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JPAGE_CURRENT_OF_TOTAL Ah les évangéliques ! Quoi de plus évident que de consacrer notre premier éditorial à ces chrétiens qui font si souvent parler d’eux ? Quoi de plus normal, d’ailleurs, que de s’intéresser à ceux qui témoignent du Christ, y compris dans les pays musulmans, comme l’Algérie ?
(Paris, le 6 juin 2008.) La mauvaise presse dont sont victimes les évangéliques et les procès d’intention d’autres Eglises institutionnelles – par jalousie ? - justifient amplement qu’on cherche à les promouvoir de temps en temps. Cela nous est d’autant plus naturel que l’auteur de ces lignes est lui-même évangélique, comme tant d’autres intervenants sur ce site. Or, il faut se pencher sur ce que les évangéliques sont vraiment, dans leurs particularités, leur relative jeunesse, leurs différents courants et leur(s) théologie(s) qui, en plus, évoluent sans cesse. Il faut aussi s’interroger sur les raisons du rejet des évangéliques, lorsque c’est le cas. Certains se comportent, disons-le franchement, d’une façon contestable. Comprendre ces gens, c’est comprendre la moitié des chrétiens dans le monde. Bien plus, c’est aussi se rendre capable de réfléchir à l’avenir du christianisme. Car demain, il y aura encore plus d’évangéliques qu’aujourd’hui par rapport à l’ensemble des autres courants chrétiens. C’est une quasi certitude mathématique. En France, pays très majoritairement catholique, ils constituent à peine 1% de la population, mais ils sont de plus en plus présents dans les débats et leur nombre augmente rapidement. Ils s’imposent eux-mêmes par la pertinence de leur questionnement et/ou l’impertinence de leur côté politiquement très incorrecte. A force d’oser prôner les valeurs familiales et la justice sociale, par exemple, ils cassent les schémas établis des débats stériles gauche-droite. Et c’est très bien. Par ailleurs, les évangéliques sont aujourd’hui ceux qui réussissent le mieux dans leurs efforts d’évangélisation, en France comme ailleurs. Etant donné qu’ils continuent à investir massivement dans cette activité biblique, contrairement aux autres groupes chrétiens, on peut même se demander si les autres traditions vont survivre à terme dans certaines régions au monde. C'est notamment le cas dans les pays à forte majorité musulmane. Ailleurs, on assiste à des phénomènes allant dans le même sens. Au pays où le nombre de chrétiens augmente le plus – la Chine, malgré la persécution – il y aurait déjà plus d’évangéliques que de catholiques. Or, et c'est notre point de vue, tous les christianismes - le catholicisme, les protestantismes et l'orthodoxie - représentent des témoignages qu'il convient de sauvegarder. Toutes les grandes Eglises, leurs fidèles et tous les courants qui respectent l'Ecriture ont à apprendre les uns des autres. Les évangéliques, à force de réussir dans leur façon de répandre l'Evangile, pourraient aussi être tentés d'oublier et même d'ignorer ce qu'ils gagneraient à connaître des autres chrétiens. Inversement, cela fait longtemps que l'Eglise catholique et les grandes Eglises protestantes historiques s'inspirent des évangéliques sans le dire, notamment dans leur façon d'organiser leurs messes/cultes de plus en plus participatifs et, aussi, dans les efforts de démocatisation de la vie interne des Eglises. Cela nous semble être un apport positif des évangéliques en général, même si on ne partage pas leur théologie.
Alors parlons d’eux. A trois occasions ces derniers temps, les évangéliques ont contribué à « faire l’actualité » en France. Le premier événement à retenir, c’était à Strasbourg, du 23 au 25 mai. Des Eglises et des Alliances d’Eglises y ont tenu un Congrès européen d’éthique. Une très belle déclaration finale a été rédigée. Elle engage la grande majorité des Eglises évangéliques en France. Il y est question d’une « citoyenneté active, dans un esprit de service de la collectivité, car la foi sans les œuvres est morte ». Le respect de l’être humain, « de la conception à la mort naturelle », est par ailleurs affirmé comme une priorité. Et puis, à l’adresse de tous ceux qui s’imaginent que les évangéliques se consacrent au prosélytisme agressif, il est dit : « Nous ne voulons ni nous désintéresser de la cité, ni lui imposer nos convictions, mais nous ne saurions l’aimer et la servir sans dialoguer avec le monde, faire entendre notre voix et y prendre des responsabilités. » Vous pouvez lire ce document dans son intégralité dans notre article consacré au Congrès, en cliquant ici. Le deuxième grand événement qui a marqué les esprits était évidemment la Marche pour Jésus. Elle a eu lieu le 24 mai et a rassemblé plus de 10 000 personnes à Paris et quelques milliers à Bordeaux et à Lille. Pour les médias, c’était une occasion de rencontrer des évangéliques chantants et dansants. Certes, les organisateurs ne sont pas exclusivement évangéliques et la marche est ouverte à tout le monde, bien sûr. Mais la majorité des participants s’inscrit clairement dans une perspective de théologie évangélique. Des articles plus ou moins fins ont été rédigés par certains de nos grands confrères non chrétiens. Les plus neutres ont rapporté ce que leurs yeux ont vu : des gens heureux d’être chrétiens. Qui ont fait part de messages sympathiques (« Jésus m’a sauvé » par exemple), des vraies revendications (« On veut des temples corrects ! »), des réflexions stupides (contre les « (r)athées », par exemple). Certains journaux ont « lu » cette manifestation à travers leurs filtres idéologiques. Ainsi par exemple Libération, un grand quotidien issu de mai 1968 et bon représentant de toutes les valeurs individualistes, promues et imposées par des gens qui ont aujourd’hui autour de 60 ans. Il faut dire qu’il y avait un intérêt particulier. Les organisateurs de la Marche ont effectivement, et très bêtement à notre avis, souligné leur volonté de sortir du « désert » 40 ans après cette année 68. Bien des chrétiens vivent 68 comme une période hostile à leur foi. Ils auraient pu aussi y voir un mouvement salutaire pour sortir d’une tradition moribonde...
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