Dieu et Moi

2009 : L'année de tous les défis

Sample ImageCrise économique, guerre au Proche-Orient, mise en cause de notre système sanitaire… L’année 2009 s’ouvre avec des doutes profonds et des tragédies indicibles. Mais ces problèmes ne sont-ils pas autant de défis à relever pour nous, chrétiens, qui prônons la justice, la solidarité et la paix ? C’est notre point de vue. A lire aussi un communiqué du Conseil d’Eglises chrétiennes en France signé par le pasteur Claude Baty et l’archevêque de Paris André Vingt-Trois.

« Les difficultés qui nous attendent en 2009 seront grandes. » Dixit le président Nicolas Sarkozy lors de ses vœux le 31 décembre. Quand un chef d’Etat emploie ce langage-là, il faut s’attendre à différents problèmes. La crise économique mondiale pourrait faire des ravages, notamment chez les plus modestes. Le chômage augmente actuellement à un rythme effarant en France.
Mais la France n’a pas « que » des problèmes conjoncturels de croissance économique. Bien des réformes engagées devront être menées à terme dans l’éducation et la recherche, le secteur de la santé, la justice, les transports publics. En ces domaines, l’Etat français n’est pas à la hauteur et ce dilemme sera d’autant plus pénible à vivre quand les effets de la crise économique se feront sentir. Les événements tragiques et médiatiques survenus ces derniers jours dans des hôpitaux français avec la mort de deux enfants et un adulte cardiaque dans des conditions anormales risquent de se reproduire.
L’année 2009 sera forcément une année de choix stratégiques très importants. L’objectif, tel qu’il a été annoncé par le président français, sera de se préparer en « travaillant plus, en investissant davantage » à un « monde nouveau » né de cette crise.
Mais que sera ce « monde nouveau » dont parle Nicolas Sarkozy ? A-t-on une prise sur monde-là ? Ou sera-t-il imposé par l’extérieur ? Est-ce que ce sera un endroit agréable à habiter ?
Sample ImageA notre avis, nous avons une prise sur ce qui va advenir. Les problèmes que nous subissons aujourd’hui – économiques, notamment -  ne tombent pas du ciel, mais sont le résultat de ce que nous avons fait. De même, les progrès – médicaux, technologiques, humains - que nous avons connus sont exactement le fruit de nos efforts. On n’y pense pas tous les jours, mais l’espérance de vie augmente, la médecine progresse, la qualité de la nourriture et de notre habitat augmente, même en période de crise. Cela est surtout vrai dans les pays occidentaux, bien sûr.
On peut changer le monde, surtout si on pense qu’il faut d’abord changer soi-même. La gestion, de plus en plus rationnelle et écologique, de nos déchets est un cas emblématique. Le fait d'arrêter de s'abîmer la santé avec du tabac ou de l'alcool à cause d'on ne sait quel mécanisme masochiste en est un autre. A l'échelle collective, tout ce qu'on entend par "sécurité sociale", "assurance chômage" et "aide à l'insertion" est utile, parfois vital, et on y contribue tous. Par exemple via des impôts et des cotisations. Si nos politiques avaient le courage de présenter ainsi l'utilité des impôts dans un pays démocratique, les citoyens auraient probablement une meilleure représentation de ces quelques obligations indispensables. En période de difficultés, tout le monde doit y contribuer en fonction de ses moyens. Toute l’histoire de l’humanité est faite d’exemples qui montrent que la crise n’est pas une fatalité et que tout dépend des efforts qu’on est prêt à consentir.
A ce titre, et à l’échelle d’un pays, une comparaison avec les Etats-Unis peut être révélatrice. Le plan de relance de l’économie américaine, tel que Barack Obama voudrait le faire voter dès sa prise de fonction le 20 janvier, sera beaucoup plus important, par ses ambitions, qu’en Europe. Actuellement, le taux de chômage officiel est de 6,7% aux Etats-Unis. C’est vécu comme un chiffre élevé (en France il est autour de 8%). Quelle priorité pour Obama ? Son « objectif numéro un » sera de créer 3 millions d’emplois dont 80% dans le secteur privé. Etant donné que les Etats-Unis font face à une lourde dépendance du pétrole et que les énergies renouvelables ne sont pas suffisamment développées, ces deux problèmes peuvent éventuellement être résolus en même temps. « Pour remettre les gens au travail aujourd'hui et réduire notre dépendance au pétrole étranger demain, a-t-il dit le 3 janvier, nous allons multiplier par deux le recours aux énergies renouvelables et rénover les bâtiments publics pour qu'ils soient plus économes en énergie ». Autres investissements jugés nécessaires : amélioration des réseaux routiers, rénovation des écoles. Qui paiera cette facture ? L’Etat, qui va s’endetter en investissant. Et les contribuables fortunés devront payer un peu plus d’impôts.
Par rapport aux différents plans européens, notamment celui de Nicolas Sarkozy, il nous semble évident que le programme de Barack Obama est plus adapté non seulement au « monde nouveau » - dont on ignore les frontières, à défaut d’être Madame Soleil - mais surtout aux besoins de la population. Beaucoup de paramètres vont changer dans les temps qui viennent. La Chine et l’Inde joueront un rôle de plus en plus important. Mais une chose ne changera pas : la population a besoin de gagner sa vie et de s’éduquer, notamment pour mieux comprendre comment on protège l’environnement naturel. Et tout le reste est assez secondaire, non ? Si l’administration Obama réussit ce défi-là, il ne fera rien d’autre que de marcher dans les traces d’autres présidences américaines ou européennes, qui, dans l’Histoire, ont su rassembler les populations afin de créer de la richesse pour tous.


