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Suite à l’invitation d’une église obscure en Floride à « brûler le Coran » le 11 septembre prochain, une série de leaders évangéliques ont condamné ce geste insensé et non chrétien.Fallait-il parler de ce fait divers tragique, qui nous rappelle tout au plus que tous les milieux chrétiens ne sont pas vaccinés contre la haine et la folie ? Oui, pour deux raisons : 1. Le très dangereux appel à combattre la religion islamique, qui serait « diabolique », en brûlant le Coran le 11 septembre a été relayé en France par certains sites et blogs, suscitant des commentaires fort inquiétants et fort débiles. 2. Les islamistes n’attendent que ce genre de délire pour prétexter des attaques contre les chrétiens. Alors, tout d’abord, en tant que chrétiens, nous pouvons affirmer que la liberté religieuse – dont celle de lire n’importe quel livre considéré sacré - fait partie de notre héritage culturel. Cette liberté religieuse suppose aussi le respect, pas seulement la tolérance, pour la recherche spirituelle. Ce sont des chrétiens – des protestants évangéliques plus exactement – qui les premiers ont instauré la liberté religieuse (au Rhode Island) et la séparation entre l’Etat et l’Eglise, considérant que leur Dieu est un Dieu qui offre à chacun la liberté de croire et de Lui dire oui ou non. Le propre de ce courant spirituel dont nous sommes est justement cette affirmation-là. Elle a pour corollaire l'affirmation de la responsabilité individuelle de chacun devant Dieu. Il ne nous appartient pas de juger les autres et de les blesser dans leurs croyances, par exemple en brûlant leurs livres. Trop d’évangéliques ont souffert et souffrent encore aujourd’hui de l’intolérance religieuse, notamment dans les pays à majorité musulmane. Si maintenant une personne se disant « évangélique » n’accepte plus que certains citoyens lisent et s’inspirent du Coran, allant jusqu’à nous inciter à le brûler, on peut légitimement se demander ce que cette personne a d’évangélique. Ou considère-t-elle vraiment que notre Dieu n’arrive pas à pénétrer le cœur de ceux qui lisent le Coran ?! Ou que Jésus n’arrive pas à toucher les cœurs des musulmans ?! Quant au motif invoqué - l’incitation à la violence, effectivement présente dans le Coran, il est important de préciser que ce livre parle aussi, et en des termes très positifs, de Jésus (réduit au statut de "prophète", mais néanmoins une référence) et de Marie. Le Coran dit aussi qu’il ne devrait pas y avoir d’obligation en matière de religion. On sait que certains musulmans se convertissent au Christ après une étude intensive du Coran. On sait aussi que les islamistes ne sont généralement pas des champions de l'interprétation des textes du Coran. Mais s’il fallait quand même brûler le Coran parce qu’il serait « violent », pourquoi s’arrêter là ? L’Ancien Testament dans notre Bible n’est pas exactement exempt de violence. Prenons donc tous les livres qui nous incitent à la violence ! Allons jusqu’au bout de la logique de l’intolérance ! Brûlons tous les livres non-conformes à notre foi évangélique pure et dure ! Le faisant, nous avons une source d’inspiration intéressante : les nazis. Ils brûlaient les livres qu’ils n’aimaient pas. D’ailleurs, bien des nazis se disaient « chrétiens ». Tous les « bons évangéliques » n’ont pas su dire non aux simplismes de l’époque et à la haine de l’autre, s’en prenant ainsi aux bouc-émissaires commodes, en l'occurrence les Juifs. Aujourd’hui encore, des chrétiens se livrent à des hobbies malsains, comme l’islamophobie et l’homophobie. On peut les étudier en consultant différents sites d’Internet. En général, ils n’ont pas le courage de se présenter avec leurs vrais noms. Mais Dieu les voit. Et parfois, des chrétiens se lancent en politique avec leur islamophobie, comme en témoigne cette affiche haîneuse (voir photo) de l'UDC suisse, reprise par le Front National. C'est de la haine et ce n'est pas chrétien.Au nom de Jésus, nous demandons à ces personnes de cesser d’inciter les gens à s’en prendre ainsi au Coran et aux musulmans. Il n’est pas chrétien et il n'est pas courageux de blesser des musulmans. Il est dangereux pour nous tous de provoquer les islamistes en utilisant des armes qu’ils utiliseraient eux-mêmes. Pardonne-leur, Seigneur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ! Aux Etats-Unis, bien des leaders évangéliques ont réagi à l’appel venu de la Floride, d’une église obscure d’une cinquantaine de participants au culte (la Dove World Oureach Center), dirigée par un pasteur douteux, plusieurs fois épinglé dans la presse pour enrichissement personnel (cliquez ici). Un des leaders de la très puissante Southern Baptist Convention (la plus importante organisation d’Eglises évangéliques aux Etats-Unis et aussi une des plus conservatrices), Richard Land a dit ceci à l’égard de l’appel : « Je trouve qu’il est effroyable, dégoutant et insensé. Je pense que ceux d’entre nous qui trouvent que ce qu’ils font est aberrant [appeler à brûler le Coran, ndlr] doivent le dire, et le dire publiquement et souvent. » Richard Land a même utilisé le terme « blasphème ». La National Hispanic Christian Leadership Conference s’est exprimée via sa vice-présidente Angel Nunez, qui a simplement dit : « Honte à vous, Dove World Outreach Center !» Et d’ajouter : « La plus grande arme qu’a un chrétien est l’amour divin. » La National Association for Evangelicals, à travers son président Leith Anderson, a exhorté l’église de Floride d’arrêter cette action « au nom de l’amour de Jésus-Christ ». « Ceux qui suivent le Christ et les Américains ne brûlent pas de livres. Les nazis brûlent des livres », fut le commentaire concis de Chris Seiple, president de l’Institute for Global Engagement. Puis il a cité la première lettre de Jean 4.19, nous demandant d’aimer, parce que Dieu nous a aimés le premier. D’après Chris Seiple, « la liberté religieuse est l’essence de l’Amérique : la responsabilité de vivre d’une façon respectueuse avec nos différences les plus profondes. La proposition de brûler le Coran viole à la fois notre identité chrétienne et notre identité américaine. » Seiple, faisant allusion à l’islamophobie parfois présente aux Etats-Unis, a aussi fait cette remarque : « Si nous ne pouvons pas aimer notre voisin dans notre pays, avec nos différences, nous ne devons pas partir à l’étranger afin de partager notre foi. » George Wood, intendant des Assemblies of God (pentecôtistes) a, lui, expliqué que ce type d’actions agressives « ne peut que renforcer la fausse image des chrétiens comme des croisés du Moyen Age ». Ces commentaires ont été trouvés sur le site de la revue évangélique américaine de référence Christianity Today. Henrik Lindell Cet article a été mis en ligne le 1er septembre 2010.
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