Royaume-Uni | Le pape veut rassembler les chrétiens
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Si la visite du pape au Royaume-Uni était un match de foot contre tous ceux qui le critiquent, il aurait marqué plusieurs buts dès son arrivée en Ecosse le 16 septembre. Le public est au rendez-vous. Nous avons dû réécrire cet article en fonction de l'actualité. Mea culpa d'emblée : nous avons pensé que le pape n'allait pas susciter beaucoup d'enthousiasme. Erreur. Les catholiques semblent bien être au rendez-vous. Et les médias s'intéressent positivement à la chose. Par ailleurs, les discours de Benoît XVI allant dans le sens de l'unité des chrétiens sont très appréciés par les Eglises anglicane et évangéliques. Lises ces mots prononcés en présence de Dr Rowan Williams, primat de la communion anglicane, le vendredi 17 septembre, au palais de Lambeth :
« En même temps, nous chrétiens, nous ne devons jamais hésiter à proclamer notre foi dans l’unique salut qui nous vient du Christ, et à rechercher ensemble à avoir une perception plus profonde des moyens qu’il a mis à notre disposition pour accéder à ce salut. Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Tm 2,4), et cette vérité n’est pas autre chose que Jésus Christ, le Fils éternel du Père, qui a tout réconcilié en lui par la puissance de sa Croix. Pour être fidèles à la volonté du Seigneur, telle qu’elle est exprimée dans ce passage de la première Lettre de saint Paul à Timothée, nous reconnaissons que l’Église est appelée à être compréhensive, jamais toutefois au détriment de la vérité chrétienne. D’où le dilemme auquel sont confrontés tous ceux qui sont engagés de manière authentique sur les chemins de l’œcuménisme. » (extrait)
Le pape Benoît XVI a quelque chose que beaucoup de politiques n’ont pas : de la consistance. A cela, il faudrait peut-être ajouter, quand même, un certain tact. Malgré ses nombreuses gaffes, surtout l'année dernière. Arrivé à Edimbourg le 16 septembre pour une visite historique au Royaume-Uni de quatre jours (première « visite d’Etat » d’un pape dans ce pays majoritairement protestant/agnostique/athée), il a eu trois fois raison en insistant d’abord sur :
1. sa propre tristesse face aux scandales de la pédophilie dans l’Eglise ;
2. sa joie d’être dans un pays qui a donné au monde des chrétiens comme Wilber Wilberforce, David Livingstone et Florence Nightingale ;
3. sa conviction que le grand danger d’une société moderne et multiculturelle comme le Royaume-Uni serait de tourner le dos à Dieu.
Citons cet extrait de son discours donné au palais royal de Holyrood devant la reine Elizabeth II à Edimbourgh :
« Aujourd’hui, le Royaume-Uni s’efforce d’être une société moderne et multiculturelle. Dans ce noble défi puisse-t-il garder toujours son respect pour les valeurs traditionnelles et les expressions de la culture que des formes plus agressives de sécularisme n’estiment ni ne tolèrent même plus ! Qu’il n’enfouisse pas les fondements chrétiens qui sous-tendent ses libertés ; puisse aussi ce patrimoine qui a toujours servi le bien de la nation, inspirer constamment l’exemple que Votre Gouvernement et Votre peuple donne aux deux milliards de membres du Commonwealth et à la grande famille des nations de langue anglaise à travers le monde ! » Pour lire la suite, cliquez ici.
En tant que chrétien protestants, il serait difficile de s’inscrire en faux contre ces propos. Le pape est clairement venu au Royaume-Uni en rassembleur. Il béatifie certes le cardinal Newman (très grand théologien ex-anglican devenu catholique aux XIXe siècle) le 19 septembre, mais il prêche l’unité. Il va assister à une prière œcuménique à Westminister Abbey. Il a reçu des mots d’accueil très chaleureux de plusieurs Eglises. L’Alliance évangélique en particulier a tenu à témoigner de sa sympathie pour tout ce que le pape dit et fait en faveur de la liberté religieuse des chrétiens. Cliquez ici pour lire ce communiqué enthousiaste.