Arrivés à ce stade, vous vous demandez peut-être, chers lecteurs, ce que ce petit texte général sur la marche du monde fait ici, dans un site chrétien destiné à promouvoir la foi en Christ. Voici la réponse : nous pensons que le modèle de société chrétien – s’il existe – est nécessairement fondé sur la solidarité avec autrui, la justice sociale, la prospérité et la paix. Le projet européen, par exemple, tel qu’il a été voulu par les fameux "pères fondateurs", des chrétiens engagés, pourrait être un exemple. La Bible prône abondamment la justice et la solidarité avec les pauvres. Elle prône aussi la croissance - économique, spirituelle, ou autre - comme principe et comme devoir pour les hommes, gestionnaires de la Création. Elle ne prône pas la « décroissance » et s’élève contre le fatalisme que l’on peut étudier par exemple à travers le message « millénariste » – ou devrait-on dire croyance ? – chez les extrémistes écologistes. Elle ne prône pas non plus l'ultralibéralisme économique, mais au contraire la défense du pauvre et de l'orphelin. Si vous avez un doute, lisez le prophète Esaïe 1.16-17. La crise que nous traversons actuellement est à l’évidence une occasion de méditer et de discuter l’enseignement biblique. La Bible comme Parole est une invitation à dialoguer avec Dieu. On y apprend entre autres qu’en s’éloignant de Dieu, on tombe vite dans la vénération de faux dieux. Ainsi la confiance qu’on place dans le dieu Argent et qui est à l’origine de la crise financière.
La société occidentale a été historiquement façonnée par la foi en Christ. Dieu sait que des erreurs ont été faites à ce titre : croisades, Inquisition, institutions ecclésiastiques oppressives… Beaucoup d’éditorialistes et autres écrivants en mal de reconnaissance aiment insister là-dessus. Mais nous avons intérêt à retenir aussi les bienfaits qui viennent directement ou indirectement du christianisme : hôpitaux publics et souci des pauvres, notion de personne humaine, droits de l’homme, encouragement au progrès matériel et spirituel, rationalité, etc., etc.... Cette société occidentale est aussi la première à s’imaginer qu’on peut vivre sans Dieu. Mais qu’advient-il quand nous n’avons plus la foi, quand nous adoptons le matérialisme et le relativisme dans tous les domaines, y compris éthiques ? (1) Voila une question qui mérite réflexion en ce temps de crise.

