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JPAGE_CURRENT_OF_TOTAL Les chrétiens souffrent à cause de leur foi dans bien des pays musulmans et dans certaines dictatures. En Algérie, le gouvernement cible les protestants (photo). Pour mieux comprendre, nous avons interviewé Michel Varton, directeur de Portes Ouvertes France, une organisation qui soutient les chrétiens persécutés.
Soyons politiquement incorrects. Les chrétiens sont opprimés, parfois pourchassés, à cause de leur foi, un peu partout dans le monde. Très souvent, il s’agit de petites communautés protestantes qui ont le courage de braver les interdits de la culture musulmane. L’islam peut certainement être une religion pacifique, mais il ne l’est pas toujours. Dans les faits, il demeure extrêmement intolérant à l’égard des musulmans qui se convertissent à une autre religion. Paradoxalement, les grands médias en Occident sont peu sensibles à ce phénomène. Pour des raisons qui restent à élucider, la violence et le mépris dont sont victimes d’autres communautés, tibétaine par exemple, sont plus connus que les souffrances des chrétiens, sauf peut-être en Irak. C’est pourquoi nous donnons la parole à ceux qui défendent les chrétiens persécutés. Non par réflexe identitaire, mais par souci d’équilibre et par volonté de donner des nouvelles de nos sœurs et frères à l’étranger, nous pouvons aussi montrer l’incroyable force morale de certaines communautés chrétiennes. D’où viennent donc cette énergie et cette détermination à résister à l’intolérance et à l’injustice ? Ce n’est pas une loi naturelle, mais on a parfois l’impression que plus un gouvernement est oppressif, plus le nombre de conversions progresse. C’est presque comme au premier temps de l’Eglise. On le constate dans les pays dictatoriaux les plus notoires, comme la Corée du Nord, l’Iran et bien sûr la Chine. Dans les deux premiers pays, il ne devrait pas y avoir de conversions au Christ du tout, puisque c’est interdit et très sévèrement puni par loi. Mais on y compte des dizaines de milliers de personnes qui rencontrent le Christ chaque année ! En Chine, un des pays où le christianisme progresse le plus au monde, l’oppression diminue progressivement et d’une façon non linéaire, mais demeure toujours très forte, notamment en ce moment à cause des Jeux olympiques. Pour avoir plus de détails, rendez-vous sur le site de Portes Ouvertes, une organisation de référence qui défend et soutient matériellement les chrétiens persécutés. Portes Ouvertes publie notamment une liste d’Etats qui maltraitent les chrétiens.
Algériens convertis
Il faut surtout comprendre que le christianisme progresse particulièrement grâce aux missionnaires et aux églises de maison locales. Et les autorités, a fortiori si elles sont musulmanes, voient d’un mauvais œil l’établissement d’une communauté chrétienne locale. C’est le cas notable de l’Algérie. Au pays de Saint Augustin, un des principaux pères de l'Eglise, il n’y a pratiquement pas eu d’Eglise locale indigène depuis l’avènement de l’islam. Mais depuis une quinzaine d’années, tout cela change. Des Algériens convertis, surtout des protestants évangéliques, répandent l’évangile à un rythme soutenu. Ils seraient au nombre de 10 000 en plus des 1500 catholiques, essentiellement des étrangers. Ainsi, depuis quelques mois, des décisions injustes et des procès sommaires s’abattent sur ces communautés évangéliques. Portes ouvertes en est à demander un engagement politique des députés français sur la question de la liberté religieuse en Algérie. Selon un communiqué récent de l’organisation, pas moins de « 25 communautés chrétiennes algériennes se sont vues notifier l’ordre de cesser toute activité (16 églises appartenant à l’Eglise protestante d’Algérie (EPA) et 9 églises protestantes indépendantes). Les chrétiens sont surveillés de près. Certains commissaires de police exigent des responsables