




| Éditorial | Oui à la musique actuelle chrétienne ! |
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Que toutes les Églises s’ouvrent à la musique contemporaine ! Celle que les gens écoutent, celle du monde. Surtout le rock et la pop louange.Dans nos Églises, peu de questions sont aussi passionnelles que celles concernant la musique. Lancez une discussion sur les chants à la messe et vous êtes sûr de semer la discorde. Mais ce type de désaccords porte généralement sur des détails qui n’ont pas la moindre importance théologique. Faut-il choisir un chant en majeur ou en mineur ? Faut-il faire plus rapide ou plus lent ? Monter le volume de la sono ? Mélanger des chants modernes et des vieux cantiques ou choisir exclusivement un certain type de chants ? Faut-il réécrire les paroles de vieux chants quand elles risquent de ne plus être comprises ? Ne peut-on pas rendre les messes et les cultes un peu plus « vivants », un peu moins « formels » ? Et si on faisait participer davantage l’assemblée ? A ces questions, il n’y a pas de réponses véritablement bibliques. On peut rendre un culte à notre Dieu à peu près comme on l’entend, tant que cela reste convenable et conforme à l’esprit des Écritures. Dans l’Église catholique, il faut certes prendre en compte le poids de la tradition et des éléments rituels, mais la liturgie ordinaire n’exclut absolument pas un style musical contemporain, comparable à celui que l’on entend dans des églises pentecôtistes. Si vous avez un doute, rendez-vous à une messe dans des églises du Bronx ou du Brooklyn à New York. Ou dans certaines banlieues parisiennes certains dimanches. De même, ce n’est pas parce que les protestants ont une Histoire dont ils peuvent être fiers qu’ils doivent à tout prix respecter un certain héritage culturel dès qu’ils rendent un culte à Dieu. La plupart des évangéliques l’ont bien compris. Chaque assemblée, chaque génération, chaque groupe chrétien a le droit de faire ce que bon lui semble en cette matière précise. (Consultez cette playliste sur Témoignage chrétien pour voir ce que cela peut donner.) Et ceux qui ne jurent que par des chants bibliques d’un certain style et d’une certaine époque devraient avoir l’honnêteté de reconnaître que ce n’est fondamentalement qu’une question de goût. Leur goût. Or, au-delà de nos préférences individuelles et de ce qui est conforme à la Bible, il y a des réalités culturelles et sociologiques que les chrétiens ont intérêt à comprendre. Et ceci pour des raisons pastorales. Une Église déconnectée de son environnement, qui aime surtout faire plaisir à un groupe dominant en son sein, risque fort de s’isoler et donc passer à côté de sa mission qui est de répandre la Bonne nouvelle en Jésus. C’est à ce titre qu’il faut sans cesse rappeler l’importance pour l’Eglise de prendre en compte l’univers musical de nos contemporains, notamment les jeunes. Pourquoi ? Parce que la musique est quelque chose de très signifiant pour la plupart d’entre nous. C’est aussi un excellent moyen de véhiculer un message chrétien. Le fait de ne pas maîtriser les codes musicaux contemporains condamne les Églises à un certain décalage. Actuellement, les seuls endroits publics où l’on est à peu près sûr de ne pas entendre de la musique contemporaine, ce sont les lieux de culte chrétiens ! Ceci est particulièrement vrai pour l’Église catholique, même s’il y a de plus en plus d’exceptions, dont l’expérience du remarquable groupe Glorious de Lyon-Centre (lire notre interview ici). On peut certes admirer ce décalage chrétien, qui suppose parfois, il est vrai, du courage. Cela fait peut-être sophistiqué. On peut aussi délégitimer toute musique contemporaine parce qu’elle serait douteuse, simpliste, commerciale, américanisée, uniforme, etc., etc.. Certains sont impressionnés par cette attitude. Cela fait intelligent. Mais il faut alors être conscient que l’on ne s’inscrit plus dans la vraie tradition chrétienne ! Celle-ci consiste justement à vivre avec son temps, à prendre en compte la société environnante, dont par exemple la musique. Jésus lui-même, comme Paul et tous les apôtres, faisaient partie intégrante d’une société particulière. Ils en connaissaient les codes et ils les respectaient. Nous ne savons pas grand chose de la musique des premiers chrétiens. Mais nous pouvons nous faire une idée assez précise des musiques des mouvements de la Réforme, puis du Réveil, du XVIe au début du XXe siècle, et aussi dans les années 1970. Elles étaient toutes contemporaines. Le fait de refuser ou de retarder l’intégration dans l’Église des musiques actuelles chrétiennes, dont notamment la pop louange, le rock conventionnel, le métal, le rap ou d’autres styles d’aujourd’hui, comporte un risque objectif d’exculturation. De surcroît, les directions de nos Églises risquent de décourager les nombreux chrétiens, souvent jeunes, qui jouent cette musique actuelle chrétienne. A la Fête de la musique, on pourra entendre de nombreux chrétiens faire de la musique actuelle. Mais ce serait encore mieux si on les entendait aussi le dimanche matin. Attention, nous ne disons pas qu’il faut larguer la belle musique « classique » et les vieux chants que chantaient nos grands-parents (s’ils les chantaient, c’est a priori parce que ces cantiques étaient beaux). Vive Bach ! Mais avec un peu de réflexion et de préparation, on peut se servir à la fois de musiques anciennes et de musiques actuelles à nos cultes et messes. Elles sont là pour ça. Il faut créer, il faut évoluer, il faut vivre. Il faut surtout « chanter un chant nouveau pour le Seigneur », comme le suggère le psalmiste. Or nous disons qu’il faut être sensible au langage des gens. Il faut s’adresser au monde. L’annonce de la Bonne nouvelle en dépend. Henrik Lindell (La photo est du chanteur de gospel Marcel Boungou.) Cet article a été mis en ligne le 20 juin 2010.
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