Suède | Quand l’œcuménisme s’invite chez les pentecôtistes
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Le secrétaire général du Conseil œcuménique des Eglises a prononcé un discours inattendu et apprécié à la Conférence mondiale des pentecôtistes à Stockholm du 24 au 27 août. Les temps changent !Œcuménisme. C’est un gros mot chez certains évangéliques pentecôtistes. Un projet « diabolique », associé à la vieille « prostituée » au Vatican, selon les plus réfractaires. Mais il n’est pas sûr que cet esprit de fermeture théologique – ou devrait-on dire refus d’altérité ? – domine toujours autant dans les milieux pentecôtistes.
Le 25 août dernier, le nouveau secrétaire général du Conseil œcuménique mondial, Olav Fykse Tveit, a prononcé un discours à la Conférence mondiale des pentecôtistes réunie cette année à Stockholm, Suède. Cet événement, qui n’était pas inscrit dans le programme, est une première et on peut le considérer comme historique. Il y a très peu de pentecôtistes membres du COE et les Eglises dominantes au sein de cette organisation (349 Eglises membres représentant théoriquement 560 millions de membres dans 110 pays) cultivent souvent une méfiance à l’égard de ceux qui se disent « baptisés dans l’Esprit saint ». Tveit a pu dire aux 1500 délégués pentecôtistes qu’il a « la profonde conviction que des Eglises membres du COE ont besoin de liens plus forts avec le mouvement pentecôtiste » représenté à Stockholm. « Et ma conviction humble est que vous avez besoin de nous », a-t-il dit, en se référant à la première lettre aux Corinthiens de Paul. L’apôtre y affirme qu’il y a beaucoup de membres, mais un seul corps. « Nous ne pouvons pas dire à un frère ou à une sœur en Christ qu’on n’a pas besoin de lui ou d’elle », selon Tveit. Un message qui ne peut laisser indifférent un évangélique. Et qui a en effet été bien accueilli par les délégués pentecôtistes, dont les Français Raymond Pfister et Daniel Thevenet.
Ce n’est pas un hasard si cette rencontre-là a lieu en Scandinavie. Olav Fykse Tveit est un pasteur luthérien norvégien. Dans son pays, comme en Suède, les relations entre les différentes Eglises protestantes sont pacifiques et de plus en plus fraternelles. Et le pentecôtisme y fait partie du paysage religieux depuis le début du XX siècle. Celui qui veut se former au métier de pasteur luthérien en Norvège peut maintenant entre autres étudier la théologie pentecostale et ceci sous la direction d’enseignants pentecôtistes.Un des amis de Tveit « en Christ » est par exemple le théologien pentecôtiste norvégien Terje Hegertun, membre du Global Christian Forum, une organisation qui regroupe des chrétiens de tous les courants (notamment des catholiques) mais dont le but n’est pas de créer une nouvelle Eglise unique régie par une seule et même théologie. Les deux se rencontrent par exemple dans le cadre des discussions au sein de ce Forum, qui se réunira prochainement à Lahtis en Finlande.
Pour Tveit, cet « œcuménisme nordique » - ou disons plutôt des bonnes relations concrètes entre Eglises chrétiennes - pourrait être une source d’inspiration pour d’autres pays pour des raisons évidentes. A Stockholm, à la Conférence des pentecôtistes, on a aussi abordé d’autres thèmes où les nordiques pourraient avoir des choses à exporter. Des leaders pentecôtistes comme Niklas Piensoho, Cathrine Carlson et Magnus Persson ont pris la parole pour expliquer comment ils cherchent à construire une « culture relationnelle », un terme très à la mode en Suède. Pour eux, le principal défi est de faire en sorte que l’église soit pertinente dans son contexte en 2010. En Suède actuellement, environ 1% de la population se rend régulièrement à une église, et une minorité d’entre eux vont à une communauté pentecôtiste. Rapporté par notre confrère suédois Carl-Henric Jaktlund du journal Dagen, le pasteur Magnus Persson de l’église United Öresund (à Malmö) a dit ceci : « Il y a quinze ans, on avait un mouvement mondial que tout le monde aimait mais que je trouvais idiot : WWJD. What would Jesus do ? (Qu’aurait fait Jésus ?). La question est assez simple, la réponse est sûrement ‘quelque chose de fantastique, d’énorme’. Mais la question n’est pas ce que Jésus aurait fait, mais comment il l’aurait fait. » En effet, tout le monde est d’accord pour dire qu’il faut être biblique, proche de Jésus, ouvert à l’autre, etc.. Mais comment l’être ? Que faire concrètement ? Telle est la question.
La situation en Suède ne ressemble pas à celle qui règne au Brésil, pays qui a reçu des missionnaires pentecôtistes suédois il y a bientôt un siècle. Elle ne ressemble pas à celle du Guatemala, du Honduras, d’El Salvador ou du Nicaragua, où un tiers de la population est pentecôtiste. Non, la situation en Suède pourrait être comparée à celle de la France, même si aucune recette, aucune stratégie de croissance qui fonctionne dans un pays ne peut être exportée telle quelle avec les mêmes résultats dans un autre pays. En Suède, on trouve les mêmes problématiques qu'en France. Ou pour le dire autrement : un leader pentecôtiste du Brésil ou du Nigeria, où les églises ne sont jamais assez grandes pour accueillir tous les nouveaux membres qui affluent, ne se pose pas les mêmes questions que les pasteurs en Europe ou même aux Etats-Unis. Comme nous l’explique un délégué : « Tout dépend des conditions locales. Tout dépend des gens rencontrés. Tout dépend de l’ici et maintenant et de toi et de moi. Nous avons toujours à apprendre et à apprendre encore à écouter Dieu. Et puis accepter que l’Esprit saint souffle là où il veut. »
HL
Cet article a été mis en ligne le 1er septembre. Il s’inspire d’articles lus surtout dans Dagen, un journal suédois interconfessionnel qui regroupe des journalistes d’Eglises différentes, mais surtout évangéliques. Les luthériens, les évangéliques, les catholiques et les orthodoxes sont traités avec bienveillance, curiosité et avec une volonté authentique de les comprendre. C’est le plus grand journal chrétien suédois. C’est aussi un des très rares organes de la presse écrite en Suède qui gagne des lecteurs. Il gagne même (un peu) d’argent. En chiffres nets. Incroyable mais vrai ! Si vous pouviez le lire en français, vous comprendrez pourquoi.

