Dieu et Moi

États-Unis | Catholiques intelligents, protestants croyants

Une étude montre que les écoles catholiques privilégient les savoirs intellectuels, alors que les écoles protestantes forment à la foi et à un style de vie chrétien.


C’est bien connu, les écoles catholiques sont excellentes. Mais pas pour la pratique religieuse. Les écoles protestantes, elles, sont moins performantes sur le plan intellectuel, mais forment très bien à la vie chrétienne. C’est en résumé le résultat d’une étude faite par le think tank canadien Cardus publiée cet été. Les enquêteurs ont utilisé des sondages réalisés entre 2010 et 2011 auprès de mille anciens élèves diplômés dans des écoles chrétiennes (niveaux primaire, secondaire et supérieur confondus) aux États-Unis et au Canada. Ils ont aussi consulté les réponses données par cinq cents élèves issus d’écoles non chrétiennes.

Si les écoles chrétiennes ont globalement un bon niveau et respectent les exigences par rapport à des établissements non confessionnels, il y a d’importantes différences entre les écoles catholiques et protestantes. Les élèves issus des écoles catholiques gagnent mieux leur vie et obtiennent des diplômes plus élevés. Surtout, ils réussissent leurs concours d’entrée des grandes universités prestigieuses comme Columbia ou Yale. Conformément au but affiché par les écoles catholiques, on y privilégie le niveau intellectuel des élèves.
Mais les anciens d’écoles catholiques ne semblent pas retenir aussi bien l’enseignement religieux et spirituel. Ils ne vont pas davantage à la messe que les élèves issus d’écoles non chrétiennes. Ils sont moins susceptibles de devenir des responsables laïcs au sein de l’Église que ceux qui viennent de l’enseignement non chrétien. Et, à en croire les enquêteurs, ils divorcent autant que ceux qui ont fréquenté des établissements publics.

En ce qui concerne les élèves venant d’écoles protestantes, ils réussissent moins bien leur vie sur le plan financier. Ils obtiennent moins facilement des diplômes prestigieux que ceux qui viennent de l’enseignement catholique. Leurs performances intellectuelles seraient comparables à celles des élèves issus d’écoles publiques.
En revanche, ces élèves protestants semblent beaucoup plus respectueux de l’enseignement religieux qu’ils ont reçu. Comparés aux diplômés d’écoles catholiques et des écoles publiques, ces « protestants » forment le groupe le plus pratiquant. Selon les chercheurs de Cardus, ils montrent aussi un grand attachement à leurs familles (ils divorcent rarement) et à leurs communautés. On apprend que ces anciens d’écoles protestantes ne correspondraient pas aux idées reçues selon lesquelles ils seraient politiquement à droite, intolérants et anti-intellectuels. Au contraire, ils seraient plutôt généreux, ouverts sur le monde et même optimistes quant à l’avenir. Comme les anciens d’écoles catholiques, ils font souvent preuve d’un vrai engagement pour les pauvres.  

Cette étude concerne l’Amérique du Nord. Il serait très difficile de faire des rapprochements avec la France, dont le système et la culture sont différents. En plus, le nombre d’écoles catholiques en France est tellement plus important que celui des établissements protestants que les comparaisons entre eux deviennent très difficiles.
Mais une donnée pourrait nous intéresser en France. Selon certains responsables ecclésiastiques français (1), l’école catholique ne forme pas suffisamment à la foi. Alors qu’elle est un « lieu ecclésial d’évangélisation » en tant qu’institution de l’Église, la plupart des élèves ne sont pas vraiment des chrétiens "pratiquants". L’étude de Cardus montre clairement que cette crainte pourrait être justifiée en Amérique du Nord. Si les mots ont un sens, l’enseignement catholique – dont tout le monde peut constater l’excellence - devrait pouvoir porter un projet éducatif où il y a de la place aussi pour l’évangélisation, surtout dans un monde occidental où règne une certaine indifférence religieuse.
Henrik Lindell

1. Par exemple Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, auteur d’Urgence éducative. L’école catholique en débat (Salvator, 2010).

Cet article a été mis en ligne le 28 août 2011.