Dieu et Moi

JMJ | Quand les catholiques donnent envie de croire

Les JMJ à Madrid sont un signe puissant pour notre temps. Alors que la crise est partout, des jeunes catholiques montrent leur foi et leur assurance. Et Benoît XVI parle de la personne du Christ…




Les JMJ ressemblent à un succès populaire. Même si on suit uniquement des médias non confessionnels, on ne peut qu’être saisi par la joie et l’intégrité de tous ces jeunes pèlerins rassemblés à Madrid du 16 au 21 août. Alors que bien des espoirs déçus les incitent à ne plus croire en rien, en cette période de crise économique et sociale en Occident, ils sont là, prêts à témoigner de leur foi et à écouter les interventions du pape et de certains évêques. Ces derniers insistent justement sur l’importance du témoignage chrétien – c’est le but des JMJ voulues par Jean-Paul II – mais aussi sur la doctrine sociale de l’Eglise. Et les intentions de prières "officielles" concernent surtout les pauvres, les exclus, les indignés en Espagne ou ailleurs. Bien entendu, nos sociétés occidentales ne connaîtraient certainement pas les difficultés actuelles de surendettement, de déficits et de chômage (plus de 20% en Espagne !) si nos gouvernements avaient envisagé de suivre des principes économiques chrétiens, fondés sur la mesure et l'équité. Les gens le savent intuitivement et nos élus sont de plus en plus sensibles à l'éthique sociale chrétienne. Même les médias non confessionnels, de gauche en particulier, n’agressent plus systématiquement l’Église catholique, préférant d'abord écouter le pape et interroger certains jeunes aux JMJ avant de les juger.
Les JMJ pourraient évidemment être critiquées et contestées pour plusieurs raisons. Ceux qui n’aiment pas une Église qui expose sa foi d’une façon spectaculaire trouveront toujours des passages bibliques isolés pour justifier leur scepticisme. Les laïcards, eux, seront toujours scandalisés par le fait que les JMJ coûtent un peu d’argent aux contribuables (mais encore faut-il prendre en compte toutes les retombées économiques pour les collectivités). Ces contestataires existent toujours, mais - miracle !  - on ne les entend pas beaucoup cette fois-ci. La grande manifestation anti-JMJ (anticatholique serait un mot plus juste, si on prend en compte les banderoles) qui eut lieu le 17 août, la veille de la venue du pape, n’a guère impressionné les observateurs. 5000 anti-JMJ agressifs contre un million de chrétiens, voilà des chiffres qui parlent. A ce titre, il faut lire l’article de notre confrère sur place Benjamin Legendre de La Vie, qui revient notamment sur la faible ampleur de la manif et l’extrême vulgarité de certains militants anti-JMJ.

Les JMJ présentent une Église souhaitable. Voici des catholiques qui donnent envie de croire. C’est aussi simple que cela. Un jeune qui se donne la peine de faire le voyage de Madrid, en plein été, pour son Église, est en soi un événement, un petit miracle. Et quand il y a en a plus d'un million qui le font, nous avons une information médiatique intéressant le monde entier. Comme lors des précédentes JMJ, à Paris, Manille, Rome, Cologne, Sydney, etc., la critique s'efface vite devant l'éclat de tous ces jeunes chrétiens qui sont vraiment "la lumière du monde".

Mais pourquoi faire au juste ? Se retrouver entre jeunes au sein d’une Église qui sinon donnerait trop de place aux « vieux » ? Faire « la fête », comme le suggèrent plusieurs sites catholiques se voulant populaires ? Il faut probablement être croyant, ou plus exactement chercheur actif de Dieu, pour comprendre que les JMJ sont d’abord une question de foi et de soif spirituelle. Ces jeunes catholiques sont prêts à s'investir pour Dieu. Ils ne viennent pas à Madrid pour faire la fête, mais pour se rassembler, découvrir l'extrême diversité de l'Église sans doute, prier, et se trouver soi-même. Les critiques diront toujours qu'il s'agit d'un plan com. Ne s'agit-il pas de faire du chiffre pour ces catholiques qui rêvent encore de puissance, hein ? Certains catholiques y croient peut-être, secrètement. Mais, très manifestement, les JMJ sont un rassemblement qui "fait signe". Combien de conversions aux JMJ ? Combien de vocations y sont nées ? C'est bien la preuve que le Christ y est. Et c'est le Christ que les jeunes cherchent.

