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De la mort à la vie PDF Imprimer Envoyer

Sample ImageLe débat sur l’euthanasie nous invite à réfléchir au sens de la vie. La Bible a beaucoup de choses à dire là-dessus. Le cas terrible de Chantal Sébire, malade d’un cancer, ne peut pas nous convaincre du bien-fondé de l’aide à mourir, mais de la nécessité d’améliorer les soins palliatifs.

 

Le christianisme commence avec Pâques. La résurrection du Christ, sans laquelle notre foi chrétienne serait vide, est le passage de la mort à la vie. Nous sommes appelés à croire non seulement à une vie après la mort, mais à une nouvelle naissance dès lors que nous avons la foi. Tout est possible, même quand tout semble perdu. Jésus ressuscité est venu surprendre ses plus fidèles des fidèles. Ils ne s’y attendaient pas. Certains ne voulaient même pas croire ce qui était pourtant manifeste. Le Seigneur a dû montrer ses plaies et manger avec ses amis pour qu’ils le croient. Les fantômes ne mangent pas ! C’est ce moment-là que nous célébrons à Pâques : le Christ est vraiment ressuscité.
Mais l’est-il aussi dans nos vies ?
Un fait divers récent très médiatique nous invite singulièrement à penser au sens de la vie et de la mort. Chantal Sébire, 52 ans, défigurée et handicapée par une tumeur inopérable, est morte le 19 mars. Elle souffrait atrocement. Pour elle, sa vie n’avait plus de sens, si ce n’était sa lutte pour qu’on l’aide à mourir en toute conscience. Problème : l’aide à mourir - ou l’euthanasie – est interdite en France. Le 17 mars, la justice française lui avait refusé le droit de se faire prescrire un produit létal. Elle avait alors dit qu’elle pouvait l’acheter dans un autre pays. Le 27 mars, le procureur de la République a fait savoir à la presse que Chantal Sébire était morte après l'absorption d'un barbiturique. 
Son cas a suscité beaucoup d’émotion dans les médias. Chantal Sébire communiquait beaucoup avec des journalistes, surtout ceux qui la laissaient témoigner de sa souffrance et de son combat pour mourir. Des voix se sont élevées pour qu’on l’aide, elle et d’autres personnes dans une situation similaire, à mourir en toute conscience. Chantal Sébire était très soutenue par l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD). Son propre avocat est vice-présidente de cette association, qui fait surtout du lobbying.
 

Soutien médiatique

Auparavant, l’ADMD avait notamment exploité le cas du jeune homme tétraplégique Vincent Humbert, plongé dans le coma puis « euthanasié » par son médecin avec le consentement de sa propre mère en 2003. A l’instar du cas Humbert, Chantal Sébire était portée dans sa lutte par plusieurs journalistes (surtout de FR 3 et AFP, donc des services publics) ainsi que des personnalités médiatiques. Tous les jours, à la radio et à la télé, pendant une dizaine de jours nous avons pu assister à des « débats » où chacun défendait en réalité l’euthanasie. Même les enfants de Chantal Sébire souhaitaient sa mort, car sa vie leur paraissait effectivement insupportable. Deux ministres du gouvernement actuel et une grande partie de l’opposition ont pris position en faveur d’une forme « d’exception d’euthanasie ». Ils considèrent en résumé qu’il faut aider les gens à mettre un terme à leur vie sur une demande réitérée par les premiers concernés, quand leurs souffrances sont importantes et quand ils sont de toute façon « condamnés » par une maladie. Aux Pays-Bas, c’est possible. Environ 5% des décès, soit environ 4000 par an, y sont provoqués par l’euthanasie. En Suisse et en Belgique, on peut également obtenir l’aide à mourir, mais il y a beaucoup moins de cas.
 

Quels arguments pour l’euthanasie ?