Autre grand principe biblique et évangélique : la paix. C'est-à-dire le règlement pacifique des conflits. En ce début d’année, tous les regards sont évidemment tournés vers le Proche-Orient. Le conflit qui s’y déroule entre Israéliens et Palestiniens n’est certainement pas le plus meurtrier au monde, mais symboliquement un des plus importants et aussi un des plus anciens. Les différents morceaux de terre qu’on appelle aujourd’hui Israël et Territoires palestiniens sont disputés depuis environ un siècle. Et depuis la création d’Israël il y a 60 ans, la région a connu plusieurs guerres. Certaines ont été voulues et provoquées par les pays arabes (1948 et 1973 notamment), mais elles ont pratiquement toutes été gagnées par Israël, sauf celle au Liban en 2006. Fruit d’un effort collectif exemplaire par le peuple juif, rassemblé par le mouvement sioniste, Israël est aujourd’hui un Etat moderne et démocratique qui fonctionne plus ou moins à l’occidentale. Par rapport à d’autres Etats dans la région, il est de loin l’Etat le plus prospère et l’endroit où il vaut mieux vivre quand on est pauvre et même palestinien. Il doit ce statut aux efforts de son peuple et aussi à l’aide économique des Etats-Unis. Autre avantage : Israël est un des rares endroits au Moyen-Orient où on a le droit de dire tout le mal qu’on pense des dirigeants. Problème : Israël occupe des territoires palestiniens en Cisjordanie depuis 1967 d’une façon contraire au droit international. L’Etat israélien pratique aussi une certaine discrimination à l’égard de ses propres citoyens "arabes" et des Palestiniens qui vivent en Israël. Sa façon scandaleuse de traiter les Palestiniens dans les territoires qui leurs sont impartis, en les bouclant, en y faisant des incursions brutales, en coupant littéralement les vivres et l’électricité, en arrachant des oliviers, en construisant un mur sur un territoire qui ne lui appartient même pas, a été dénoncée par la plupart des organisations humanitaires et de défense des droits de l’homme et même onusiennes (Pam, Oxfam, Amnesty, Médecins sans frontières…). Ceux qui ont mis les pieds dans ces territoires ne serait-ce qu’une fois peuvent d’emblée constater cette injustice intolérable subie par les Palestiniens. La paix, la vraie, suppose toujours la justice.

La réponse de l’Etat d’Israël à ce problème est invariablement la même : il s’agit de combattre le terrorisme des Palestiniens. Effectivement, après le militantisme parfois terroriste du Fatah des années 70 et 80, voici le Hamas, organisation islamiste émanant des Frères musulmans. Ce mouvement organise notamment des attentats suicides en Israël. Mais c’est aussi une organisation politique et sociale pratiquant la solidarité, contrairement au Fatah, réputé pour sa corruption. Elle redonne aux Palestiniens un sentiment d’unité dans la résistance farouche contre Israël, perçu comme un pouvoir colonial, injuste et brutal. D’où le succès électoral du Hamas à Gaza en 2006. Après avoir pratiqué une « trêve » à l’égard d’Israël depuis environ trois ans, voici que le Hamas a décidé de reprendre sérieusement le combat armé. Il a notamment repris sa vieille habitude d’envoyer des roquettes sur Israël. C’est en réponse à ce problème qui dure depuis huit ans qu’Israël a commencé à bombarder les installations du Hamas le 27 décembre. Constatant que ces bombardements n’ont pas suffi pour faire cesser la pluie de roquettes, l’armée israélienne a procédé à une attaque terrestre le 3 janvier. En une semaine, 466 Palestiniens sont morts, dont un quart des « civils », surtout des enfants. Quatre Israéliens, dont trois civils, sont morts des roquettes du Hamas. Si l’attaque israélienne provoque des manifestations de protestations un peu partout dans le monde, elle est très populaire en Israël. Les noms des dirigeants qui l’ont décidée ont tous grimpé dans les sondages. Les élections législatives auront lieu le 10 février… La trêve humanitaire proposée par la France a été rejetée.

Sample ImageQue dire d’intelligent à ce sujet sans s'attirer les foudres de tel ou tel camp ? Que faut-il dire à nos enfants qui veulent savoir pourquoi les Israéliens et les Palestiniens se battent ?
D’abord ceci : essayons de comprendre les uns et les autres. Vivre dans une zone en Israël où il faut craindre des roquettes est une expérience pour le moins angoissante et à terme insupportable. Vivre à Gaza, l’endroit le plus densément peuplé au monde, a toujours été difficile. Aujourd’hui, c’est probablement l’endroit le plus proche de l’enfer que l’on peut imaginer. Quand l’armée israélienne bombarde des maisons et des mosquées à Gaza, elle vise des militants islamistes, mais elle tue aussi des innocents, dont de nombreux enfants. Y a-t-il vraiment une raison valable à ces actes ? Si notre réponse à cette question est négative, nous devons aussi comprendre la colère des Palestiniens. Comme nous devons comprendre la colère des Israéliens qui ne veulent plus subir des attentats aveugles. Mais si nous pensons à l'inverse que l'attaque militaire des Israéliens est justifiée - avec notamment le risque calculé de commettre des massacres d' innocents - nous devons nous pencher sérieusement sur un des commandements fondateurs de la civilisation judéo-chrétienne : tu ne dois pas tuer. Y croyons-nous ? Ou avons-nous fondamentalement la même logique que les groupes du Hamas qui tuent indistinctement hommes, femmes et enfants au nom d'une cause qui serait "sacrée" ?

