cinq jours du rassemblement. Et le tout sous la pluie. Les Eglises institutionnelles sont en crise, c’est vrai, mais elles sont encore capables de parler au monde. Elles sont même capables d’intéresser le monde. Le Kirchentag, en particulier, est une bonne nouvelle. HL Cet article a été mis en ligne le 21 mai 2010.
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