des communautés locales la liste de toutes les personnes présentes au culte, le texte de la prédication ainsi que le nom du prédicateur. » Le communiqué donne ensuite quelques détails sur des cas individuels. Ainsi : "- le 9 avril 2008, un chrétien a été condamné à deux années d’emprisonnement avec sursis et 1 000 euros d’amende pour avoir distribué de la littérature chrétienne. - le 29 mars 2008, une jeune femme a été arrêtée à un point de contrôle à l’entrée de Tiaret. Dans son bagage, elle avait 6 livres sur le christianisme. Elle a été relâchée après 24 heures en garde à vue au commissariat, et après avoir été présentée devant le procureur. Elle devra passer devant le juge le 12 mai 08, au motif qu’elle pratique une religion « autre que musulmane ». - Le 26 mars, Hugh Johnson, ancien président de l’Eglise protestante d’Algérie (EPA) a dû quitter le pays après un arrêté d’expulsion daté du 25 février. Il habitait l’Algérie depuis 45 ans. - Le 21 mars, deux chrétiens ont été interpellés par la police alors qu’ils voyageaient de Tizi Ouzou à Bejaia. A eux deux, ils transportaient onze bibles. Ils ont été libérés le lendemain soir. A ce jour, ils craignent des poursuites judiciaires pour prosélytisme. - Le 5 mars 2008, un chrétien accusé de prosélytisme a été acquitté. Le tribunal a en effet estimé qu’il y avait provocation de délit, car ce sont des policiers qui l’avaient contacté pour lui demander cinq bibles. - le 27 janvier 2008, trois responsables protestants ont été jugés sans comparution ; ils ont appris début février leur condamnation à 3 ans de prison et 500 000 dinars (5000 euros) pour avoir « proféré des injures contre la religion et la personne du prophète ». Les catholiques sont aussi concernés par cette campagne de répression. - Le 30 janvier, un prêtre catholique français Pierre Wallez, a été condamné à un an de prison avec sursis par le tribunal de Maghnia, ville frontière avec le Maroc, pour avoir rendu visite à un groupe de chrétiens camerounais et prié avec eux. (…)"

Un culte protestant en Algérie
Brefs, ces faits seraient évidemment banals dans un pays musulman où règne la sharia, comme l’Iran. Mais ce n’est pas le cas en Algérie. Au contraire, la Constitution y stipule que la liberté de conscience et la liberté d’opinion sont inviolables (article 36) et que les libertés d’expression, d’association et de réunion sont garanties au citoyen (article 41). Mais une loi qui est entrée en vigueur en septembre 2006 semble contredire les grands principes de la constitution. Jusqu’à l’année dernière, le pouvoir ne l’avait pas vraiment appliquée. Maintenant, elle est utilisée pour justifier les mesures les plus spectaculaires. Effectivement, son article 11 prévoit une peine d’emprisonnement de 2 à 5 ans ainsi qu’une amende de 500.000 à 1 million de dinars pour quiconque : 1. « incite, contraint ou utilise des moyens de séduction tendant à convertir un musulman à une autre religion, ou en utilisant à cette fin des établissements d’enseignement, d’éducation, de santé, à caractère social ou culturel, ou institutions de formation, ou tout autre établissement, ou tout moyen financier » 2. « fabrique, entrepose, ou distribue des documents imprimés ou métrages audiovisuels ou par tout autre support ou moyen qui visent à ébranler la foi d’un musulman ».
Avec de telles lois, il est facile d’interdire toute manifestation de la foi chrétienne, puisqu’elle pourrait, par définition, « ébranler la foi d’un musulman ». A l’évidence, ce sont des règles dignes d’une dictature. Mais bien des Algériens ne sont pas d’accord avec le gouvernement. Des actions de solidarité avec les chrétiens sont menées par des associations algériennes de la société civile et aussi par des journaux, comme par exemple le célèbre El Watan. De nombreux musulmans ont pris la défense des chrétiens persécutés.
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