Laïcité | Le débat de l’UMP est contesté
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La plupart des responsables chrétiens ont refusé de participer au débat sur la laïcité, en réalité sur l’islam, organisé par l’UMP. Voici les raisons.Il y a des moments dans la vie où il faut choisir. Bien des responsables chrétiens ont ainsi dit « non merci » au projet de débat engagé par Jean-François Copé sur la laïcité, qui aura lieu le 5 avril. Ce débat, voulu par Nicolas Sarkozy, avait d’abord été présenté essentiellement comme une façon de trouver des « solutions » aux problèmes de l’islam. Jean-François Copé avait notamment suggéré qu’on pourrait interdire les prêches en arabe. Ce qui est tout simplement contraire aux droits de l’homme…
Ensuite, face aux protestations des responsables musulmans, des protestants (de la Fédération protestante) et du Grand Rabbin de France, Jean-François Copé a essayé de rendre le débat plus présentable, en insistant sur la place des religions en général et la laïcité. Mais, à part certains problèmes relevant du code pénal (l’ordre public), le dossier est vide ! Ce débat de l’UMP n’a pas d’objet. Car si la loi de 1905 est certes discutable, et même amendable, elle ne pose pas de gros problèmes en général. D’ailleurs, les religions en général ne posent pas de gros problèmes. A part quelques excités, surtout au sein de l’islam, il n’y a pas de gros problèmes. Ou, plus exactement, il y a nettement pire : le chômage, l’exclusion, la pauvreté, les drogues, la prostitution, etc etc. Qui dit cela ? Des « gauchistes » comme François Baroin, Etienne Pinte, voire François Fillon. Par ailleurs, toute l’opposition, tous les centristes et d’autres leaders de droite liés à la majorité présidentielle comme Jean-Louis Borloo dénoncent franchement ce débat. Tous sauf certains au sein de l’UMP. Et le Front national, bien sûr. Mais, dans cette affaire, il n’y a pas photo : le roi est nu !
La plupart des responsables religieux refusent de participer au débat dit sur la laïcité le 5 avril (lisez ici le communiqué de la Conférence des responsables de culte publié le 30 mars). Il y a certes des voix discordantes qui s'expriment, tendant à rendre ce débat acceptable. Le CNEF, qui représente la plupart des évangéliques, a adopté une position plutôt "participative", mais critique sur le fond du questionnement (lisez notre article sur cette attitude intéressante). Mais dans la grande majorité, les leaders chrétiens disent non (comme vous pouvez le constater en lisant l'article de votre serviteur dans Témoignage chrétien). L'Eglise catholique enverra ainsi seulement un observateur, pas de participants. Idem pour la Fédération protestante. Pourquoi ? Non pas parce qu’ils veuillent à tout prix défendre toutes les expressions de l’islam. Ils ne sont pas corporatistes. Mais parce qu’ils participent déjà à des discussions censées, rationnelles, sur la laïcité, notamment avec Gérard Larchet, président du Sénat. Et parce qu’ils ne peuvent laisser dire n’importe quoi sur l’islam. L’UMP, qu’on le veuille ou non, n’est pas l’Etat. C’est un parti qui a recueilli moins d’un cinquième des électeurs aux cantonales du 27 mars. On a le droit de ne pas participer aux débats organisés par ce parti-là.
Claude Baty, président de la Fédération protestante, le dit très bien depuis plus d’un mois de débats. Un texte de la Fédération du 28 mars 2011 explique ses motivations. Nous vous recommandons de lire ce message-là. C’est très … protestant. Au bon sens du terme. Refusons la peur irrationnelle. Concentrons-nous sur les problèmes concrets dans la société française.
HL
Voici le communiqué :
Fédération protestante de France : débat sur la laïcité
Dès l'annonce du débat sur la laïcité et la place de l'islam, le président de la FPF pointait le danger d'une instrumentalisation des religions pour des considérations politiciennes.
Après la polémique lancée par le Front national au sujet de « l’occupation des rues » lors des prières de musulmans, le parti de la majorité, l’UMP, annonçait un débat sur la laïcité et la place de l’islam pour le 5 avril.
Dès cette annonce, le président de la Fédération protestante de France (FPF), le pasteur Claude Baty, a réagi, trouvant ce débat « malsain », davantage au service d’intérêts électoralistes que d’une réflexion sur la laïcité, et s’inquiétant d’une stigmatisation des musulmans en France.
La plupart de la Conférence des responsables de culte en France (CRCF) ont tour à tour exprimé leur hostilité ou leur réserve au sujet de ce débat. Le 9 mars dernier, lors de la seconde rencontre de la Conférence des responsables de culte en France, l’annonce a été faite d’une rencontre publique sur le dialogue autour de la place des pratiques des religions dans la société. Cette rencontre se déroulera à l’automne prochain. La CRCF marque ainsi la poursuite de sa réflexion autour des questions de laïcité, tout en se gardant des pressions extérieures et des polémiques.
Ces dernières semaines, plusieurs rendez-vous se sont tenus. Certainement dans un souci d’apaisement et de dialogue, le président du Sénat, Gérard Larcher, a reçu, sur son invitation, les responsables de culte le 23 février. Il souhaitait clarifier les questions publiques et les sujets relevant de la sphère privée, rappelant que « la laïcité est l’espace dans lequel nous vivons ensemble en confiance ».
Le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, après l’annonce du débat, a rencontré successivement plusieurs responsables de culte. Le président de la Fédération protestante de France, sollicité pour un rendez-vous au siège de l’UMP, a fait savoir qu’il était disposé à rencontrer Jean-François Copé mais à la Fédération protestante de France. Ce rendez-vous a eu lieu le jeudi 24 mars. Il a été question de la journée du 5 avril, à laquelle ne participera pas Claude Baty ; Jean-Daniel Roque, expert des questions de laïcité pour la FPF, y sera à titre d’observateur.
Le ministre de l’Intérieur, chargé des cultes, Claude Guéant, nouvellement arrivé à ce poste, rencontre au fur et à mesure les différents responsables de culte ; Claude Baty se rendra au ministère le 1er avril prochain.
La Fédération protestante de France a toujours marqué une extrême attention aux questions de laïcité. Ce fut encore le cas lors de sa dernière assemblée générale les 22 et 23 janvier 2011. Déplorant une confusion répétée entre la loi 1905, ses applications et la notion de laïcité, la FPF va proposer durant l’année 2011 des temps de réflexion à ce sujet ainsi que sur la place du religieux en France.
Le président de la FPF, Claude Baty, ne manque pas d’ailleurs de souligner le paradoxe d’un débat porté par le parti de la majorité présidentielle sur la laïcité et le passage à la trappe du groupe de travail interreligieux faisant suite au rapport de la commission Machelon, commission mise en place en 2005 par le ministre chargé des cultes, en fonction à l’époque : Nicolas Sarkozy.
Cet article a été mis en ligne le 28 mars 2011.

