




| Après Christine Boutin, qui va renoncer à sa rémunération ? |
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En plus de sa retraite, le chef d’un parti chrétien-démocrate gagnait 9500 euros mensuels pour une mission. Face à la critique, de droite et de certains catholiques, elle renonce à la rémunération.Christine Boutin suscite souvent une certaine approbation populaire. Elle aime se poser en porte-parole des catholiques, par exemple, en jouant sur différentes valeurs dites « familiales ». Elle est contre le mariage gay, elle met en cause le recours à l'avortement et elle défend les plus fragilisés qui n'émeuvent pas systématiquement la gauche bienpensante (les handicapés, les personnes âgées, les pauvres dans les zones rurales, etc). Parfois, elle énerve beaucoup de Français. Elle prêche la morale, par exemple en matière de mariage et de sexualité. Elle dit aussi beaucoup de vérités difficiles à entendre sur une société qui laisse trop de gens au bord de la route. L’ancienne ministre du Logement, quoique de droite, a un vrai souci de la justice sociale. Sortie du gouvernement l'été 2009 suite à un choix pas forcément habile de Sarkozy, elle a multiplié les petites phrases assassines à l’égard de plusieurs ministres et s’est montrée très offensive sur le plan politique politicien. Elle a notamment transformé son parti personnel – une sorte de droite catholique qui se veut sociale - en un nouveau Parti chrétien-démocrate. Sauf que des principes fédérateurs et rassembleurs des partis chrétiens-démocrates classiques (très ouverts sur l’Europe, par exemple), il reste surtout le nom et une lutte, pas inutile à nos yeux chrétiens, pour différentes valeurs morales. Mais il faut un peu plus pour conduire un pays. Toujours alliée à l’UMP, cette petite formation politique a la particularité de chasser sur les terres confessionnelles, pas seulement catholiques (1). Un peu comme Philippe de Villiers, actuellement hors course, Christine Boutin a un brin populiste, volontiers souverainiste, opposant dans ses discours une image d'une France immuable de gens honnêtes (c’est le bien) à un monde en constante mutation où les repères sont moins clairs qu’avant (c’est le mal). En 2012, si elle se porte candidate, sa formation pourrait attirer des chrétiens, surtout de droite, et apporter ces mêmes voix à l’UMP lors du deuxième tour. D’où son importance pour la formation présidentielle. C’est cette « passionaria » catholique que nous admirons parfois (quand elle défend les faibles) qui se retrouve au centre d’une polémique médiatique où il est essentiellement question d’argent et de morale. C’est la première fois qu’elle est attaquée pour cette raison. Après des révélations apparemment justes du Canard Enchaîné du 9 juin, elle a été épinglée dans la plupart des grands médias et aussi au sein de sa propre famille politique pour avoir accepté une rémunération mensuelle jugée trop importante pour une mission alors qu’elle touchait déjà des sommes très conséquentes. Concrètement, c’est la presse qui l’a obligé à reconnaître qu’elle travaille depuis plusieurs mois sur une mission que le président Nicolas Sarkozy lui avait confiée en décembre 2009. Pour cela, elle est payée 9500 euros mensuels depuis avril. Pour faire quoi ? Rédiger un rapport sur les « conséquences sociales de la mondialisation ». Elle doit faire des propositions pour la présidence française du G20, de novembre 2010 à novembre 2011. Problème : Christine Boutin était déjà payée 2600 euros brut en tant que conseillère générale des Yvelines et quelques 6000 euros de retraite de parlementaire. Au total, celle qui se voyait en héroïne de la droite sociale chrétienne touche donc environ 18 000 par mois. Mieux, pour rédiger son rapport, elle dispose aussi d’une voiture avec chauffeur, de bureaux dans le 15e arrondissement de Paris et d’un budget lui permettant d’avoir quatre collaborateurs. La République a rarement autant dépensé pour une réflexion autour des « conséquences sociales de la mondialisation ». Après 24 heures de débats médiatiques, plusieurs ministres de droite lui ont demandé de revoir à la baisse sa rémunération. Notamment Eric Woerth, ministre du Travail. Ils lui ont expliqué qu’en temps de crise économique, les représentants des Français doivent, eux aussi, faire attention aux dépenses. On a aussi appris que certains anciens ministres assurent effectivement des missions pour l’Elysée, mais bénévolement. Ainsi Yves Jégo, actuellement député-maire en Seine-et-Marne, qui travaille sur la défense du label « France » à l’étranger. Sur son blog, il donne le montant de ses indemnités (8228 euros brut mensuels) et propose à tous les élus de suivre son exemple. Qui le suivra ? Un autre type d’interrogations est venu de plusieurs français curieux de connaître la compétence spécifique de Christine Boutin en matière de mondialisation et de ses conséquences sociales. On peut penser qu’il y a déjà un paquet d’universitaires qui ont travaillé sur ce thème. Des universitaires à qui on donne rarement 9500 euros mensuels, logement et voiture avec chauffeur pour une telle mission. Christine Boutin a confirmé le 10 juin sur France Info qu'elle n'est pas une experte en matière de mondialisation. Là, il y a donc une forme d'injustice objective. Mais la critique la plus marquante, à nos yeux, vient de beaucoup de catholiques. Il faut les comprendre, car en tant que représentante autoproclamée des catholiques, Christine Boutin ne leur a pas vraiment rendu service. Or l’Eglise catholique, comme toutes les Eglises, a besoin de bons exemples, surtout en politique. Et la droite catholique française, sociologiquement