




| Le CNEF veut unir les évangéliques français |
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C’est une petite révolution. Le Conseil national des évangéliques de France a été constitué le 15 juin à Nogent-sur-Marne. Nous avons interviewé le président élu Etienne Lhermenault.Les évangéliques français avaient l’habitude d’être éparpillés sur le plan institutionnel. Ils le sont un peu moins depuis le 15 juin 2010, date de l’Assemblée générale constitutive du Conseil national des évangéliques de France (photo). Dans un esprit fort consensuel et assez solennel, quelques deux cents représentants d’Eglises et œuvres protestantes ont validé la nouvelle organisation par leur vote. Et par des prières spontanées. Cela s’est passé à l’Institut biblique de Nogent-sur-Marne sous un ciel clément. Désormais, environ 70% des 450 000 protestants évangéliques de France se retrouvent dans la même organisation. Dès 2011, d’autres Fédérations importantes pourraient se joindre au CNEF. Une telle organisation est unique dans l’histoire de l’évangélisme français.Le bureau Le 15 juin ont aussi été élus les dirigeants du CNEF. Le président, élu à l’unanimité par les délégués, est Etienne Lhermenault (au centre). Il est pasteur baptiste, théologien (président de la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine) et ancien secrétaire général de la Fédération des Eglises évangéliques baptistes. Si vous vous rendez souvent sur ce site, vous savez aussi qu’il est directeur du magazine Horizons évangéliques et un excellent prédicateur. Le premier vice-président est Michel Forey (à droite), par ailleurs président de la Fédération nationale des Eglises et œuvres des Assemblées de Dieu. Le deuxième vice-président est Daniel Liechti (à gauche), par ailleurs vice-président du Réseau FEF. Le trésorier est Patrick Dudas, vice-président de l’Eglise apostolique en France, et le secrétaire est Christian Caron, président de la Fédération des Eglises du plein évangile en francophonie. Comme co-directeurs ont été désignés Stéphane Lauzet, actuellement secrétaire général de l'Alliance évangélique française, et Clément Diedrichs, secrétaire général du Réseau FEF. Ceux qui se demandent pourquoi il faudrait essayer d’unir les évangéliques sont invités à répéter simplement et lentement les titres des membres du bureau du CNEF. Nous connaissons des journalistes spécialisés dans l’information religieuse qui ne comprennent pas grand-chose aux particularités théologiques de certaines fédérations et unions évangéliques. Or, il n’est pas sûr que la différence soit toujours théologique… Concurrence avec la Fédération protestante de France ? Les observateurs extérieurs du CNEF insistent parfois sur la concurrence que le CNEF pourrait faire à la Fédération protestante de France. Certains au sein de la FPF le craignent également. L'idée plaît aussi à certains médias pour des raisons évidentes. Mais les responsables du CNEF ne semblent guère être animés par cette ambition-là. Ils veulent tout simplement rassembler tous les évangéliques, y compris ceux qui ne sont pas membres de la Fédération protestante, pour travailler davantage ensemble. Ils veulent aussi promouvoir l’évangélisme et offrir à leurs membres un soutien concret et une représentation efficace auprès des pouvoirs publics. Le CNEF est créé sur une base confessionnelle, théologiquement claire. L’adhésion à la Fédération protestante se fait sur une base plus souple. Et beaucoup d'évangéliques considèrent que cette base-là est trop souple. Tout au long de cette année, des débats ont été organisés entre ceux qui sont favorables au CNEF et ceux qui expriment une certaine méfiance. Le nouveau co-directeur du CNEF chargé des projets et de la communication, le pasteur Stéphane Lauzet (photo), a animé d'innombrables réunions pour expliquer les objectifs de la nouvelle organisation. Ces débats ont été francs. Chacun a pu avoir accès aux arguments des uns et des autres. Les documents fondateurs sont disponibles depuis janvier sur le site du CNEF (www.cnef.info). Les débats continueront sans aucun doute. Certaines Eglises se prononceront sur l'adhésion seulement en 2011, notamment l'Association des Eglises évangéliques mennonites de France ainsi que l'Union des Eglises évangéliques libres. Sans aucun doute, des arrière-pensées vont continuer à travailler certains esprits. Les responsables du CNEF seront peut-être soupçonnés de vouloir affaiblir la Fédération protestante alors qu’ils participent de facto à un travail de réconciliation en Christ entre évangéliques qui est sans précédent.A la conférence de presse ce 15 juin, à Nogent-sur-Marne, nous avons pu constater que l’esprit critique n’est pas ce qui manque en France. Bien au contraire. Et tant mieux, car le CNEF doit faire ses preuves. L’unité en Christ, ce n’est pas un slogan. C’est un acte qui change la vie. Et, actuellement, seules les fondations ont été posées. La maison n'est pas encore construite. Or, force est de reconnaître que dans beaucoup d’autres pays européens, les évangéliques ont tendance à se regrouper dans des structures souples sans qu’on ne les soupçonne automatiquement de vouloir porter atteinte à des organisations déjà existantes. Les tendances globales, que l’on peut étudier localement dans tous les pays européens, sont nettement celles du rapprochement entre chrétiens de différents courants