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Par un vote démocratique, une majorité des Irlandais a dit non au traité dit de Lisbonne. A partir de ce vendredi 13 juin, l’Europe est en crise. Comme le suggèrent notamment les Eglises, il faut absolument réduire la distance qui sépare les élites des autres catégories et se retrouver autour de nos valeurs communes. Il faut savoir pourquoi on construit l’Europe…
Les Irlandais l’ont fait encore une fois. Déjà en 2001, ils avaient voté non, en l’occurrence au traité dit de Nice. Cette fois, à l’instar des Français et des Hollandais qui avaient rejeté en 2005 le traité constitutionnel, ils ont refusé un nouveau traité que tous les 27 gouvernements de l’Union européenne avaient auparavant approuvé. Le traité dit de Lisbonne est maintenant mis en cause. Et le gouvernement irlandais ne fera pas revoter le peuple, comme il l’avait fait après le non contre le traité de Nice (et où il a finalement obtenu un oui). Certes, on peut toujours « voir avec les Irlandais comment nous fonctionnons, quel arrangement nous pouvons trouver », comme l’a expliqué Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d’Etat aux Affaires européennes avant de connaître le résultat. Certes, l’Union européenne fonctionnera plus ou moins comme avant dans les mois qui viennent. Mais ce n’est pas avec des « arrangements » qu’on s’en sortira à moyen terme. Trois fois en trois ans, des peuples européens ont majoritairement rejeté des traités censés leur apporter une Europe plus efficace et mieux organisée pour agir d’une seule voix sur le plan international. Trois fois en trois ans, des gouvernements et des Parlements élus, issus d’élections parfaitement démocratiques, ont été radicalement contredits par une majorité de ceux qu’ils représentent.
L'Union européenne nous concerne directement Pourquoi ? Ce site n’est pas a priori un lieu où l’on propose des explications savantes sur des enjeux politiques. Mais nous qui sommes des chrétiens engagés dans la société, nous ne pouvons pas non plus renvoyer systématiquement ce problème de l’Union européenne à des experts, à des observateurs professionnels et à des médias généralistes. L’Union européenne nous concerne tous directement. Et ce n’est pas qu’un projet économique ou politique. C’est un projet de société, fondé par plusieurs pays, notamment la France et l’Allemagne, dans l’objectif de maintenir la paix. Jusqu’alors, les pays européens se faisaient régulièrement la guerre, ce que nous avons tendance à oublier. Aujourd’hui, si cette histoire appartient vraiment au passé, à supposer que la paix soit réellement un acquis durable en Europe, il faut la remplacer par un autre projet mobilisateur qui ouvre vers un avenir souhaitable par tous. Il nous faut une révolution copernicienne, comme le dit souvent un des hommes politiques européens les plus intelligents du pays, à savoir Jean-Louis Bourlanges. Mais quel sera ce projet puisque plus personne n’a peur de la guerre ? La croissance économique ? La réduction des déficits publics ? La chasse aux sans-papiers ? La défense de nos industries qui ne tiennent pas le coup face à la concurrence asiatique ? La réforme de nos vieux modèles d’Etat providence ? C’est quoi le but en fait ? Cette discussion sur la finalité même de l’Union européenne n’a jamais eu lieu. A vrai dire, elle n’a pas eu lieu non plus dans les années 50, quand les gouvernements français et allemand ont décidé d’entamer la construction de l’Europe par l’économique. Mais tous ceux qui ont travaillé sur l’Europe, qui ont organisé des débats politiques sur d’éventuelles réformes à mener, savent à quel point il est urgent de trouver un forum où les décideurs et les autres se concertent. En Irlande, comme en France il y a trois ans, les partisans des deux camps ont pu avancer des mensonges surprenants, faire les pires procès d’intention à leurs adversaires et suggérer les scénarios catastrophes les plus apocalyptiques sans que « les gens » - c'est-à-dire nous – aient pu en mesurer la validité. L’Europe, on n’en parle que tous les cinq ans, avant les élections européennes, ou, alors, à l’occasion des référendums. Et on se trouve alors à la merci d’une propagande politique redoutable. En réalité, le fonctionnement de l’Union européenne échappe à peu près complètement à la plupart des citoyens. Nombreux sont ceux qui votent en fonction de ce qu’ils ressentent, non à partir de ce qu’ils savent. Or, si l’Europe incarne un monstre froid qui décide de tout, loin des citoyens, qui n’intervient jamais directement pour protéger ou sanctionner, qui ne s’intéresse qu’à l’économique, il ne faut pas s’étonner que même les Irlandais, actuellement le peuple le plus riche après les Luxembourgeois, disent « stop, on n’en veut pas ». Les propagandistes du non, parfois d’une vulgarité absolue, arrivent au moins, eux, à « parler » aux gens. Parce qu’en face, on ne sait pas ce qu’on veut. Or, il y a des projets qui nous dépassent, qui concernent nos enfants et leurs enfants. Des projets pour lesquels on peut même se sacrifier (mais qui veut mourir pour la croissance économique ?). En Europe, nous avons inventé des modèles de solidarité et de redistribution des richesses qui n’existent nulle part ailleurs, même pas en Amérique ! En Europe, nous pensons globalement que la défense de l’environnement est une question de vie ou de mort. En Europe, on fait respecter les droits de l’homme infiniment mieux que n’importe où dans le monde. En Europe, nous avons réussi à nous pardonner mutuellement et dépasser les blessures du passé. Il est évidemment là notre modèle. Il vaut le coup d’être défendu. Et il ouvre vers l’avenir. Il faudrait le rappeler à nos gouvernements sans cesse, à nos partis de l’opposition politique respectifs et à nos grands médias. L’égoïsme national est certainement le virus le plus virulent et le plus dangereux qui soit en Europe. Ainsi, face aux populistes qui dressent les uns contre les autres, notamment contre les étrangers, face à la peur de l’inconnu (l’avenir par exemple), nous pouvons donc opposer une sorte de « modèle de solidarité ». Nous n’arrivons pas bien à le formuler puisqu’il n’est jamais vraiment expliqué, ni médiatique, ni « sexy » pour employer un terme souvent utilisé dans le débat irlandais. Or ce « modèle de solidarité » ne marche pas tout seul. Il a besoin d’être nourri, débattu, amélioré. Ce type de discours que nous tenons là est celui que l’on trouve dans les grandes Eglises institutionnelles (catholique et luthériennes surtout). On peut ne pas aimer l’insistance très identitaire sur les origines chrétiennes de l’Europe, mais il n’est pas niable que ce sont aujourd’hui dans les milieux chrétiens que l’on trouve quelques-unes des réflexions les plus posées et les plus respectueuses de notre identité européenne commune. Pour commencer, rendez-vous sur le site de la Commission des épiscopats de la Communauté européenne (Comece), composée d’évêques des 27 Etats membres. Côté protestant et orthodoxe, on peut consulter avec grand intérêt la Conférence des Eglises européennes, actuellement présidée par le pasteur Jean-Arnold de Clermont. Sur leur site on peut lire (si on maîtrise l’anglais) un excellent rapport sur les valeurs de l’Europe.
Bref, commençons le débat dès maintenant. Nous vous invitons à nous envoyer vos idées et vos perceptions sur l’Europe. Utilisez le mail :
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Les photos de cet article sont de Flickr, Creative Commons. Celle de la « une » est prise par Wolfgang Staudt. Elle est intitulée « Esplanade de l’Europe ».
Cet article a été mis en ligne le 13 juin 2008.
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