Immigration | L’Eglise catholique et la Fédération protestante s’inquiètent du projet de loi Besson
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Les questions concernant l’immigration sont difficiles. Pourtant, l’Eglise catholique et beaucoup d’Eglises protestantes s’inquiètent ouvertement du nouveau projet de loi Besson. Un acte politique ?Un énième projet de loi pour une énième loi sur « l’immigration, l’intégration et la nationalité » est à nouveau débattu ces jours-ci à l’Assemblée. A quoi bon ? Restreindre encore les droits et limiter les conditions d’accueil pour ceux qui viennent chercher une nouvelle vie en France ? Oui, c’est en résumé ce que craint l’Eglise catholique par la voix des sept évêques de la Commission pour la Mission universelle de l'Eglise (CEMUE). Ils disent notamment dans un communiqué du 20 septembre : « Le droit d'asile a toujours été défendu par l'Eglise. Les mesures qui tendent à diminuer le soutien ou les garanties d'une procédure équitable sont inacceptables. »
Lisez ce communiqué en cliquant ici ou en consultant la suite de cet article (voir plus bas).
La Fédération protestante, elle, est plus engagée que jamais dans l’appel « Ne laissons pas fragiliser le droit de l’étranger ». Il avait été initié par cinq associations chrétiennes : ACAT, CCFD, Fédération de l’Entraide protestante, la Cimade, Secours catholique avec la contribution du Service national de la Pastorale des Migrants. Le mardi 28 septembre, au moment où les 577 députés du pays s’apprêtaient à examiner le projet de loi Besson, le président de la Fédération protestante de France, Claude Baty, a participé à un rassemblement « pour en appeler à leur conscience » (cliquez ici). Une lettre ouverte aux députés a été déposée à l’accueil de l’Assemblée nationale. Le 17 septembre, Claude Baty et tout le Conseil de la Fédération protestante de France (FPF) avaient participé au cercle de silence qui marquait la fin d’un jeûne citoyen contre le projet de loi immigration.
Il s’agit là d’un acte politique au vrai sens du terme. On s’investit positivement pour quelque chose d’important dans la société. Au nom de sa foi. Il est vrai que tous les chrétiens ne craignent pas le projet de loi Besson. Il suffit de lire plusieurs sites et blogs pour s’en rendre compte. C’est leur droit et ils ont raison d’exprimer leur point de vue. Le Conseil national des évangéliques de France (CNEF) ne s’est pas prononcé, ce qui signifie que le doute est permis. Or plusieurs Eglises et Fédérations d’Eglises évangéliques participent à la FPF, qui est très claire. Par ailleurs, les évêques catholiques semblent envoyer des signaux très différents. André Vingt-Trois, président de la Conférence épiscopale de France, dans une interview accordée au Pèlerin Magazine publiée le 23 septembre, a affirmé que l’Eglise catholique n’a pas de désaccord politique avec le gouvernement. Il y a comme un problème de définition. A moins que l’archevêque de Paris ne soit pas d’accord avec le communiqué des sept évêques déjà cité. Etonnant ? Pas vraiment. Les évêques se réfèrent au pape. Mais ils n’ont pas forcément à être d’accord entre eux. De fait, ils ne le sont pas et il serait bon qu’ils le reconnaissent franchement.
Quant à nous, les choses sont claires. Le projet de loi Besson vise à restreindre les droits des étrangers. En tant que chrétiens, nous sommes contre ce projet. Dans nos Eglises, surtout évangéliques, tous les jours, nous assistons à des drames humains dus à une législation injuste. Demain, cette législation pourrait s’aggraver. C’est donc intolérable. La Bible est d’une grande clarté à ce sujet. Les étrangers, surtout s’ils sont pauvres, doivent être accueillis. C’est la règle décrite par Jésus lui-même (Matthieu 25 à partir du verset 31). Bien sûr, il y a des exceptions. Doit-on accueillir des dictateurs sanguinaires en fuite (ce que la France fait presque toujours) ? Des criminels ? Des gens qui ne respectent pas les règles du pays d’accueil ? Discutons-en.
Mais disons non à un projet de loi dont le seul but est de limiter le nombre d’immigrés en France. La France est un pays riche. Il y a encore de la place pour des pauvres. C’est un fait objectif. Par ailleurs, il faudrait plus, beaucoup plus, d’immigrés pour que la France ne soit pas en déficit démographique dans trente ans. Et cela, c’est un fait économique. Objectif. Quantifiable. Tous les économistes qui ont une calculatrice le savent. Tout le reste, c’est du blabla et de la peur de l’étranger. Ce n’est pas chrétien. Ne laissons pas les xénophobes dicter nos lois. Partageons mieux encore nos richesses. Et luttons pour la mixité sociale. Comment ? Et si on plaçait, obligatoirement, les étrangers pauvres dans les quartiers riches ? Cela ferait un peu d’animation dans des quartiers qui croulent sous le poids de l’argent.
HL
Cet article a été mis en ligne le 28 septembre 2010.