A la différence de leurs aînés, les jeunes catholiques d’aujourd’hui - tout comme les jeunes protestants - sont d’abord motivés par ce que l'Église chrétienne a de spécifique, son enseignement, sa théologie. Ils lisent vraiment la Bible et ils sont demandeurs de conseils pratiques pour mieux vivre la foi. Comme le démontre une enquête faite par La Vie (à consulter ici), les jeunes catholiques aux JMJ sont souvent très pratiquants et ils acordent une grande importance à l'éducation religieuse. Parfois militants, certains sont engagés dans des projets d’évangélisation. Ces jeunes savent que « la vérité n'est pas une idée, une idéologie, un slogan, mais une personne, le Christ ! ».

La phrase est du pape Benoît XVI, présent à Madrid dès le jeudi 18 août à Madrid. Elle est reprise à juste titre par de nombreux sites catholiques. Nous vous recommandons de lire toute son intervention devant les jeunes ce soir-là. Nous retenons particulièrement ce passage :
« Chers jeunes, écoutez vraiment les paroles du Seigneur pour qu’elles soient en vous « esprit et vie » (Jn 6, 63), racines qui alimentent votre être, règles de conduite qui nous rendent semblables à la personne du Christ, en étant pauvres de cœur, affamés de justice, miséricordieux, en ayant un cœur pur, en aimant la paix. Faites-le chaque jour avec constance, comme on fait avec le seul Ami qui ne nous déçoit pas et avec qui nous voulons partager le chemin de notre vie. Vous savez bien que lorsque nous ne marchons pas au côté du Christ qui nous guide, nous nous dispersons sur d’autres sentiers, comme celui de nos propres impulsions aveugles et égoïstes, celui des propositions flatteuses mais intéressées, trompeuses et volubiles, qui laissent le vide et la frustration derrière elles. »

Signalons aussi une intervention du pape devant des universitaires. Il leur a parlé de la notion de « vérité. Retenons ce passage : 
« Il faut considérer que la vérité elle-même est toujours au-delà de nos efforts. Nous pourrons la chercher et nous approcher d’elle, mais nous ne pouvons pas la posséder totalement, ou mieux c’est elle qui se propose à nous et elle qui nous motive. Dans l’œuvre intellectuelle et d’enseignement, l’humilité est une vertu indispensable, qui nous protège de la vanité, laquelle ferme à l’accès à la vérité. Nous ne devons pas attirer les étudiants à nous-mêmes, mais les mettre en route vers cette vérité que tous nous recherchons. Dans cette tâche le Seigneur vous aidera, lui qui vous demande d’être prévenants et efficaces comme le sel, comme la lampe qui donne de la lumière sans faire de bruit (cf. Mt 5, 13-15).
Tout ceci nous invite à tourner toujours notre regard vers le Christ, sur le visage duquel resplendit la Vérité qui nous illumine, mais qui est aussi le Chemin qui nous conduit à une plénitude durable, puisqu’il est le Voyageur qui est à nos côtés et qui nous soutient de son amour.
»

Citons enfin les mots que le pape a prononcés devant des jeunes religieuses le 19 août. Thème : la radicalité évangélique.
« La radicalité évangélique réside dans le fait d’être « enracinés et fondés dans le Christ, fermes dans la foi » (Col  2, 7), ce qui, dans la Vie consacrée, signifie aller à racine de l’amour, Jésus Christ, avec un cœur sans partage, jusqu’à ne rien préférer à son amour (cf. Saint Benoît, Règle  IV, 21), par une appartenance sponsale comme l’ont vécu les saints, à l’image de Rose de Lima et de Rafael Arnáiz, jeunes patrons de ces Journées Mondiales de la Jeunesse. La rencontre personnelle avec le Christ qui nourrit votre consécration, doit être témoignée avec toute sa force transformatrice dans vos vies ; elle revêt une importance particulière aujourd’hui, alors qu’« on constate une sorte d’éclipse de Dieu’, une certaine amnésie, voire un réel refus du christianisme et un reniement du trésor de la foi reçue, au risque de perdre sa propre identité profonde » (Message pour les Journées Mondiales de la Jeunesse 2011 , n. 1). Face au relativisme et à la médiocrité, s’impose la nécessité de cette radicalité dont témoigne la consécration comme une appartenance à Dieu aimé par-dessus tout. »

Recommandons enfin un texte du journaliste et essayiste catholique Patrice de Plunkett. Il y explique à un jeune que les JMJ ne consistent pas à « défendre des valeurs ». Cette expression est fréquemment utilisée dans des milieux catholiques bienpensants où l'on a peur de dire la foi. Mais il y a un problème objectif, comme le souligne de Plunkett : le Christ ne nous demande pas de « défendre des valeurs ». Le Christ nous demande de faire des disciples. Et aux JMJ, les catholiques font des disciples.
A la rigueur, même les protestants évangéliques pourraient s’en inspirer !

Henrik Lindell
Cet article a été mis en ligne le 19 août 2011