Dieu et Moi

Jésus Christ superstar sur Facebook

Jésus et la Bible font plus de buzz que les stars sur Facebook. Un fait surprenant seulement pour ceux qui ne savent pas qu’il s’agit de l’homme et du livre les plus populaires de l’Histoire.

En ce début septembre 2011, nous avons assisté à un buzz médiatique autour de Jésus sur Facebook. La page Jesus Daily est en effet celle qui attire le plus d’interactions actuellement. La semaine dernière, elle a été sollicitée, utilisée ou mentionnée pas moins de 3,5 millions de fois. C’est la dix-huitième semaine consécutive qu’elle suscite le plus d’interactions. Un phénomène d'autant plus intéressant que son auteur, Aaron Tabor, un nutritionniste de la Caroline du Nord, n'est ni un professionnel de la communication, ni un pasteur. Juste un chrétien ordinaire.
Une autre page Facebook, consacrée entièrement à la Bible, faite par la United Bible Societies, arrive, elle, à la troisième place avec un million d’interactions en une semaine. Ces pages ont moins d’ « amis » que les grands clubs de foot ou des artistes comme Lady Gaga, mais ils attirent beaucoup plus de commentaires. (Pour consulter toute la liste des vingt pages les plus visitées, cliquez ici.)
Beaucoup de nos confrères ont titré sur le fait que Jésus est plus populaire que Justin Bieber, la star adolescente américaine que l’élite culturelle adore détester (lisez par exemple cet article). Le ton est humoristique, parfois ironique et faussement cultivé. « Les fans vont-ils bientôt chantonner : Justin revient ? » se demande par exemple un journaliste de RFI, sans qu’on comprenne ce que cette tentative de blague vient faire ici.

En réalité, les médias français sont passés totalement à côté des faits adéquats qu’il fallait souligner en abordant cette information.
Les voici :

1. Jésus est l’homme le plus populaire de l’Histoire et la Bible reste le livre le plus lu.


Si une page sur Facebook consacrée à Jésus attire beaucoup d’amis et surtout des commentaires, il faut apprendre à observer ce phénomène comme quelque chose de normal, non comme un scoop interplanétaire. Jésus est de loin l’homme le plus populaire de l’Histoire. On peut s’en offusquer, on peut en rigoler, mais on ne peut pas le nier. Et cette popularité ne cesse de croître, y compris dans des milieux non chrétiens.
Les mots Dieu, Jésus, pardon (allez savoir pourquoi) sont parmi les mots les plus recherchés sur Internet. Ils intéressent les gens. La page Jésus de Nazareth de Wikipédia est une des pages les plus souvent consultées (ce fut aussi une des pages les plus souvent sabotées avant d’être protégée en 2008). Le nombre de livres qui sort chaque année sur Jésus est incalculable. Le nombre de films est forcément plus restreint, mais néanmoins très important. Songeons à la grande production de Hollywood en 1977 Jésus de Nazareth de Franco Zeffirelli (photo). Ou des comédies musicales comme Jesus Christ Superstar. Ou le terrible film de Mel Gibson La Passion du Christ. Tous des succès populaires.
La Bible, elle, est de loin le livre le plus lu de l’Histoire. Certes, en Occident, la lecture de la Bible se perd à cause de la sécularisation et du laïcisme militant dans les écoles. Elle n’est pas non plus mise en avant dans les librairies non confessionnelles (à part bien sûr l’excellente Bible à 1,5 euro, accessible à toutes les bourses et donc un formidable best-seller ignoré par l’élite culturelle). Néanmoins, selon une étude de l’Alliance biblique universelle en 2010, pas moins de 25 % des Français déclarent lire la Bible. Et aux Etats-Unis, ils sont évidemment bien plus nombreux. La Bible est le livre le plus vendu, le plus distribué et le plus traduit au monde, loin devant Harry Potter et le catalogue d’IKEA.
Pourquoi Jésus et la Bible sont-ils si populaires ? Une réponse serait forcément celle-ci : Jésus est le personnage central de la religion la plus populaire au monde et la Bible est le livre qui en décrit les fondements. Sur les presque deux milliards de chrétiens baptisés qui habitent actuellement la terre, nombreux sont ceux qui y croient vraiment.
Sur ce site, nous pourrions évidemment envisager d’autres explications encore : si Jésus est de plus en plus populaire deux mille ans après qu’il est mort comme un criminel sur la croix, c’est bien parce qu’il n’est pas un homme comme les autres. Il est plus exactement le Fils qui s’est sacrifié pour que nous ayons la vie éternelle. C'est l'explication du croyant.
Si on lit bien la page Facebook d’Aaron Tabor, on découvre que les internautes ressentent le besoin d’entrer en contact avec Jésus. Et certains semblent recevoir des réponses ! Normal, dirions-nous, car Jésus le Christ est Dieu. Et c’est Lui que les gens cherchent. Mieux, Il veut Lui-même nous parler. Et pour cela, Il peut bien choisir d’utiliser la page Facebook d’un nutritionniste de la Caroline du Nord.
La Bible, elle, selon nous, n’est pas seulement un livre écrit par des personnes inspirées de Dieu (ce qui est déjà pas mal...). Elle est aussi une référence culturelle universelle. C’est dans la Bible que se trouve la clé de maintes références littéraires, même contemporaines. La Bible est une source inépuisable de vérités divines et humaines !

