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Suède | Non à l’extrême-droite ! PDF Imprimer Envoyer
Les Démocrates de Suède, parti populiste qui a ses origines dans le nazisme, ont été élus le 19 septembre au Parlement suédois, où ils risquent de jouer un rôle pivot. Un désastre moral révélateur.


Le modèle suédois n’est plus. Le modèle de société qui tendait vers une plus grande justice sociale, le bien-être pour tous, l’égalité, a cessé d’exister. Oh, bien sûr, certains réduisent ce vrai modèle à une forme de « socialisme » afin de pouvoir le rejeter. Ils ne savent pas que l’Etat-providence à la suédoise était le résultat d’une lutte acharnée menée à la fois par les syndicats, les partis social-démocrate et centriste et aussi par beaucoup d’Eglises, dont les évangéliques. On peut aussi y inclure le Parti libéral, voire le grand parti conservateur actuellement au pouvoir. Cette lutte a commencé dans les années 1890 pour une plus grande justice sociale. A cette époque-là, elle n’était pas menée seulement par la gauche. Elle était menée aussi par les Eglises. Toutes les Eglises.
Dans les années 1990, les réformes libérales (au sens économique) étaient sans doute nécessaires dans certains domaines, mais elles ont induit un changement politique important. Les changements vers lesquels la classe politique tend maintenant sont : la réduction des déficits, l’efficacité économique, une vision très comptable de la « rationalité instrumentale » (pour parler comme Weber), la réduction du nombre de fonctionnaires, la concurrence. On s’intéresse aux coûts. Vive la compétition ! Les gens se débrouillent. Après tout, les niveaux de remboursement dans le domaine de la sécurité sociale et le chômage restent élevés (même s'il baissent). Et certains gouvernements européens s’extasient. Notamment celui de François Fillon. C’est génial, regardez, la Suède est un pays sans déficits budgétaires ! Un pays modèle, n’est-ce pas ? On ne cesse de vous l’expliquer depuis des années. Faisons comme la Suède, si pragmatique, si moderne, si morale.
Oui, mais il y a 8% de chômeurs, ce qui aurait été considéré comme un scandale il y a encore vingt ans dans ce pays. Et les clivages socio-économiques augmentent. La courbe de la délinquance ne cesse d’augmenter. Les listes d'attentes pour bénéficier des opérations non urgentes s'allongent. Les médicaments sont parfois tellement chers que les gens évitent d'en prendre. Les pensions de retraite suivent la courbe de la conjoncture économique. En fait, la Suède commence à ressembler au reste de l’Europe. Elle est juste un peu plus libérale dans certains domaines. Il ne manquait que l’extrême-droite au Parlement.
C’est fait. Le 19 septembre, pour la première fois depuis les années 30, les électeurs suédois ont, eux aussi, fini par élire des représentants d’un parti qui a ses origines dans le nazisme.
Ce sont les Sverigedemokraterna (Démocrates de Suède). Que veulent-ils ? Faire en sorte que le nombre d’immigrés baisse de 90%. Puis ils veulent baisser l’âge de la détention pour mineurs de quinze à douze ans (on mettra des menottes électroniques sur des gamins de douze ans…). Ils veulent que la Suède sorte de l’Union européenne. Ils disent s’inspirer de la Suisse et de l’Espace économique européen. Ils veulent aussi, bien entendu, que le patronat soit libéré de bien des charges qui pèsent sur eux… Cela va ensemble, quoi. Le racisme, l’isolationnisme (contre l’ogre européen), la protection des patrons, c’est le triptyque gagnant des fascistes européens. Les Le Pen, l’UDC suisse et la Ligue lombarde jouent sur les mêmes valeurs.
Le fait que 5,7% des électeurs aient pu voter pour ce parti est vécu comme un échec moral par nombre de Suédois. Ce soir, le 20 septembre, des milliers de personnes manifestent contre l’extrême-droite à Stockholm et à Göteborg (photo de Sergels Torg à Stockholm). Cela fait chaud au coeur.
Personne ne s’intéresse au fait que le gouvernement sortant – l’alliance des quatre partis de centre droite conduite par le conservateur Fredrik Reinfeldt – gagne le scrutin avec 49%. La gauche, qui est une association du grand Parti social-démocrate, le Parti de gauche et les Verts, a obtenu 43%. Le grand problème est la victoire de l’extrême-droite, qui risque de jouer un rôle pivot dans le futur Parlement. A ce sujet, lisez cet article dans Témoignage chrétien.
Quelle réponse chrétienne à ce désastre moral ?
Les leaders religieux n’ont pas donné de consignes explicites, mais beaucoup ont fait comprendre qu’un vote pour l’extrême-droite est à éviter. Au journal Dagen, notre grand confrère préféré, qui a une tendance centriste (social pour les questions sociales et conservateur pour les questions morales) et qui appartient essentiellement à des Eglises évangéliques, l’éditorialiste Thomas Österberg confie qu’il a des « tremblements existentiels ». Il écrit : « Il est plus important que jamais de défendre la dignité de chacun, l’hospitalité et le fait que des cultures et des groupes ethniques peuvent coexister. » Sans ambages, il explique aussi ceci : « Les Démocrates de Suède ont leurs origines dans des groupes néonazis et extrémistes de droite et ils sont hostiles à l’idée que des cultures différentes puissent vivre côte à côte dans une société. Le nationalisme brutal monte les groupes ethniques et religieux les uns contre les autres. » Or, explique l’éditorialiste, « tous les électeurs de ce parti ne sont pas nécessairement racistes. Il y a sûrement parmi eux des mécontents qui veulent seulement voter contre l’establishment. »
Mais que faire maintenant ?
Comme tant d’autres Suédois, notamment le Premier ministre lui-même, Österberg prône une coalition qui dépasse la ligne entre la droite et la gauche. Et on pense évidemment aux Verts. Un peu comme en Allemagne. Mais les Verts suédois risquent de dire non.
En tout cas, en Suède comme ailleurs, à en croire l’éditorialiste de Dagen, les chrétiens n’ont qu’une chose à faire : « tendre la main » aux étrangers. A l’Eglise, au travail, à l’école, dans la maison.

Votre serviteur est suédois. Il est un produit du fameux « modèle » qui n’est plus. Son père était ouvrier. Lui votait toujours pour les sociaux-démocrates. Votre serviteur, quand il était jeune et bête, votait pour les Verts ou le Parti de gauche. Puis il s’est installé en France et tout a changé. Il s’est marié, puis il s’est converti. Bref. Mais maintenant il ne reconnaît plus son pays. Ou plus exactement, la Suède qu'il connaissait est devenue comme le reste de l’Europe. Le rêve n'est plus. Chaque fois qu’il va en Suède, il entend des choses hallucinantes sur les immigrés. Les mêmes choses qu’il entend en Bourgogne profonde. Ou dans le midi. Ou dans le Wyoming. A des endroits où, justement, il n’y a pas beaucoup d’immigrés. Quelle honte. Seigneur Jésus, quelle honte. Aide-nous à vivre ensemble.
HL
Cet article a été mis en ligne le 20 septembre 2010.

 

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