A Dieu-et-moi.com, nous sommes évidemment hostiles à tout ce que représente le Hamas comme religion et idéologie. Mais nous dénonçons aussi, cette fois-ci, les attaques militaires israéliennes à Gaza. Ce n'est pas en décimant des familles, en bombardant écoles, mosquées et marchés qu'on lutte  contre les attentats terroristes des islamistes. Il est à craindre que l'armée israélienne soit en train d'inspirer une nouvelle Intifada.
Vous l'aurez peut-être compris, Dieu-et-moi.com essaye d'avoir une approche "réaliste" pour comprendre le conflit israélo-palestinien. Notre analyse n'est pas religieuse, théologique ou même spirituelle (cela dit, nous ne voyons pas pourquoi notre Dieu cautionnerait cette violence folle au Proche-Orient...) Trop de croyants, dont des chrétiens, mais surtout des juifs et des musulmans, pensent que leur façon de lire des textes sacrés est la seule valable et qu’elle donne des droits juridiques sur des terres. C’est ainsi que l’on cultive le fanatisme qui empêche de voir la souffrance de l’autre. Il faut faire cesser la pluie de roquettes sur Israël, c'est une évidence. Il faut aussi faire cesser les opérations militaires israéliennes à Gaza parce qu’elles sont beaucoup trop violentes. Nous aimerions que cela aussi soit une évidence - morale - pour tous. 
Nous souhaitons que l’année 2009 soit celle où Dieu, qui est miséricorde et amour, tende son bras protecteur sur ces peuples au Proche-Orient qui ont trop souffert. Qu’Il fasse de nous tous des médiateurs de Sa paix. Nous sommes conscients que nous avons notre propre pierre à apporter à l'édifice de cette paix.
Nous ne pouvons que vous recommander de lire ce communiqué du Conseil d’Eglises chrétiennes en France signé le 2 janvier par Claude Baty, président de la Fédération protestante de France, Mgr André Vingt-Trois de la Conférence des évêques catholiques de France et le métropolite Emmanuel, président de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France.
Henrik Lindell
1. Lire Christianisme et croissance économique par Pierre de Lauzun, éd Parole et Silence, 2008, 17 euros.

Communiqué du Conseil d’Eglises chrétiennes en France

En ces jours où nous célébrons la naissance de Jésus en qui nous reconnaissons le Prince de la Paix, nous ressentons une grande tristesse devant les nouveaux affrontements qui affectent cruellement les populations appelées à vivre ensemble sur la terre où Il est né.

Nous affirmons notre solidarité avec les Eglises du Proche-Orient qui viennent ensemble de condamner la reprise du cycle de la violence entre Israéliens et Palestiniens à Gaza, en demandant « aux responsables des deux parties du conflit de revenir à la raison et d'empêcher tout acte de violence qui ne conduit qu'à la destruction et à la tragédie ».

Convaincus que cette guerre ne fait qu’exacerber la haine entre les communautés et rendre plus difficile le chemin vers une solution politique durable, nous nous associons à tous les appels au cessez-le-feu immédiat et encourageons les efforts diplomatiques auprès des forces politiques palestinienne et israélienne.

Comme nous l’avons déjà fait, nous soutenons les hommes et les femmes de paix : « Avec courage, ils préparent ensemble le seul avenir possible pour les peuples d'Israël et de Palestine, celui d'une paix fondée sur la justice, sur la reconnaissance de l'autre, sur le respect de la parole donnée, sur le refus de la violence. » (Appel du Cecef, le 23 janvier 2003)

Solidaires de leur engagement, spécialement dimanche prochain 4 janvier, « journée pour la justice et la paix en Terre sainte », demandons au Christ Sauveur, dont nous célébrons la venue parmi nous, de faire la grâce de la paix aux hommes, femmes et enfants de cette Terre dont nous portons la souffrance et l’espérance.

Les co-présidents et le Conseil d’Églises chrétiennes en France

Les photos ont été prises par, dans l'ordre : Denis Collette et Hapal. Elles proviennent de flickr.com Creative commons.

Cet article a été mis en ligne le 4 janvier 2009.