Les chrétiens sont persécutés en Inde
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Mais que se passe-t-il en Inde ? Des chrétiens y sont tués, leurs maisons sont incendiées, leurs églises détruites. Ces événements ont lieu actuellement en septembre 2008 dans l’Etat de l’Orissa dans l’est du pays. Le Vatican, le Conseil œcuménique des Eglises et d’autres organisations protestent contre cette persécution. Voici un résumé d’une situation très préoccupante.
On pense souvent, et totalement à tort, que la persécution anti-chrétienne n’existe que dans les régimes musulmans et/ou totalitaires. La preuve : l’Inde, la plus grande démocratie au monde et probablement le pays qui compte le plus de croyants, malmène gravement sa minorité chrétienne. Quelque 25 millions de chrétiens (dont 18 millions de catholiques), formant 2,3% d’une population qui est majoritairement hindoue (80%), doivent actuellement, en certains lieux, raser les murs, se cacher pour prier, surveiller leurs maisons et leurs églises par peur d’être victimes de hordes d’extrémistes hindous et musulmans meurtriers. Les premiers sont nationalistes et réclament une Inde « pure », sous-entendu hindoue. Les seconds sont des islamistes et mènent, ici comme ailleurs, une guerre « sainte » soi disant au nom de leur religion. Or les musulmans en général, pacifiques dans leur immense majorité, sont, eux aussi, pris pour cible par des groupes extrémistes hindous au même titre que les chrétiens.
En dehors des motifs vraiment « religieux » (mais quelle vraie religion autorise la violence ?), la haine contre les chrétiens s’inscrit dans un contexte social et politique particulier.
Actuellement, l’Inde se trouve dans une mutation profonde. Toute son économie se met à l’heure de la mondialisation. Le nombre de riches augmente, certaines classes moyennes s’en sortent bien, mais la plupart luttent pour la survie. Dans ce type de mutation déstabilisante, l’équivalent de notre Front National ou d’autres formations politiques ou religieuses identitaires – comme les nationalistes hindous – qui se réfèrent à un âge d’or mythique n’ont aucun mal à recruter. Les boucs émissaires, qui seraient coupables de tous les maux sociaux, ne manquent pas. Ainsi les chrétiens, traités « d’étrangers » et « d’ennemis de la nation indienne » par des groupes hindous alors qu’il y a des chrétiens en Inde depuis les premiers siècles après Jésus-Christ. (Certains prétendent même que l’apôtre Thomas serait venu en personne en Inde en 52 après J-.C., une tradition tenace au Kerala, dans le sud du pays.) Il faut dire que les chrétiens épousent facilement des valeurs occidentales, notamment l’égalitarisme, qui remet radicalement en cause la société traditionnelle des castes, si terriblement injuste mais en même temps rassurant pour les conservateurs. Souvent mieux éduqués, voire plus riches que les Indiens moyens (notamment à Mumbay), les chrétiens suscitent facilement de la jalousie. Par ailleurs, tout le monde veut envoyer ses enfants à une des nombreuses écoles chrétiennes, réputées pour leur niveau intellectuel. Au total, les chrétiens en Inde sont un peu comme les fameux clous qui « dépassent ». Ils réussissent souvent là où les autres échouent.

Les décombres d'un lieu de culte détruit par des extrémistes hindous dans l'Etat de l'Orissa.
Ces dernières semaines, sur fond de crise sociale, la haine anti-chrétienne a enflammé l’Etat de l’Orissa. C’est un Etat de 36 millions d’habitants dans l’Est du pays vers le Golfe du Bengale. Pas moins de quarante-deux chrétiens ont été assassinés, 5O OOO personnes déplacées (!), 4000 maisons détruites, plusieurs centaines d’églises incendiées. Pour un bilan précis et chiffré, le mieux est de lire le rapport de l’Alliance évangélique de l’Inde, en cliquant ici. Cette violence extrême est organisée sous forme de pogromes anti-chrétiens par des groupes hindous nationalistes. Il est probable que des groupes criminels, pas forcément politiques, profitent de ce chaos pour attaquer les chrétiens, des cibles d’autant plus faciles que les autorités ne les protègent pas correctement.
L’événement qui a déclenché cette violence folle est l’assassinat, le 23 août dernier, d’un leader nationaliste hindou : Saraswati. Ses funérailles se sont transformées en émeute anti-chrétienne. Une dizaine de chrétiens ont été tués, dont deux pasteurs. Un orphelinat catholique a été incendié et une religieuse est morte dans les flammes. Rejeter la responsabilité de l’assassinat de Saraswati sur les chrétiens en général est d’autant plus absurde qu’il a été revendiqué par un groupe de militants maoïstes. Ces derniers prétendent d’ailleurs vouloir défendre les chrétiens…
Plusieurs régions dans l’Orissa ont été touchées par ses violences. La population chrétienne – plusieurs dizaines de milliers – ont pris la fuite. Des militants nationalistes hindous brûlent leurs maisons et leurs églises. Sollicité par les organisations chrétiennes du pays, le gouvernement indien a fini par mettre en place des camps de déplacés avec l’aide de l’armée. Mais celle-ci n’a pas fait cesser la violence.
L’organisation Portes ouvertes, qui défend l’Eglise persécutée et qui a une antenne en France, demande qu’on prie pour les chrétiens indiens. Voici un communiqué du 3 septembre :
« Prions pour les chrétiens de l’Etat d’Orissa. Des milliers se sont réfugiés dans les camps de secours mis en place par le gouvernement, d’autres se cachent dans la jungle. D’autres ont été forcés à se « reconvertir » à l’hindouisme.
Prions pour que les responsables chrétiens indiens soient entendus par les chefs politiques de leur pays.
Nous avons eu des nouvelles de notre équipier. Il souhaite rester sur place pour aider. Prions pour sa sécurité. »
Sur place, pratiquement toutes les Eglises chrétiennes travaillent ensemble au sein du National United Christian Forum et signent des communiqués communs. Des actions menées, citons celle de l’archevêque catholique de Bbubaneswar, capitale de l’Orissa. Il s’est adressé à la Cour Suprême pour que celle-ci exige des autorités de l’Etat une intervention pour restaurer l’ordre. Parmi les organisations qui donnent le plus d’info sur la situation, consultez le National Council of Churches in India, qui regroupe les Eglises réformées, luthériennes, baptistes et orthodoxes.
Par ailleurs, les pasteurs Samuel Kobia, secrétaire général du Conseil oecuménique des Eglises, et Ishmael Noko, secrétaire général de la Fédération luthérienne mondiale ont envoyé une lettre au Premier ministre indien Manmohan Singh. Ils l’exhortent à « garantir la cessation immédiate de la violence, la restauration du droit et de la justice et un sanctuaire pour les personnes déplacées » dans l'Orissa. Egalement sollicité par le Vatican, le Premier ministre indien a explique qu’il a honte de son pays et qu’il va tout faire pour que la sécurité soit rétablie. Mais tout ne dépend pas de lui, ni même de l’armée.
Toutes les organisations chrétiennes citées dans cet article ont demandé à tous les chrétiens à travers le monde de prier pour leurs sœurs et frères indiens qui souffrent.
Henrik Lindell
Cet article a été mis en ligne le 11 septembre
Les photos ont été publiées par Portes ouvertes : www.portesouvertes.fr