bourgeoise et plutôt libérale en économie, a un besoin particulier de bons exemples. Christine Boutin représente en vérité et parfois jusqu’à la caricature cette droite-là, et elle n’a pas exactement incarné l’esprit de la doctrine sociale de l’Eglise dans cette affaire. Pire, cette image renforcée d’une droite catholique friquée, ignorante des difficultés des personnes aux moyens modestes, risque de rejaillir sur les chrétiens dans leur ensemble. « Elle est catholique ? Oui, et ça ne lui donne aucun droit particulier : surtout pas celui d'irriter les Français, ce qui ne rend pas service au catholicisme. » C’est Patrice de Plunkett qui s’indigne ainsi sur son blog de référence (cliquez ici). Défenseur efficace et conséquent de son Eglise, et notamment de la doctrine sociale, il ne peut que critiquer Christine Boutin pour la gestion de cette affaire. Plus surprenant, de très nombreuses personnes – dont des intellectuels de droite - laissent des commentaires sur son blog pour dire la même indignation. Grâce à trois articles sans complaisance et un nombre étonnant de commentaires, on comprend que Christine Boutin donne tout simplement un mauvais exemple. Beaucoup de catholiques le disent haut et fort. C’est intéressant. C’est également intéressant de constater que le premier réflexe de beaucoup de catholiques n’est pas de dire cette fois-ci : « oh, c’est affreux, on s’en prend à Christine parce qu’elle est catholique, donc victime de la cathophobie ». A notre humble avis, il n’est pas à exclure que certains médias s’attaquent quand même avec vigueur à Boutin parce qu’elle est catholique. Mais si c’était le cas, ne serait-ce pas compréhensible ? Si on se proclame chrétien et s’érige en porte-parole des chrétiens, il faut assumer. Cette affaire se termine plutôt bien. Christine Boutin accepte de renoncer à son salaire pour une mission qu’elle va par ailleurs assumer. C'est une bonne chose. Elle touchera donc « seulement » quelque 8200 euros par mois. Ce qui n’est pas un salaire élevé quand on joue dans la division des « anciens-ministres-competents-qu’il-faut-caser ». Elle a expliqué sur France 2 le 10 juin avoir « entendu les Français qui ont de petits salaires qui, aujourd'hui, ne peuvent pas comprendre qu'il y ait ainsi un responsable politique qui ait une rentrée d'argent de près de 18.000 euros ». Le Premier ministre François Fillon a annoncé que les rémunérations octroyées à des personnalités pour des missions seraient désormais cadrées « selon une doctrine uniforme ». Ce qui laisse entendre que la « doctrine » était tout sauf uniforme. Christine Boutin lui-même a expliqué que beaucoup de personnes sont dans la même situation qu’elle. Elle est peut-être là, la question vraiment pertinente dans cette affaire : combien gagnent tous ces chargés de mission, ces élus et ces hauts fonctionnaires ? Cette rémunération, même si elle est parfaitement statutaire (et c’était le cas de Christine Boutin), est-elle moralement justifiée ? Les syndicats si soucieux de justice sociale ont-ils accepté ce niveau de rémunération ? Qu’est-ce qu’une rémunération juste ? Les catholiques, eux, sont incités à mener des politiques authentiquement chrétiennes. Le pape Benoît XVI met systématiquement en avant cette nécessité. La plupart des Eglises protestantes seraient d’accord avec lui. Mais en tant que chrétien, n’a-t-on donc pas le droit moral de s’enrichir, même en politique ? Jésus possédait très peu de biens matériels, mais si on songe aux richesses d’Abraham, de Noé et même du très éprouvé Job, on peut penser qu’il n’y a pas de réponse facile à cette question. A ce titre, il faut rappeler que Christine Boutin dit redistribuer une bonne partie de son argent, ce que personne ne met en cause. Après l’affaire Boutin, il est évident que d’autres personnes vont voir leurs salaires et leurs avantages révélés dans la presse. Celle-ci sera alors appelée à respecter des règles déontologiques (donc ne pas faire dans le sensationnalisme). Elle devrait aussi aller jusqu’au bout de la logique qu’elle défend. Ainsi, un journal qui met en cause le niveau de rémunération de Christine Boutin saura-t-il s’interroger aussi sur le salaire de son directeur de la rédaction, qui peut être plus élevé encore ? 18 000 euros, c’est un salaire relativement énorme, mais ce n’est pas plus que ce que gagne un directeur général d’une grande entreprise industrielle. Sans parler de certains patrons. Faut-il donc dénoncer ces salaires aussi ? Pourquoi pas ? Pour une fois, nous avons plus de questions que de réponses à vous apporter. Mais certains enseignements méritent d’être rappelés. Dieu semble aimer autant les riches qu’il aime les pauvres. La Bible ne condamne aucunement la richesse en tant que telle. Elle condamne l’iniquité et l’injustice et elle invite au partage des ressources. Que cette affaire de Christine Boutin serve donc à nous faire réfléchir. Avant de faire la morale aux autres, comment pouvons-nous mieux contribuer au bien commun aujourd’hui ? Ou pour exprimer la même chose en langage chrétien : comment nous inscrire encore plus dans le Royaume de Dieu dès aujourd’hui ? Henrik Lindell 1. Il y a quelques mois, l’auteur de cet article a été contacté pour participer à une rencontre informelle entre Christine Boutin et un groupe d’évangéliques. Christine Boutin a tenu à afficher sa sensibilité aux préoccupations particulières souvent mises en avant dans les milieux évangéliques : défense des valeurs chrétiennes dans le domaine de la politique familiale et sociale et défense de la liberté religieuse. Cet article a été mis en ligne le 11 juin 2010.
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