




| L'unité du Christ vécue |
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Vous avez été nombreux à réagir à notre article sur un pasteur luthérien suédois converti au catholicisme. Soeur Veronica, dominicaine engagée dans l’oecuménisme, raconte la suite de l’histoire.C’est la semaine de prière pour l’unité des chrétiens (18 au 25 janvier). Nous voulons cette unité-là. En Christ. Et comme il n’y a pas de hasard, dirait-on, nous avons reçu une lettre d’un grand centre oecuménique : Berget à Rättvik, Suède. Cette lettre évoque le travail et la spiritualité de l’ancien directeur de ce centre oecuménique : Per Mases. Infatiguable ouvrier pour l’unité pendant des décennies, ce pasteur luthérien s’est converti au catholicisme l’année dernière, deux mois avant son décès (lisez notre article ici). C’était sa façon de rester dans l’unité du corps du Christ et ainsi rester fidèle à la parole de Dieu. L’auteur de cette lettre est Veronica, soeur dominicaine, d’origine française. Elle est une amie et nous voulons partager cette lettre avec vous. C'est une belle histoire. Elle s'adresse à tous les chrétiens de bonne volonté. Nous voulons vivre dans l'Eglise indivise - pas toujours invisible - qui a toujours existé et qui demeure en Christ. Certains témoins chrétiens, dont Per Mases, et aussi soeur Veronica, sont un reflet lumineux de cette unité. C'est une grâce. Henrik Lindell Berget, Rättvik, le 13 janvier 2011 Chers Amis, Nous venons de vivre à Berget un moment intense de notre histoire : l’entrée dans l’Eglise catholique et le décès de notre directeur Per Mases. Berget (La Montagne) est un centre de retraite et de méditation fondé par un pasteur et inauguré en 1962 par l’évêque luthérien du diocèse de Västerås. En 1963 Per Mases y a été appelé comme aumônier. Ce centre était le premier lieu de retraite fondé en Suède depuis la réforme et sa fondation avait suscité de vives réactions dans certains milieux de l’Eglise de Suède. Le fait d’organiser des retraites en silence paraissait contraire à la tradition de l’Eglise suédoise luthérienne, on craignait l’influence catholique, l’endoctrinement... Pourtant très vite ce centre est devenu un haut lieu spirituel, marqué par la personnalité de Per. Per avait une vie spirituelle profonde, centrée sur le Christ. Il passait de longues heures devant le Saint Sacrement dans la petite chapelle catholique. Sa prière quotidienne était : « Seigneur, donne moi ton amour, dans mon coeur. » Pour lui chaque personne était unique et il est devenu pour beaucoup un ami, un conseiller, un père spirituel. Depuis la fondation, Berget a été un lieu œcuménique : église luthérienne suédoise, salutistes, pentecôtistes, baptistes... Un moine orthodoxe grec y a vécu caché quelques années, un franciscain anglican et des soeurs anglicanes ont marqué ce lieu dans les commencements. En 1983, cinq sœurs dominicaines s’y sont installées pour cinq ans et ont aménagé dans leur petite maison une chapelle catholique. Cette chapelle toujours ouverte est très fréquentée par les retraitants. L’adoration eucharistique y est proposée tous les matins à ceux qui le désirent. L’année dernière Per a fêté ses 75 ans et nous avons commencé à prier pour que le Seigneur nous envoie celui qu’il avait choisi pour ce lieu. Quand Peder Berqvist, prêtre de l’Eglise de Suède dans le nord de la Suède, et sa femme ont vu l’annonce que nous avions mise dans le journal de l’Eglise, ils se sont sentis concernés. Nous les connaissions à peine, mais dès la première rencontre nous avons eu la certitude que nous avions été exaucés. Peder est fils d’un pasteur pentecôtiste et il enrichit notre vie de sa tradition christocentrique et chaleureuse. Per est tombé malade trois jours après l’arrivée de Peder. Très vite nous avons su que le cancer était trop avancé pour que des thérapies soient envisageables. Per a été soigné à la maison et le Seigneur nous a donné à tous six mois de grâce. Pour Elsa, sa femme, pour leur fils Samuel et sa famille, ce temps a été un cadeau. Jamais ils n’avaient eu autant de temps ensemble. Peder a pu se rendre tous les lundis chez Per pour recueillir l’héritage spirituel qu’il nous laissait. Per a été très présent jusqu’au bout et a pu recevoir les plus proches. Il s’est endormi dans le Seigneur le 24 décembre au soir, au moment où tous les clochers de Suède sonnaient l’entrée dans la célébration de Noel, héritage du temps catholique. Le 20 octobre, le jour de ses 76 ans, Per avait été accueilli dans la pleine communion de l’Eglise catholique. Per avait depuis toujours un sens catholique de l’Eglise. En Suède la réforme a été une décision politique imposée avec violence à tout un pays, alors peu peuplé et loin des grands mouvements de pensée du « continent ». Une grande partie de l’héritage catholique a été conservé. (Mes amis francais qui viennent en Suède ne savent pas quand ils entrent dans une église si elle est protestante ou catholique !) Per a été un fidèle serviteur de son église, il voulait servir le Seigneur et tous ceux qui venaient à Berget là où le Seigneur l’avait placé. Mais il souffrait beaucoup de la sécularisation interne de l’Eglise Suédoise. Comme il l’a dit lui-même dans une interview, sa conversion a été « une conséquence de la sécularisation et de la politisation » de l’Eglise luthérienne qui non seulement s’aligne sur les décisions de l’Etat pour les questions éthiques : avortement, mariages homosexuels etc, mais remet en question les dogmes qu’elle a elle-même tenus pour vrais pendant des siècles : vérité historique de la résurrection, naissance virginale de Jésus, succession apostolique, etc. L’enterrement de Per nous a réuni très nombreux, ce lundi 10 janvier, dans la belle église luthérienne de Rättvik (photo), qui fut une église catholique. Ce fut une célébration eucharistique pascale. Le Christ ressuscité était au milieu de nous. Un moment très émouvant fut l’encensement du cercueil pendant lequel l’Ave Maria de Schubert a été chanté par une soliste. Nous nous sommes tous sentis, protestants et catholiques, comme enveloppés dans la tendresse maternelle de Marie.L’entrée de Per dans l’Eglise catholique a eu lieu dans notre petite chapelle catholique. Il était entouré de nous tous qui vivons et travaillons ici et de quelques amis. Nous étions une trentaine, sept ou huit catholiques. Cela a été un moment de grâce pour nous tous. Une douloureuse joie. Nous avons conscience de vivre ici au cœur de la blessure qui déchire le corps du Christ. Notre vocation, ici à Berget, est d’être là, de demeurer dans cette blessure, de la présenter à Dieu dans la prière et l’amour fraternel pour qu’il guérisse son corps et nous fasse le don de l’unité. Je suis moi-même de nouveau à Berget depuis presque cinq ans, après les cinq ans déjà passés ici dans les années 80. Je fais partie de la petite communauté œcuménique qui s’est constituée au début des années 90 et je suis très heureuse de la grâce que le Seigneur me donne de vivre ici. Je vous souhaite à tous une bonne année 2011, dans la lumière du Seigneur ressuscité. Il est avec nous dans les bouleversements notre monde. Il est notre espérance et notre joie. Je vous embrasse tous. Sr Veronica op Cet article a été mis en ligne le 17 janvier 2011.
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