« 20 minutes » : un cas emblématique de relativisme
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En refusant une publicité de l’Eglise catholique, mais en acceptant les jeux et l’ésotérisme, le quotidien gratuit 20 minutes s’inscrit parfaitement dans le relativisme culturel ambiant.Pour ceux qui n'ont pas suivi cette petite histoire, voici un rappel des faits : Pour le 8 décembre, fête de l’Immaculée Conception et aussi fête des lumières, le diocèse de Lyon projetait d’acheter quatre pages de publicité dans l’édition locale du quotidien gratuit 20 minutes (cliquez ici). L’idée était de rappeler le sens originel de cette fête des lumières : remercier la Vierge Marie qui aurait sauvé les Lyonnais d’une épidémie de choléra il y a 170 ans. Le journal a accepté cette publicité, payée par un mécène, mais a ensuite changé d’avis. Il a d’abord réclamé des modifications des textes proposés. Le diocèse a accepté. Mais quelques heures avant le bouclage le 7 décembre, la direction du journal a soudainement refusé de publier un des textes les plus importants de la publicité : une prière. En l’occurrence « Je vous salue Marie » (1). Le diocèse a jugé cette décision inacceptable et a décidé de retirer la publicité.
Dès le lendemain, plusieurs journalistes, sites et blogs catholiques ont publié des réactions indignées de ce traitement jugé discriminatoire à l’égard de leur religion. Nous vous recommandons particulièrement cet article sur l’excellent blog Nystagmus de notre consoeur Natalia Trouiller. Lisez aussi l'article de Koz, autre blogueur catholique de grande qualité. Leur incompréhension est due à la fois au refus même d’une publicité religieuse dans un quotidien, à la fois au motif donné par la direction du journal. Pour avoir une vue d’ensemble descriptive, nous vous recommandons de lire cet excellent article fait par Benjamin Legendre, journaliste à La Vie et responsable de la page « Matinales chrétiennes » sur le site de l’hebdomadaire.
Sur le refus lui-même, il n’y aurait pas grand-chose à dire. Un journal privé accepte ou rejette des publicités pour des raisons qu’il veut. C’est son droit. Il n’est pas tenu à expliquer les raisons d’un refus (sauf si la pratique pourrait relever d’une discrimination à l’égard d’une religion précise).
En revanche, on peut – il faut - s’interroger sur l’explication donnée par la direction du journal. On peut même la mettre en perspective, car elle nous semble emblématique d’une certaine culture contemporaine : le relativisme.
Pourquoi ? Parce que la direction de 20 minutes de Lyon s’est référée à sa propre « éthique » afin d'écarter la prière. C’est-à-dire, le journal ne s’est pas contenté d’expliquer qu’il ne peut publier des messages à caractère politique et religieux (ce qui est faux, comme nous le verrons), mais il entend ainsi s’inscrire dans un comportement « éthique ». A Benjamin Legendre, le directeur de la rédaction a expliqué ceci : « Si on avait laissé faire, demain on aurait eu des extraits du Coran ou une prière de Ghandi. (...) Ce serait ouvrir la boîte de Pandore, dans laquelle s'engouffrerait l'intégrisme, l'islamisme ».
Quelle est donc cette éthique ? D’abord une volonté et même un réflexe de mettre les grandes religions sur le même plan. Pas question d’accorder plus d’importance ou de pertinence au christianisme, par exemple, qu’à l’islam. Et tant pis s’il est question de Lyon la chrétienne, du 8 décembre et d’une fête largement exploitée par la mairie. Dans ce type de système de valeurs, on note par ailleurs la peur de devoir accepter « l’intégrisme, l’islamisme » à partir du moment où l’on accepte de publier une prière chrétienne. Comme si cette dernière était fondamentalement de la même nature que l’islamisme. Jésus, Mohammed, même combat… Il faut être non chrétien pour accepter une telle idée.
Cette éthique, typiquement relativiste, se distingue surtout par sa défense des valeurs modernes, individualistes, au détriment de celles qui seraient dépassées. A ce titre, elle intègre facilement des spiritualités diverses. Elle se livre même à différentes formes d’idolâtrie. Ainsi, 20 minutes prétend refuser « la religion » (en réalité les trois monothéismes), mais consacre pourtant un espace considérable à toute sorte d’ésotérisme : astrologie, numérologie, tarot. Comme si ces systèmes n’étaient pas issus de la Gnose, une religion qui s’est toujours opposée au christianisme.
Sur le plan des mœurs, on peut enfin noter des paradoxes troublants : la direction du journal érige le journal en exemple éthique, mais incite en même temps les lecteurs, surtout les internautes, à des comportements malsains, par exemple le jeu en ligne. Sur 20 minutes, on peut faire des paris sur les matchs de foot et jouer au poker. On peut aussi consulter l’horoscope, des cartes magiques ou carrément un oracle qui « vous offre une vision globale de l’évolution de votre situation ». Et à tout cela, il faut ajouter les informations people et les faits divers sensationnalistes. C’est assez saisissant.
20 minutes, à l’instar de pratiquement toute la presse gratuite (mais pas l’1nvisible, le gratuit catholique, évidemment !), joue en réalité le jeu du système économique dominant et de ses valeurs matérialistes. Il en est un symptôme. Et c’est ainsi, et seulement ainsi, qu’il faut comprendre son rejet agressif du christianisme. L’éthique chrétienne s’oppose au modèle économique dominant, à la chosification, à l’ésotérisme et à toute forme de dépendance, dont les jeux. Espérons que les journalistes de 20 minutes se rendent compte au moins des contradictions objectives de leur « éthique ». Ils ne savent probablement pas que leur métier et leur liberté d’expression existent grâce à la culture « judéo-chrétienne ». Et celle-ci doit tout à une personne qui est venue jusqu’à nous il y a environ 2000 ans.
Henrik Lindell
Cet article a été mis en ligne le 10 décembre 2010.
1. La prière « Je vous salue Marie » s'inscrit dans une théologie et une tradition catholiques. Les protestants ne prient pas Marie. Mais comme les catholiques, les protestants considèrent que Marie est un modèle pour les croyants. Nous voyons bien que Marie, elle, ne se réfère qu’à Dieu.
Lisez aussi notre « point de vue » dans Témoignage chrétien à ce sujet.