Alors qu’une majorité des Britanniques seraient hostiles à cette visite d’Etat – parce qu’elle coûte un peu aux contribuables et parce que beaucoup sont choqués par les scandales de la pédophilie de certaines prêtres – le Premier ministre conservateur David Cameron non seulement va à la rencontre du pape, mais met en avant le rôle positif des Eglises, notamment les pauvres et les exclus dans le monde. Il a fait publier cet article par Le Monde le 16 septembre.Par ailleurs, l’ancien Premier ministre Tony Blair, qui s’est converti au catholicisme, a tenu à dire son souhait de voir l’Eglise évoluer vers une plus grande prise en compte des souhaits des laïcs et de la société en général (dont l’ordination des hommes mariés, par exemple). Cela a été peu apprécié par la hiérarchie catholique. Mais Tony Blair est – et a toujours été – un grand défenseur du rôle positif des religions.
Le pape est contredit par de nombreuses personnalités du monde de la culture et par certains scientifiques. Ainsi cette lettre assez hallucinante de cinquante « intellectuels » publiée par des quotidiens dont (l’excellent) The Guardian le 15 septembre. Cliquez ici pour lire. Les signataires, dont l’athée extrémiste Richard Dawkins, sont contre la visite d’Etat du pape parce que celui-ci s’oppose par exemple à la distribution des préservatifs. Et alors ? Et alors, le fait de s’opposer à cette distribution fait que « le nombre des familles nombreuses augmente dans les pays pauvres et que le Sida se répand ». Allez dire à des parents en Afrique par exemple que leurs enfants sont une mauvaise nouvelle due au manque de préservatifs… Ce n’est pas seulement stupide ou ridicule, mais immoral. Les autorités britanniques auraient par ailleurs tort d’accueillir le pape en visite d’Etat parce que le Vatican « refuse l’égalité des droits des lesbiennes, des gays, des bisexuels et des transgenres..» Problème : il n’est pas précisé de quel droit il s’agit (mariage ? adoption ? embauche ?).
Il est inquiétant que des scientifiques et des écrivains de qualité aient pu signer ce document digne d’un groupe de lycéens en pleine révolte contre les parents. Il y a six mois, les mêmes avaient le projet de porter plainte contre le pape pour non dénonciation de la pédophilie dans son Eglise. Ce serait, d’après eux, un « crime contre l’humanité ». Pas moins. Ils auraient abandonné ces plans parce qu’un avocat leur a expliqué que le pape bénéficie de l’immunité diplomatique. Face à de tels « intellectuels », le pape brille d’autant plus avec sa foi, son intelligence et sa finesse.
Pourtant, cette visite pourrait être impopulaire. A en croire les sondages, les Britanniques affichent majoritairement une certaine hostilité à la venue du pape. En même temps, leur intérêt pour la religion est relativement faible. Les messes risquaient d’être moins fréquentées que prévu. Il faut dire qu’elles sont payantes. En réalité, l'affluence des catholiques aux messes semble être à la hauteur des espérances.
En ce qui concerne les messes payantes, on pourrait probablement envisager un vrai débat. Comment l’Eglise catholique en arrive-t-elle à faire payer les messes ? Il y a évidemment des bonnes excuses. L’Eglise catholique au Royaume-Uni est pauvre. Comme en France. Et ce n’est pas aux contribuables de régler la facture des messes avec le pape. Mais, sur le principe, peut-on sérieusement envisager des moments de prière – et surtout des messes (obligatoires pour les catholiques) – qui seraient payants ? Les spectacles sont payants. Les concerts aussi. Mais les messes ?
On nous explique que l’Eglise est pauvre et qu’il faut comprendre. Pour dire vrai, on ne comprend pas. Surtout parce qu’on sait que l’Eglise catholique en général ne manque pas de ressources (immobilières notamment). On sait aussi que les catholiques donnent moins d’argent à leur Eglise que les évangéliques ne donnent à leurs Eglises.
Benoît XVI devraient inciter les catholiques à donner davantage !
HL
Cet article a été mis en ligne le 16 septembre 2010.