2. La communication de la spiritualité sur les réseaux sociaux complète celle des organisations religieuses.

Aucun site institutionnel religieux n’attire autant de commentaires sur Jésus que la page Facebook d’Aaron Tabor. La très populaire page Facebook sur la Bible est certes faite par une institution, la United Bible Societies, basée en Angleterre, mais elle enregistre « seulement » un million d’interactions, soit un quart de la page d’Aaron Tabor.
Comparé à ces chiffres, ceux des institutions catholiques sont ridicules. A titre d’exemple, moins de 10 000 personnes ont cliqué sur « J’aime » pour l’Eglise catholique en France. Certains blogueurs sont plus populaires. Même nos plus grands sites chrétiens francophones, ceux de Top chrétien notamment (avec tout le respect qu'on leur doit), n’arrivent pas à la cheville d’Aaron Tabor.

On peut voir ce phénomène de plusieurs façons. La première serait de constater tout simplement l’échec de la communication des institutions et des Eglises. En 2011, les Eglises – dont le principal rôle est d’évangéliser - ne savent pas parler du Christ sur un ton normal, surtout via Facebook, pourtant le principal réseau social au monde. Elles annoncent certes la foi, mais elles ne dialoguent pas avec les gens sur le net. Le site de l’Eglise catholique est à ce titre assez emblématique : il est impossible d’entrer en contact avec quelqu’un en ligne. Rien n’a été prévu pour cela.
Une autre façon de comprendre la popularité de la page Jesus Daily en tant que site « religieux » est d’y voir une formidable complémentarité avec les sites institutionnels. Alors que ces derniers sont surtout réservés à une communication plate et unilatérale de la vie de l’Eglise, les pages des réseaux sociaux permettraient aux gens de dire ce qu’ils ont sur le cœur. Surtout, les internautes ont le sentiment qu’ils peuvent s’adresser directement à Jésus et partager ainsi leurs prières, sans avoir à craindre d’abord une instance théologique qui jugerait leur expression. En consultant les réflexions postées sur Jesus Daily, souvent très riches et parfois extrêmement touchantes, on constate vite que certains auteurs ne sont pas des « pratiquants réguliers ». Certains y découvrent le Christ. Certains, désespérés, y prient pour la guérison d’un être cher. Tous y semblent naturels et réceptifs au message chrétien. Un site institutionnel pourrait-il vraiment remplir les mêmes besoins ?
  
On peut enfin avoir un regard critique sur ce phénomène : le besoin d’exprimer ses sentiments et ses prières personnelles ne relève-t-il pas fondamentalement d’un narcissisme malsain ? Et si tel est le cas, ne faut-il pas décourager ce genre d'expressions ? Après tout, les gens priaient Dieu avant l’avènement de l’Internet.

Nous ne surprendrions personne en soutenant qu'il s'agit bien d'une complémentarité positive. La page d’Aaron Tabor complète celle des institutions et des Eglises. Un site d’Internet ne peut pas tout faire à lui seul. 
 
3. Les statistiques des sites Internet ne disent rien de leur qualité

Quand on établit des statistiques de tel ou tel site, il est très important de ne pas confondre qualité et quantité. Ainsi, quand on dit que « Jésus est plus populaire que Justin Bieber », on parle uniquement du nombre de clics. Personne de sensé ne mettrait Jésus et le jeune artiste américain sur le même plan. D’ailleurs, il n’est pas improbable que certains « amis » de Jésus sont aussi « amis » du chanteur. Ce dernier est chrétien. Il s’est même fait tatouer le nom de Jésus en hébreu, paraît-il... Mais le nombre d’ « amis » chrétiens de Manchester United et d’Arsenal pourrait aussi être considérable, après tout.

Au total, ce genre de comparaisons statistiques ne dit rien sur la qualité du site ni sur l’importance relative que l’internaute lui accorde. Il peut éventuellement donner une indication de la popularité relative de la personne (voir plus haut), surtout si on compare son score avec quelqu'un qui relève du même domaine. Mais Jésus, au juste, à qui, à quoi est-il vraiment comparable ?

A force de dresser des listes de popularité de ce type et de les commenter uniquement sur le plan quantitatif, si possible sur un ton péremptoire et ironique, certains médias contribuent non seulement au dénigrement bienpensant du fait religieux, mais aussi à une sorte de disqualification de la culture populaire.

Oui, beaucoup de monde prie via Facebook et communique ainsi la foi. Cela n’a peut-être pas l’élégance du religieusement correct (par exemple les retraites spirituelles pour cadres surchargés), ni la même signification que la rencontre concrète avec des membres d’une Eglise, mais c’est une façon parmi d’autres de se rapprocher de Dieu.

De plus en plus de chrétiens s’emparent du net et des réseaux sociaux pour s’exprimer. Un quart des utilisateurs de Facebook se réfèrent à une religion ou à une spiritualité. Les Eglises, même la catholique, les utilise pour évangéliser.

Pourquoi au juste Aaron Tabor a-t-il sa page Facebook ? Dans le seul article vraiment sérieux consacré au phénomène, publié par New York Times, qui s’est donné la peine d’interviewer l’auteur, il dit ceci : « Il y a tellement de gens qui luttent contre le cancer, qui cherchent à maintenir en vie leur mariage, se battent pour restaurer leurs relations avec leurs enfants. Il y a des gens qui n’ont pas de travail, qui sont au bout du rouleau, et je veux seulement que Jesus Daily ait pour eux une place centrale où ils peuvent trouver encouragement, quelle que soit le combat qu’ils mènent. »

Faites comme nous : rendez-vous sur cette étonnante page de Facebook. On y prie.

Henrik Lindell
Cet article a été mis en ligne le 7 septembre 2011.