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Soeur Emmanuelle : un exemple radical PDF Imprimer Envoyer

Sample ImageSœur Emmanuelle est décédée le 20 octobre. Elle a été enterrée le 22 octobre. Son exemple chrétien est fondé sur la présence auprès des pauvres. Cela nous parle plus que jamais alors que nous traversons une crise du capitalisme financier. Qu’est-ce qui est important dans la vie ? se demande-t-elle dans ses Confessions, publiées le 23 octobre. L’épanouissement, la liberté et la modestie matérielle d’Emmanuelle nous invitent à contempler la force qui a porté cette sœur en Christ : la foi chrétienne. Le ferons-nous ? Réfléchissons en regardant des vidéos « trash », politiquement incorrectes, et qui nous parlent pourtant de la France d’aujourd’hui.

 

 

Sœur Emmanuelle est morte. Le 16 novembre elle aurait eu cent ans. Elle faisait longtemps partie de ce groupe fort restreint de personnalités chrétiennes que les Français aiment aimer : Mère Teresa, frère Roger, l'abbé Pierre… Elle vient de les rejoindre, on présuppose, chez le Père. Exactement comme eux, elle était un exemple foudroyant d’amour du Christ, une évangélisatrice par le témoignage, un reflet de la gloire de Dieu, une véritable grâce par sa présence. Elle était manifestement animée par l’Esprit qui guide, qui aime, qui console. Elle était, de toute évidence, portée par un Dieu qui dit sa justice, sa paix, son amour. Humaine, elle en faisait parfois trop. Elle avouait par exemple qu’elle aimait la célébrité. Elle était souvent en colère. En fait, elle était la première à admettre qu’elle n’était pas parfaite et qu’elle avait connu le doute. C’est généralement un signe probant de ce que les catholiques pourraient appeler une « sainte » (après instruction et enquête de l’Institution). Nous préférons évoquer un bon exemple.
Marie-Madeleine Cinquin, de son vrai nom, née à Bruxelles en 1908, devenue Sœur Emmanuelle en 1931 (« Dieu est avec nous » en hébreu) dans la congrégation de Notre-Dame-de-Sion, s’était d’abord consacrée à l’enseignement des lettres et de la philosophie en Turquie, Tunisie et Egypte. Ses élèves étaient essentiellement des gosses de riches. Puis à 61 ans, en 1969, elle est soudainement prise d'un désir de réaliser un rêve : vivre avec les pauvres. En 1971, elle s’installe chez les chiffonniers au Caire. A Ezbet-Al-Nakhl, un bidonville. Pendant 22 ans, elle vit dans une maison de 7,5 mètres carrés sans eau et sans électricité. Dans son bidonville, dominé par la pauvreté, les drogues, le tétanos et où les filles sont mariées à 12 ans, elle fonde une école, un terrain de jeu, un dispensaire. En 1993, elle laisse sa place à Sœur Sarah, une Egyptienne copte-orthodoxe d'origine libanaise, et rentre en France, où elle s’installe à Callian, un petit village dans le Var. Depuis sa maison de retraite des Sœurs de Sion, elle multiplie les interventions dans les médias, parle de l’incarnation de Dieu, de sa relation avec les autres, et de son souhait de voir son Eglise catholique devenir une "Eglise servante et pauvre". Elle n’hésite jamais à rappeler les dirigeants politiques à l’ordre en les tutoyant. Comme en arabe.
Dans Richesse de la pauvreté (Flammarion), un de ses nombreux ouvrages, elle dit : « Le Dieu du christianisme a donc choisi de faire alliance avec les pauvres. Il s’est fait pauvre lui-même, a choisi sa faiblesse comme moyen d’action. Pour cette raison, la foi chrétienne rend nécessaire une option prioritaire pour les pauvres. » Et puis elle dit : « Dans ce combat, dans la lutte avec et pour les pauvres, nous transcendons les forces périssables du mal. La justice, elle, contient un germe d’éternité. Sa marche incessante pour instaurer le beau, le bien, le vrai, épouse les pas de Dieu, sa manière d’être et d’agir. » Elle cite 1 Jean 3.14.

