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Un pasteur luthérien suédois se convertit au catholicisme PDF Imprimer Envoyer
L’ancien directeur du centre œcuménique de retraites spirituelles Berget à Rättvik en Suède est devenu catholique. Pasteur luthérien depuis 48 ans, il dit regretter la « politisation » de son Eglise.


Per Mases [décédé le 24 décembre 2010 (1)] n’est pas le premier pasteur à quitter l’Eglise luthérienne pour l’Eglise catholique romaine. Il pourrait ne pas être le dernier. Le phénomène est devenu assez banal. Si on en parle ici, sur ce site interconfessionnel, où il n’y a de place pour aucun triomphalisme catholique ou protestant, c’est parce que la conversion de Mases nous semble particulièrement emblématique et, franchement, émouvante.
Per Mases (photo) est une personne consensuelle, tendre, profondément engagée dans le dialogue œcuménique depuis des décennies. A 76 ans et gravement malade (1), il ne veut pas faire des vagues. Sa conversion est le résultat d’une très longue réflexion et d’un profond sentiment d’appartenance à une Eglise « Une » qu’il a voulu assumer avant de mourir, mais sans porter atteinte à sa communauté d’origine. Pasteur depuis 48 ans, il dirigeait jusqu’à l’année dernière Berget, un centre œcuménique de retraites spirituelles à Rättvik en Suède (cliquez ici). L’endroit est particulièrement fréquenté par des pasteurs protestants ou des responsables très engagés dans leur Eglise et aussi par des catholiques. En général, on s’y rend quelques jours pour une retraite thématique dirigée par un pasteur ou un prêtre. De nombreux pasteurs, prêtres et religieux français ont fait « le voyage de Rättvik ». D’après nous, il y a peu de lieux en ce bas-monde où l’on trouve une telle entente, un tel esprit d’unité, entre chrétiens d’Eglises différentes. C’est un peu comme à Taizé, mais plus petit et plus silencieux. Le principal bâtiment, en bois bien sûr, est dans la forêt, sur une petite montagne. Il y a une "église" luthérienne protestante - on n'utilise pas le terme 'temple' en Suède - et une chapelle catholique. Berget signifie ‘la montagne’ en suédois. Il y a une vue magnifique sur le lac Siljan (photo). Dans le document de présentation, les responsables du centre le résument ainsi : « fermé à l’extérieur, mais ouvert à l’intérieur et au Ciel ».

Comment un pasteur
avec des responsabilités aussi importantes a-t-il donc pu concevoir une conversion – c’est-à-dire délibérément adhérer à une Eglise au détriment de celle qu’il a servie (et qui l’a nourri) pendant tant d’années – et dans ce milieu-là ? La raison n’est pas seulement liée à son histoire personnelle et son appartenance profonde et personnelle à une Eglise unique. En Dalécarlie (région de Rättvik), « il y a toujours eu une conscience de l’origine catholique » de son Eglise luthérienne, a-t-il expliqué au journal chrétien suédois Dagen (cliquez ici). Per Mases se réfère aussi à sa grand-mère. Juste avant qu’elle ne décède d’un cancer, elle avait émis l’espoir de se retrouver après sa mort dans un endroit où elle pourrait prier pour les vivants. C’est une conception catholique de la vie après la mort. En Suède, certains protestants (pas seulement luthériens) partagent cette conception. Et Marie – Sainte-Marie, comme on dit là-bas, entre luthériens – est certainement une des principales références bibliques après Jésus. Lors de la Réforme, imposée pour des raisons politiques et avec beaucoup de violence au XVIe siècle en Suède, les religieux catholiques qui ne voulaient pas se convertir ont dû fuir le pays. Les monastères ont été pillés, parfois brûlés. Mais ce n’est pas pour autant que tous les Suédois ont cessé de s’adresser à Marie dans leurs prières.