et entre Eglises, par exemple en vue d’un travail missionnaire. De même, les lieux de dialogue et de témoignage commun se multiplient. Ainsi, la conférence du 2 au 6 juin à Edimbourg célébrant la Conférence des missions de 1910 a attiré des luthéro-réformés, des évangéliques « historiques » dont des baptistes, mais aussi et surtout des catholiques et des pentecôtistes. Voila ce qui est très contemporain. De l'avis de beaucoup d'observateurs, il était parfois très difficile de dire qu'elle était l'identité confessionnelle des intervenants à Edimbourg. Est également contemporain un clivage structurant, et de plus en plus affirmé, entre des Eglises prônant une théologie libérale et celles qui restent attachées à une théologie plus traditionnelle et qui se veut plus proche de la Bible. A notre avis, la création du CNEF – qui se veut ouvert au dialogue avec n’importe quelle Eglise tout en restant ferme sur le plan théologique – s’inscrit résolument dans une tendance mondiale. Il réunit dix-neuf Unions d'Eglises membres fondateurs. Plus important encore, il réunit concrètement des chrétiens d’Eglises différentes. C’est une bonne nouvelle. Le premier président élu du CNEF, Etienne Lhermenault, nous a accordé cette interview. En une phrase, quelle est l'utilité du CNEF ?Unir les évangéliques pour témoigner du Christ. Certains évangéliques et certains protestants luthéro-réformés expriment une méfiance vis-à-vis du CNEF. Comment interprétez-vous ce phénomène ? Chez les évangéliques qui se tiennent à distance, je vois quatre réactions différentes. D'abord celle des indépendants qui, par conviction, ne rejoindront jamais une structure quelle qu’elle soit. Ensuite, il y a celle des évangéliques qui se tiennent en marge par crainte d’être impliqués, même de loin, dans des relations œcuméniques. Il y a encore celle de certains des derniers arrivés à la Fédération protestante qui craignent d'apparaître comme les mauvais élèves de la classe et préfèrent ne pas adhérer au CNEF. Enfin, d’autres évangéliques, membres de la Fédération protestante depuis longtemps, font un choix théologique : ils privilégient l’ouverture sur le monde des luthéro-réformés plutôt que le rassemblement avec les évangéliques. Que peut apporter le CNEF aux évangéliques ? D’abord de permettre aux Assemblées de Dieu d’être pleinement intégrées dans la famille des évangéliques en tant que mouvement. Jusqu’ici, il y avait seulement eu des approches timides et plutôt individuelles avec des personnalités présentes à l’Alliance évangélique française. Penser que des évangéliques de la Fédération évangélique de France (FEF) fondée en opposition à un certain nombre d’autres courants évangéliques tendent aujourd’hui la main à des évangéliques membres de la Fédération Protestante de France ou du mouvement des Assemblées de Dieu montre les progrès formidables dans les relations. La configuration actuelle du monde évangélique français est inédite. Quelle utilité pratique ? Il y a plusieurs aspects : d'abord une demande assez partagée par tous d’une représentation auprès des pouvoirs publics. Il y a un sentiment que la Fédération protestante ne nous représente que partiellement. Au sein du mouvement évangélique, certains se sentent stigmatisés et pointés du doigt. Par ailleurs, on constate une attente de positionnement éthique. Ainsi, nous avons une commission consacrée à ces questions. On travaillera aussi sur le plan théologique. Le CNEF est un lieu où il y a une certaine unité confessionnelle. Le CNEF doit nous aider à mettre de l’ordre dans les relations entre les évangéliques. C’est pour cela qu’on a dans nos textes fondateurs des principes déontologiques. Ces derniers permettent aux évangéliques de différentes églises qui veulent travailler ensemble dans le domaine de l’implantation des églises et de l’évangélisation d’avoir des règles de bonne conduite. La constitution du CNEF signifie-t-elle qu'il y a désormais une bonne relation entre charismatiques et non charismatiques ? Les relations sont moins mauvaises qu’elles l’ont été dans le passé. Je pense qu’on a des bases pour travailler, mais qu’il faut encore approfondir nos relations. A vrai dire, la situation est plus complexe que par le passé. Il existe aujourd’hui différents types de charismatismes qui doivent eux-mêmes être différenciés du pentecôtisme. Charismatiques, pentecôtistes et évangéliques traditionnels trouvent au sein du CNEF une base de dialogue qui n’existait pas auparavant. A partir de là, nous pouvons plus facilement apprendre à accepter nos différences dans le domaine de la doctrine sur le Saint-Esprit. Si vous vouliez rassurer ceux qui se méfient du CNEF, que diriez-vous ? Le CNEF n’a pas été bâti comme une anti-FPF, j’en veux pour preuve les rencontres de concertation que nous avons eues deux fois par an jusqu’ici et que nous souhaitons maintenir sinon intensifier à l’avenir. Il y a bien des domaines où nous pouvons imaginer de travailler de façon commune sur des dossiers ou d’avoir des représentations conjointes face aux pouvoirs publics. Recueilli par Henrik Lindell Nous vous recommandons cet article sur le CNEF écrit par notre collègue Jérôme Anciberro pour Témoignage chrétien. Toutes les photos sont prises par HL à Nogent-sur-Marne le 15 juin 2010. Cet article a été mis en ligne le 15 juin 2010.
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