Les arguments en faveur de l’euthanasie peuvent sembler évidents. Si la situation est désespérée, pourquoi insister ? N’est-il pas cruel de laisser une personne vivre avec des souffrances incurables ? Ne serait-il pas plus humain d’injecter un produit qui lui permettrait de s’endormir définitivement ? Après tout, c’est ce qu’on fait avec les chiens… A ce titre, un député français a même suggéré une extension des droits de l’homme : celui de mourir quand on le souhaite.
Face à cet « humanisme » qui s’impose par l’émotionnel, on hésite d’emblée devant l’idée d’opposer des arguments. Vous connaissez les discours : Les croyants avec leur Dieu bizarre, de quoi ils se mêlent ? Savent-ils vraiment ce qu’est la souffrance, hein ? etc…
Mais il y a des arguments, y compris pour les non croyants. Leur réception supposent ce dont la plupart des médias ont horreur : la réflexion et la raison.
Essayons ici, dans cet espace libre, d’y voir un peu clair. Il faut d’abord insister sur le vrai enjeu. La question n’est pas s’il le faut ou pas éprouver de la sympathie pour Chantal Sébire. Car devant la mémoire d’une personne qui a souffert ainsi, on ne peut que s’incliner. La vraie question est s’il faut – ou non - changer la législation, donc ériger une nouvelle règle pour toute la société et pas seulement pour Chantal Sébire et Vincent Humbert ? Si tel était le cas, quels seraient donc les critères ?
Il y en aurait trois, à en croire les défenseurs de l’euthanasie. Considérons-les.
 

1. La demande explicite et réitérée de mourir. Ce seul critère paraît évident, mais ne l’est absolument pas. On sait maintenant que même Vincent Humbert qui paraissait si déterminé était pourtant ambivalent. Certains jours, il avait envie de vivre, d’après son kinésithérapeute. Chantal Sébire, elle, paraissait plus cohérente. Mais avait-elle vraiment bénéficié d’une aide professionnelle pour sortir de son désir de mourir ? A en croire ses propres explications, elle ne se soignait plus. D’une façon générale, tout son dossier médical est un mystère (voir plus bas). Or, on sait que certaines personnes qui se savent condamnées s’enferment dans leur volonté de mourir. Mais des professionnels des soins palliatifs arrivent dans l’immense majorité de ces cas-là - 95% - à aider la personne à trouver un nouveau sens à la vie. Plutôt que de « respecter » la volonté de mourir de certains, ne vaut-il pas mieux investir plus dans le soutien psychologique ?
 

2. La souffrance physique. Il est par définition difficile de vérifier à partir de quand une souffrance peut être qualifiée d’insupportable. Mais on sait que la médecine progresse énormément. On peut aujourd’hui calmer la plupart des douleurs physiques et même, dans les cas extrêmes, plonger des patients dans un coma artificiel. Chantal Sébire n’était pas dans ce cas de figure. Vincent Humbert encore moins. Et les professionnels des soins palliatifs – il n’y a pas de meilleur observateur de ce qu’est vraiment la fin de vie - comprendraient difficilement pourquoi on accepterait l’euthanasie dans certains cas alors que tout leur travail consiste à rendre la fin de vie supportable.
 