Sœur Emmanuelle a été enterrée le 22 octobre à Callian (Var) lors d’une cérémonie fort modeste. Le curé a lu des versets de Matthieu 25, sur le jugement dernier. C’est le passage où Jésus dit qu’il faut donner à manger aux pauvres, accueillir les étrangers, rendre visite aux malades et aux prisonniers et que c’est pour Lui qu’on accomplit ces actes (Matthieu 25.31-46).
Le même jour, une messe de « requiem » a été célébrée à Notre-Dame-de Paris. Y ont assisté les dirigeants du pays. A commencer par Nicolas Sarkozy et son épouse. Et plusieurs ministres. Et des personnalités médiatiques comme Patrick Poivre d’Arvor, Laetitia Hallyday, le couple Chirac, etc etc. Le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, a posé cette question : « Notre véritable hommage à Soeur Emmanuelle n'est-il pas de tirer les leçons de son histoire d'amour avec les pauvres de ce monde ? (...) N'est-il pas de nous interroger sur le déséquilibre qui marque notre univers ? ». Puis l’ecclésiastique a affirmé ceci : « Sa mort est une occasion de rappeler à tous l'urgence du service des pauvres de ce monde. »

Sample ImageLes Confessions d'une religieuse (Flammarion, 20 euros), publiées le 23 octobre, confirment la préoccupation pour l'autre, le pauvre. Dans ce livre qui se veut totalement honnête, on trouve finalement peu de scoop médiatiques - à part une vague histoire d'amour - mais le cheminement avec Dieu d'une personne pendant presqu'un siècle.


On peut penser que Soeur Emmanuelle aurait apprécié l'homélie de Mgr Vingt-Trois. Mais le message de la nécessaire priorité aux pauvres passera-t-il ? Sans vouloir donner des leçons, on vous suggère de regarder ces vidéos qui parlent de la France contemporaine et des décisions prises directement par nos dirigeants politiques actuels. Des dirigeants présents au requiem à l’honneur d’Emmanuelle.
Le premier est une vidéo de promotion de la Cimade, qui aide les demandeurs d’asile, et qui fait partie de la Fédération protestante de France. Il nous semble que les étrangers sans papiers dont il est question dans ce film, sont, par excellence, des pauvres et des étrangers dont parle la Bible dans des centaines de versets (notamment dans les Psaumes, Michée, Esaïe, Amos, tous les évangiles et surtout Matthieu 25). La « fermeté » en matière d’accueil des étrangers et les lois dites « Sarkozy » sur les sans papiers aboutissent à une tragédie humaine indicible. Cette fermeté et ces lois sont en totale contradiction avec le devoir évangélique d’accueillir les étrangers mais aussi avec une valeur républicaine d'asile qui prend ses racines dans la Révolution française. C’est un fait, pas une théorie gauchiste ou un fantasme brandi par des intellectuels en mal de reconnaissance. Si vous avez des doutes, renseignez-vous auprès de la Cimade. Ou accompagnez la personne sans papiers dans votre Eglise quand elle doit se rendre à la préfecture pour avoir son récépissé. Pour voir le film, cliquez ici.

Le deuxième film nous montre concrètement la réalité de la violence policière dans notre pays dans les quartiers dits populaires. Il s’agit de deux policiers qui commettent une bavure lors d’une opération à Montfermeil (Seine-Saint-Denis) le 14 octobre. Cette opération serait « la réponse » à la violence de certaines personnes, sans doute des adolescents, qui auraient lancé des projectiles sur des représentants de l’Etat et de l’ordre. C’est un film qui contient des images violentes. Vos enfants risquent d’être perturbés par cette violence, tout comme les enfants qui pleurent dans le film. Mais c’est une réalité représentative et même banale. D'ailleurs la violence physique dans ce film n'aurait fait que des blessés légers. Et la bonne nouvelle est que ce film, montré sur Rue 89 (bravo à eux), a déclenché une enquête. Les policiers qui frappent le jeune homme ont été mis en examen le 22 octobre. L’Etat de droit fonctionne a priori. Et, Dieu merci, la plupart des policiers ne sont pas comme ceux qu’on voit dans ce film. Bien au contraire. Pour voir le film, cliquez ici.

Mais cette réalité que certains d’entre nous connaissons et dénonçons – qui est tout simplement la misère sociale, l’exclusion, le racisme – serons-nous vraiment prêts à la combattre concrètement ? Nous qui avons applaudi l’exemple de Sœur Emmanuelle sommes-nous prêts à nous inspirer de sa lutte radicale au nom de Celui qui est ? De quel côté sommes-nous ? De quel côté sont nos Eglises ? Après le grand show à Notre-Dame-de-Paris avec toutes les stars et tous les ecclésiastiques, que reste-t-il ? Qu’est-ce qui nous émeut exactement dans l’exemple de Sœur Emmanuelle ? Le choix de la pauvreté ? Oui, sans aucun doute. Or Emmanuelle était riche, riche d'amour et de bonté. Mais notre admiration extrême, vénération même, de son exemple, comme ceux de Mère Teresa et de l'abbé Pierre et de Jean Vanier, toujours vivant Dieu merci, n'est-elle pas, en partie, un reflet de notre propre pauvreté ?
Henrik Lindell

Cet article a été mis en ligne le 22 octobre 2008.

 

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