Dieu et Moi

Grâce refusée à Troy Davis

Un scandale. Troy Davis a été exécuté le 21 septembre. Le Comité des grâces de Géorgie n’a pas voulu commuer la peine de mort en détention à perpétuité.


Nous étions nombreux à espérer que le doute profiterait à l’accusé. Mais Troy Davis n’a pas eu cette chance. Condamné à mort il y a vingt ans pour le meurtre d’un policier blanc lors d’une bagarre, il a finalement été exécuté par injection mortelle le 21 septembre (à 5h du matin le 22 septembre, heure française) à la prison de Jackson en Géorgie. Il avait toujours clamé son innocence. De fait, de nombreux doutes subsistent. Il n’y avait pas de preuves matérielles. La France, par la voie du ministre des affaires étrangères Alain Juppé, avait protesté officiellement en suppliant les autorités américaines de "ne pas commettre l'irréparable". Troy Davis, lui, juste avant de mourir, a à nouveau clamé son innocence et prié pour ses bourreaux.
Illustrant jusqu’à la caricature le côté arbitraire et raciste de la justice américaine, le cas Troy Davis aura néanmoins permis une certaine mobilisation contre la peine de mort dans la première démocratie au monde. De très nombreuses organisations, comme Amnesty International et l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT), ont sensibilisé l’opinion publique sur les enjeux de la peine de mort (trop d'incertitudes sur bien des cas ; justice vengeresse plutôt que réparatrice, etc.). D’innombrables chrétiens ont demande aux juges de la Géorgie d’être cléments (1). Ainsi Benoît XVI. Mais aussi Jimmy Carter, ancien président et baptiste born again. Il est lui-même issu de cette culture du sud des Etats-Unis qui semble parfois guidée par des conceptions populaires et vétéro-testamentaires appelant à la vengeance. On ne voit pas toujours la charité chrétienne (attention : lire le premier commentaire de cet article et notre réponse).
Certes, on assiste à un réveil des consciences. Mais il est lent. En 2010, 46 personnes ont été exécutées aux Etats-Unis. Il y a dix ans, on exécutait en moyenne une centaine de personnes par an. Actuellement, 34 Etats sur 50 autorisent toujours la peine de mort. Mais depuis 1976 (date de la reprise des condamnations à mort après un moratoire de quatre ans), seuls 12 Etats ont pratiqué l’exécution de condamnés. Les Etats qui tuent le plus sont du sud : Texas, Virginie, Oklahoma, Alabama, Géorgie…
Autre fait troublant : 44% des condamnés sont noirs. Alors que seulement 12% des citoyens américains sont noirs.
Le record est détenu par le Texas, avec 473 personnes exécutées depuis 1976. Le gouverneur de cet Etat s’appelle Rick Perry. Il est républicain et doit sa popularité à son côté populiste et justicier, à la texane. Il dit n'avoir "aucun regret" à l'égard des 234 personnes exécutées sous son règne. Son prédécesseur au poste s'appelle George W. Bush. L'année prochaine, Perry sera peut-être opposé à Barack Obama à l'élection présidentielle. A ce sujet, lisez cet article sur l’excellent blog de Corinne Lesnes, journaliste au Monde.
La pratique de la peine de mort aux Etats-Unis est un scandale. Cette affaire est un scandale. Malheureusement, elle ne choque pas, elle ne mobilise pas tous ces chrétiens - nombreux aux Etats-Unis - qui se disent "pro-vie". Pourquoi ?

HL
1. Lisez ce communiqué de l'ACAT relayé par la Fédération protestante de France.
Cet article a été mis en ligne la première fois le 20 septembre 2011. Il a été réactualisé plusieurs fois.