Annexes
Voici le communiqué des sept évêques du 20 septembre :
Projet de loi sur l'immigration : déclaration des évêques de la Commission pour la Mission universelle de l'Eglise
En ce mois de septembre, sera présenté à l'Assemblée Nationale le projet de loi sur l'immigration proposé par Monsieur Eric Besson, Ministre.
L'Etat a le devoir d'établir des règles. Dans le domaine de l'immigration, le gouvernement est amené à procéder à la régulation des flux migratoires, prenant en compte le bien commun. Les responsables politiques ont donc à prendre des décisions difficiles, nous le savons bien. Mais, comme évêques catholiques, nous souhaitons dire ce qui, dans le projet tel qu'il est, questionne notre conscience :
• La famille est la cellule de base de la société. Pour les migrants, elle joue un rôle essentiel dans leur insertion. Il nous faut combattre toute mesure contribuant à l'affaiblir.
• Le droit d'asile a toujours été défendu par l'Eglise. Les mesures qui tendent à diminuer le soutien ou les garanties d'une procédure équitable sont inacceptables.
• L'intervention du juge des libertés est indispensable pour entendre la parole des personnes privées de liberté. Retarder cette intervention ou la limiter dans les lieux de plus grande fragilité contrevient à ce droit, y compris dans le cadre de la rétention administrative.
• L'aide humanitaire aux migrants en difficulté ne doit jamais être confondue avec l'activité délictuelle des « passeurs ».
• Il serait regrettable que notre pays contribue à ce qu'on appelle la « fuite des cerveaux », dont les pays en voie de développement ont le plus grand besoin.
Avec de nombreux chrétiens qui vivent dans les quartiers les plus pauvres, notamment les communautés religieuses, nous savons ce qu'apportent à notre pays de très nombreux migrants, par leur travail, leur énergie et leur honneur. Nous n'oublions pas les épreuves qu'ils ont dû traverser lors de leur migration.
Nous exprimons également notre reconnaissance et notre soutien à tous ceux qui, personnellement ou en association, se mettent à leur service, dans le désintéressement le plus grand.
Les évêques de la Commission pour la Mission universelle de l'Eglise (CEMUE)
Mgr François Garnier (Cambrai)
Mgr Raymond Centène (Vannes - Pastorale des Gens du voyage)
Mgr Renaud de Dinechin (Pastorale des Migrants)
Mgr Thierry Jordan (Reims)
Mgr Dominique Rey (Fréjus-Toulon)
Mgr Claude Schockert (Belfort-Montbéliard - Pastorale des Migrants)
Mgr Marc Stenger (Troyes)
Et voici le communiqué de la Fédération protestante du 27 septembre :
Les organismes initiateurs de l’Appel « Ne laissons pas fragiliser le droit de l’étranger » appellent à un rassemblement contre le projet de loi « Besson » mardi 28 septembre, à Paris. Le président de la Fédération protestante, le pasteur Claude Baty, participera à cette manifestation.
Cinq associations chrétiennes (ACAT, CCFD, FEP, La Cimade, Secours catholique avec la contribution du Service national de la Pastorale des Migrants) sont à l’initiative de l’Appel « Ne laissons pas fragiliser le droit de l’étranger ». Plus d’une quarantaine d’organismes chrétiens ont rallié cet appel, mobilisé leurs réseaux et interpellent les députés sur les atteintes graves au droit de l’étranger que comportent certaines mesures du projet de loi « Besson » sur l’immigration : la restriction de leurs droits à la justice, à une vie familiale et à la solidarité.
Alors que les députés devraient examiner ce projet de loi à partir du mardi 28 septembre, ces organismes chrétiens organisent un rassemblement le même jour, place du président Edouard Herriot, de 16h15 à 17h30, pour en appeler à leur conscience. Une lettre ouverte aux 577 députés sera déposée à l’accueil de l’Assemblée nationale.
Le pasteur Claude Baty, président de la Fédération protestante de France, apportera son soutien à la campagne « Ne laissons pas fragiliser le droit de l’étranger », en participant à ce rassemblement. Le 17 septembre dernier, le président et le Conseil de la Fédération protestante de France (FPF) avaient participé au cercle de silence qui s’était tenu sur cette même place, et qui marquait la fin du jeûne citoyen contre ce même projet de loi immigration.
La Fédération protestante de France, à plusieurs reprises dans ces déclarations récentes, a rappelé son attachement à l’accueil des étrangers et son souci de leur dignité. Ainsi, 2010 a été dédiée aux migrations au sein de la FPF sous cette interpellation « Et toi, que fais-tu de ton frère ? ».
Elle appuie les organismes chrétiens engagés dans la campagne « Ne laissons pas fragiliser le droit des étrangers », s’associant à leur inquiétude concernant le projet de loi « Besson » dont certaines mesures portent atteinte au droit de l’étranger.
Militer pour faire prévaloir les droits des migrants est un engagement auquel les protestants demeurent fidèles. Ils le manifestent tant par leurs engagements au sein de la Cimade et de la Fédération de l’Entraide protestante (FEP) que par les prises de position de la Fédération protestante de France et d’Églises qui en sont membres.