3. Le caractère « incurable » de la maladie. Rappelons d’emblée que depuis que la médecine existe, elle guérit des maladies auparavant considérées comme incurables. Il faut aussi reconnaître que certaines personnes guérissent sans que la médecine puisse expliquer comment. Autrement dit, le caractère « incurable » est une notion relative. Chantal Sébire, elle, aurait souffert d’une maladie « incurable », à en croire elle-même et la plupart des médias. Cette affirmation mérite une précision. Son cancer était un neuroblastome olfactif, une maladie extrêmement rare. Or les taux de survie pour cette maladie oscillent autour de 70% après une intervention à un stade précoce (1). Il ne s’agit donc pas d’un cancer « incurable » en soi, mais plutôt d'un cancer moins dangereux que la moyenne. Pour des raisons qui restent à éluder, la patiente n’avait pas bénéficié d’une intervention chirurgicale alors que sa maladie avait été diagnostiquée déjà en 2002. C’est seulement à la fin de sa vie que sa maladie devait être considérée comme impossible à guérir. Quant à Vincent Humbert, sa maladie était probablement incurable. Or son ouïe et son pouce droit fonctionnaient. Et il avait toute sa lucidité. Il a notamment pu écrire un livre avec l’aide d’une soignante. Rappeler ces détails n’est pas une façon de réduire la souffrance et le caractère incurable à un détail insignifiant. Au contraire. Vincent Humbert et Chantal Sébire souffraient atrocement. Et Chantal Sébire allait fort probablement mourir de sa maladie.
Mais, comme on vient de le constater, il aurait été très difficile de décider – en fonction de critères objectifs – que ces personnes devaient bénéficier d’un droit à un produit létal. En réalité, toute décision d’autoriser l’euthanasie est forcément subjective. Alors que les soins palliatifs sont toujours, dans tous les cas, et très objectivement, utiles. Il ne s’agit pas de faire de l’acharnement thérapeutique, ce que même l’Eglise catholique conteste, mais de rendre la vie, tant qu’elle dure, aussi agréable, ou peu pénible, que possible. Mais si on autorise l’euthanasie, les soins palliatifs seront dévalorisés. Ce serait politiquement incohérent et désastreux pour tous ceux qui travaillent dans ce domaine et leurs patients.
 

Dignité

D’un point de vue philosophique, le problème de l’euthanasie concerne la dignité humaine. Comme le suggère par définition l’Association pour le droit de mourir dans la dignité, certains estiment en effet qu’un être humain peut perdre sa dignité. Les rédacteurs de la Déclaration des Droits de l’Homme en 1948 n’avaient peut-être pas en tête les problèmes posés par l’euthanasie, mais ils ont bel et bien institué « la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine ». Sans conditions. C’est un principe fondamental. Il faut donc demander aux partisans d’une législation autorisant l’euthanasie à partir de quand un être humain perd sa dignité. Est-ce quand on veut mourir ? Ou quand on a très mal ? Ou quand on a une maladie incurable ? Et si c’était parce qu’on était handicapé ? Ou seulement encombrant pour une société qui ne supporterait plus les vieux et malades ? Pour nous, vous l’avez compris, un tel raisonnement est très dangereux, car il autoriserait le meurtre au nom d’un bien « humaniste » diffus. Il suppose qu’une certaine vie est digne, l’autre indigne. Ni Chantal Sébire ni Vincent Humbert n’avaient perdu leur dignité, car toute vie est digne d’être vécue. Leur entourage, les équipes soignantes, mais aussi les médias auraient dû tout faire pour qu’ils reprennent goût à la vie. Ont-ils – avons-nous – tout fait pour les convaincre que la vie mérite toujours d’être vécue ?
A ce titre, les chrétiens ont évidemment des choses à dire sur l’euthanasie. Tout ce qui vient d’être souligné, notamment sur les soins palliatifs, est conforme à un engagement chrétien pour la défense de la vie humaine. Il prend en compte l’idée selon laquelle rien n’est jamais perdu et qu’il vaut toujours la peine d’essayer de guérir les malades au lieu de les tuer. C’est justement parce qu’ils sont impliqués dans les soins concrets et qu’ils défendent toujours les droits de la vie que les chrétiens sont souvent sollicités dans des débats sérieux, dans des commissions d’éthique et aussi par les législateurs. Bien entendu, les chrétiens utilisent rarement la Bible comme argumentaire, mais se réfèrent à la raison. C’est plus consensuel.

 

Que dit la Bible ?

Mais peut-on quand même s’inspirer de la Bible dans ce genre de débat ? Certainement. Voici quelques versets importants qui nous concernent tous.