L'identité profonde de l'Eglise est catholique

Or Per Mases dit lui-même qu’il aurait pu ne pas se convertir officiellement à l’Eglise catholique. S’il était resté en bonne santé, il aurait continué à proposer ses services à son Eglise. Il aurait ainsi essayé de « renouveler l’Eglise de l’intérieur ». Il explique aussi, à Dagen, que sa conversion « n’est pas contraire au saint héritage de l’Eglise de Suède », dont « l’identité profonde est catholique ». Sa conversion serait en réalité « une conséquence de la sécularisation et la politisation » de l’Eglise luthérienne. Puis il dit ceci à Dagen : « J’ai beaucoup d’expériences positives de l’Eglise de Suède. A Berget [le centre œcuménique], ces expériences sont devenues très concrètes. Mais j’ai aussi observé comment l’Eglise [de Suède] a pris ses distances, dans la question des ministères et ensuite en matière de mariage entre personnes de même sexe. L’Eglise est partie droit vers la périphérie. Pourquoi ne consulte-t-on pas d’autres Eglises avant de prendre des décisions ? » [L'imprécision des propos dans le journal a été préservée, ndlr.]
C’est cette interrogation-là, sur le manque de concertation avec les autres chrétiens, qui nous interpelle et nous concerne directement. Dans le cas de Per Mases, il s’agit apparemment d’une conversion à une Eglise qui, aux yeux du croyant, est toujours totalement dans la vraie foi. Il aime toujours son Eglise luthérienne et ce qu’elle a d’authentiquement chrétien. Mais il ne voit pas l’intérêt de continuer à cautionner le reste qui n’est tout simplement pas chrétien, à ses yeux. En l'occurrence, le pasteur Per Mases rejette le relativisme culturel qui broie tout sur son passage, notamment les dogmes tenus pour vrais pendant des siècles dans sa propre Eglise (la vérité historique de la résurrection, naissance virginale de Jésus, succession apostolique, etc.). En même temps, il fait siens les progrès - modernes ! - de l’œcuménisme authentique, c'est-à-dire la rencontre et le dialogue entre chrétiens d’Eglises différentes. Car ces échanges permettent de découvrir et d’approfondir des liens – en Christ - entre toutes les Eglises chrétiennes.
Le jour où Per Mases a été admis dans la pleine communion catholique, le mercredi 20 octobre, notre amie Sœur Veronica, dominicaine d’origine française, était présente à la cérémonie. Elle eut lieu à Berget. Per Mases était trop faible pour se rendre à l’église catholique la plus proche. Veronica vit à Rättvik, où elle écrit et anime des sessions à Berget. Sur son blog (cliquez ici), elle a écrit ces mots en suédois (c’est nous qui traduisons) :

« Nous sommes ensemble le Corps du Christ et personne parmi nous ne vit pour soi-même ou meurt pour soi-même. Dans le Corps, il y a une solidarité invisible et profonde. Quand quelqu’un a le courage d’entrer dans une obéissance divine et suivre le chemin que l’Esprit montre, cela devient une grâce pour beaucoup d’autres.

Ainsi vont les choses pour nous à Berget. Le pas que Per a franchi est pour nous tous une source de grâce, une joie et une douleur, une joie douloureuse. Nous nous souvenons de l’endroit où Dieu nous a demandé de vivre, à Berget. Notre vocation est d’être ici, d’être ensemble le Corps du Christ. Le Corps n’est pas déchiré, mais il est blessé, écartelé et nous sommes au milieu de la blessure. Nous croyons que Dieu peut guérir le Corps et nous offrir le don de l’unité. Nous prions pour cela et nous nous bénissons les uns et les autres. »


Pour les suédophones, voici la très belle version originale en suédois, écrite par Sœur Veronica :

« Vi är tillsammans Kristi kropp och ingen av oss lever för sig själv eller dör för sig själv. I kroppen finns en osynlig och djup solidaritet. När någon har mod att gå in i en gudomlig lydnand och följa den väg Anden visar, blir det en nåd för många andra.

Så blir det nu för oss på Berget. Det steg Per har tagit är för oss alla en källa av nåd, en glädje och en smärta, en smärtsam glädje. Vi blir påminda om den plats som Gud har kallat oss att leva på här på Berget. Vår kallelse är att finnas här, att tillsammans vara Kristi kropp. Kroppen är inte delad, men den är sårad, splittrad och vi finns mitt i såret. Vi tror att endast Gud kan hela kroppen och ge oss enhetens gåva, vi ber om det och vi välsignar varandra. »

Que Dieu bénisse Per Mases, sa famille, et toutes ces personnes à Rättvik qui travaillent sans relâche pour l’unité en Christ.

Henrik Lindell

1. Per Mases est décédé le 24 décembre 2010, alors qu'on sonnait les cloches pour Noël à Rättvik.

Cet article a été mis en ligne le 27 octobre 2010, puis réactualisé suite au décès de Per Mases.

 

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