Dieu et Moi

WikiLeaks | Certaines révélations sont utiles

L’affaire des fuites, du site WikiLeaks, n’est pas qu’un amas de fausses révélations. Sur les religions, par exemple, on apprend des choses utiles. Et les Etats-Unis semblent … humains.


Sarkozy aime bien les Etats-Unis. Berlusconi aime bien les jeunes femmes. Les gouvernements israéliens successifs ne font pas confiance à l’Iran. Même l'Arabie saoudite se méfie de l'Iran. Tout cela est plus ou moins intéressant, mais déjà connu ! Et parfois, on se demande même si la publication de l'information n’est pas tout simplement destructrice de liens entre certains pays. On peut comprendre le président américain Barack Obama qui a sévèrement critiqué le 12 décembre cette diffusion de notes diplomatiques.
WikiLeaks a donné des milliers de télégrammes et d’autres documents diplomatiques de toute sorte à cinq grands journaux dans le monde, dont un grand quotidien du soir en France. Qui en profite selon la loi de l’offre et de la demande. Et en présentant systématiquement les informations comme si elles étaient de véritables scoops.
Dans l’affaire WikiLeaks, nous n’avons pas relevé une seule information qui mériterait le terme scoop. Les vraies « révélations » (au sens où l’on nous présente quelque chose qui était cachée) – par exemple certains détails dans les rencontres entre Sarkozy et l’ambassadeur américain des Etats-Unis – ne justifient pas de gros titres. La publication de certaines notes sur la « Françafrique » dans l’édition du Monde du 5 au 6 décembre – sur trois pages - ne contenait pratiquement aucune nouvelle information. Et Dieu sait – même votre serviteur sait - qu’il se passe pourtant des choses insolites dans les relations entre les présidents américains, français et africains. La Françafrique, c’est un scandale absolu qui perdure mais dont on n’apprend absolument rien de nouveau via WikiLeaks. En revanche, le dernier « dossier » en date sur les « dictatures » des pays de l’Asie centrale et sur le niveau impressionnant de corruption, notamment au Turkménistan, a des qualités réellement pédagogiques. Les notes des ambassadeurs américains confirment ainsi ce que des observateurs ont déjà pu révéler, mais sans qu'on ne s'y intéresse pour autant.

Et parfois, on tombe quand même sur des vraies perles. Ainsi, par exemple, la découverte que l’ambassade américaine à Paris a de très bonnes relations avec les responsables des sites musulmans Oumma.com et Saphirnews. Elles sont tellement bonnes que des rencontres ont pu être organisées entre représentants musulmans américains et des musulmans français. Ces derniers se plaignant généralement d’être défavorisés en France. Et louant le modèle américain. Ah, si les islamistes savaient combien les musulmans sont bien traités aux Etats-Unis !  
Autre information intéressante : le regard du département d’Etat américain sur le Vatican. Au-delà des relations diplomatiques classiques, le Vatican aurait notamment « d'excellentes sources d'informations sur les dissidents, les droits de l'homme, la liberté religieuse, le contrôle du gouvernement sur les populations », ou en Corée du Nord, où « des organisations caritatives catholiques se rendent régulièrement ». La diplomatie américaine semble particulièrement impressionnée par la communauté Sant’Egidio, qui est spécialisée dans la résolution de conflits. En présentant ces relations avec le Vatican, le Monde, dans son édition du 12 décembre, mentionne notamment le plaidoyer que feraient les responsables ecclésiastiques pour les chrétiens persécutés. On apprend que le cardinal Ratzinger en 2004 aurait été sceptique à l’égard d’une intégration turque dans l’Union européenne (contrairement au Saint-Siège, qui était et qui est toujours favorable).
Les diplomates américains seraient déçus par la ligne anti-guerre du Vatican en Irak. Car pour Jean Paul II, puis Benoît XVI, la guerre en Irak n’était tout simplement pas juste. Ce qui est plus intéressant (en tant qu’info) est que Benoît XVI aurait été prêt à rencontrer le président iranien Ahmadinejad en 2008. Les Américains l’ont dissuadé et la rencontre n’a pas eu lieu.
Certaines notes révélées par WikiLeaks portent sur des interprétations douteuses de paroles entendues au sein de la curie. Une polémique a été déclenchée le 11 décembre, après la publication de certains documents par The Guardian britannique. Les propos en question - sur les affaires de pédophilie en particulier (quoi d'autre ?) - ont été démentis par le Vatican. Il n'y avait pas lieu de débattre.
Or l'essentiel dans ces modestes révélations est ce simple enseignement : le Vatican serait globalement peu influencé par la diplomatie américaine.

Cette dernière aurait perdu beaucoup de crédit à cause de toutes ces « révélations ». Mais qu’a-t-elle perdu exactement ? Des vraies révélations importantes, il n’y a en pas beaucoup. Et des diplomates en poste, cela se remplace. Bien des observateurs ont mis en avant le côté peu professionnel du travail des diplomates. On voit concrètement comment les ambassadeurs interrogent des responsables politiques de différents pays et envoient des notes à Washington portant sur leurs entretiens. On pensait que le système de renseignement serait un peu plus performant. Il ne l'est pas toujours. Soit. Mais les Européens feraient-ils mieux ?
Puis il y a un autre facteur que tout le monde oublie : WikiLeaks existe, ses informations existent et les grands quotidiens peuvent les exploiter parce qu’ils font partie d’un système transparent dans un type de société qu’on appelle « la société ouverte ». A la différence des sociétés fermées. Aurait-on pu imaginer ce genre de fuites en Chine ou à Cuba ? Aurait-on pu imaginer leur publication ? Tout ce qu’on peut craindre maintenant est un risque de fragilisation de notre société ouverte face à des régimes qui ne sont pas démocratiques.
Henrik Lindell
Cet article a été mis en ligne le 13 décembre 2010.