« Dieu créa les humains à son image. » (Genèse 1.27)


« Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur la terre que le Seigneur, ton Dieu, te donne. » (Exode 20.12)
 

« Tu ne commettras pas de meurtre. » (Exode 20.13)


« Jésus dit : C’est moi qui suis la résurrection et la vie. Celui qui met sa foi en moi, même s’il meurt, vivra ; et quiconque vit et met sa foi en moi ne mourra jamais. » (Evangile de Jean 11.25-26)


« Même si je marche dans la vallée de l’ombre de mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi. Ta houlette et ton bâton, voilà mon réconfort. » (Psaume 23.4)


« Il y a un moment pour tout, un temps pour chaque chose sous le ciel : un temps pour mettre au monde et un temps pour mourir. » (Ecclésiaste 3.1-2)


« Si ses jours sont fixés, si tu as arrêté le nombre de ses mois, si tu en as marqué le terme qu’il ne saurait franchir, détourne de lui tes regards, et qu’il ait une pause ; qu’il puisse être, comme un salarié, content de sa journée. » (Job 14.5-6)

 

De ces versets, on peut retenir quelques idées simples. Notre vie nous a été donnée par Dieu. Cette vie est sacrée. A ce titre, elle ne nous appartient pas entièrement. La vie a un sens qui dépasse notre simple personne. Elle concerne nos enfants, par exemple. Elle concerne aussi notre Dieu, qui nous aime. Dans la Bible, on retrouve aussi un tabou fondamental pour la plupart des sociétés qui se veulent civilisées aujourd’hui : l’interdiction de tuer. Elle fait partie des Dix commandements et n’est pas négociable (même si le peuple d’Israël ainsi que les peuples chrétiens ont souvent désobéi à cette règle d’une façon scandaleuse). Or l’euthanasie est par définition une transgression de l’interdiction de tuer. Mais allons plus loin dans les Dix commandements. Ainsi celui d’honorer ses parents afin que « tes jours se prolongent ». C’est comme si, en s’occupant de ses vieux parents, on s’occupait aussi de soi-même… Une idée qui pourrait ouvrir des perspectives intéressantes dans la prise en charge des personnes âgées et le développement des relations intergénérationnelles.

 

Sample ImageOn n'est jamais vraiment seul

 

Chrétien, on doit  comprendre qu’on n’est jamais vraiment seul. Le Christ est une personne qui a souffert sur la croix. La souffrance, il connaît. Il peut la soulager. Il peut même la guérir. Le Christ marche avec toi, il pleure avec toi et il rit avec toi. Puis, la mort elle-même n’est pas la fin, mais le début d’autre chose : la vie éternelle.

Cela ne signifie pas pour autant que la douleur aurait une valeur en soi. Ce n’est pas parce que le Christ a souffert que nous devons souffrir. Mais le fait qu’un être humain innocent puisse effectivement souffrir pourrait - et devrait - nous faire penser au Christ. Notre devoir comme chrétiens, fidèles au message d’amour pour le prochain, est précisément de soulager la douleur et de faire preuve de compassion. Comprenons enfin, comme il est suggéré dans le livre réaliste de Job que c’est Dieu qui décide de la vie et de la mort. Nous n’avons pas à prendre l’initiative de notre propre mort. Nous pouvons toujours, comme il est écrit dans le psaume 23, faire confiance à notre Seigneur, même quand on marche « dans la vallée de l’ombre de mort ». Car il est toujours là, notre Dieu, même quand on ne s’y attend plus. Même quand tout va mal, Dieu peut agir. C’est difficile à expliquer et impossible à prouver scientifiquement, mais c’est ainsi. Le Christ est vraiment ressuscité.

Henrik Lindell
1. Les informations sur la maladie ont été trouvées dans l’article « La mort de Chantal Sébire laisse ouvert le débat sur la fin de vie et l’euthanasie » par Jean-Yves Nau et Cécile Prieur paru dans Le Monde du 21 mars 2008.

Pour aller plus loin : le site des évêques de France propose plusieurs documents de référence.

Cet article a été mis en ligne le 25 mars 2008. Il a été modifié le 27 mars.

 

 

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