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Jésus. Le rabbin qui aimait les femmes est un bon livre d’histoire et de théologie qui a échappé à pratiquement tous les informateurs religieux français. Partageant avec aisance pour le grand public (mais pas seulement) ce que l’on sait de Jésus et de son époque, l’ancien moine bénédictin et consultant Didier Long a réussi l’exploit d’expliquer les termes du débat contemporain autour de la judaïcité de Jésus. Il met en avant ce qui pour lui est la plus importante originalité de Jésus et même le signe messianique distinctif : ses rapport libres et aimants avec les femmes, égales aux hommes. Interview.
Notre avis
Jésus. Le rabbin qui aimait les femmes. (1) Disons-le d’emblée : ce titre nous a surpris. Jésus, un rabbin ? « Aimait » -il les femmes avec tout ce que cela pourrait induire ? Pour nous, Jésus est fils de Dieu, Dieu, Lumière du monde, Sauveur, Roi des rois, Vérité, Chemin et Vie. Sa résurrection n’est pas une option ou un symbole, mais une vérité clé pour notre foi. Pour nous, Jésus vrai homme qui a vécu sur terre avec nous n’était pas seulement un « rabbin », ni un homme que l’on pourrait enfermer dans le judaïsme et encore moins un homme qui « aimait les femmes » au sens sexuel.
Or nous connaissons Didier Long et sa foi authentique en Jésus. Il a écrit plusieurs très bons livres à ce sujet, dont notamment Pourquoi nous sommes chrétiens (Le Cherche Midi, 2006). A la fois inquiets et curieux, nous avons donc lu ce livre sur le « rabbin ». Didier Long dit lui-même qu’il fait de l’histoire. En réalité, on y trouve beaucoup de bonne théologie aussi. Voici un chrétien qui sait partager de sa culture sans jamais tomber dans le vulgaire, ni dans l’identitaire. Résultat : c’est intéressant pour nous tous, que l’on soit théologiquement « libéral », « conservateur » ou simplement un chercheur de sens. Certaines idées - et certains faits ! - vont choquer des lecteurs chrétiens, notamment la proximité théologique entre Jésus et les pharisiens. De même, certains d'entre nous n'aimerons pas que Didier Long insiste sur un Jésus bien ancré dans les traditions culturelles - très populaires - de sa Galilée. Plus généralement, voici un Jésus situé dans le monde juif. Pour Long, les évangiles, sorte de midrash « chrétiens », sont surtout les résultats des traditions orales. Et puis on apprend l’importance – unique parmi les rabbins de l’époque - que Jésus accordait aux femmes. Libérées de toute impureté et d’infériorité, elles valent en effet autant que les hommes. D’où une grande partie du message proprement révolutionnaire du christianisme. Pour toutes ces raisons, ce livre est tout simplement excellent.
Dans l'interview qu'il nous a accordée, Didier Long explique nos liens avec les juifs et le judaïsme. Voila ce qui est central pour lui. Il le fait à sa manière et avec des propos et des interprétations qui ne sont pas forcément ceux de Dieu-et-moi.com. C'est particulièrement vrai pour son regard sur la lecture dite "fidéliste" des écritures. Mais nous pouvons être tous d'accord sur l'intérêt de découvrir les liens entre le Nouveau Testament et l’Ancien Testament. L’universalisme présent dans le christianisme, que l’on aime attribuer uniquement à Jésus (voire à Paul), était déjà là dans l’Ancien Testament. Didier Long revient aussi sur le rôle des femmes dans les débuts du christianisme. Pour mémoire, Marie, la mère de Jésus, et Marie-Madeleine, son amie, accompagnent notre Seigneur jusqu’à la croix. La plupart des hommes le trahissent. Et Marie-Madeleine est la première à le rencontrer après la résurrection. Et elle est une des premières à proclamer la Bonne Nouvelle. Sans ces femmes, on n’aurait probablement pas d’évangile du tout.
HL
1. Jésus. Le rabbin qui aimait les femmes. Bourin éditeur, 2008, 390 pages, 22 euros.

 Didier Long interviendra désormais sur ce site et il nous donnera des conseils en matière de développement. Catholique, ancien moine bénédictin à l’abbaye de la Pierre-Qui-Vire, il est aujourd’hui directeur d’un cabinet de conseil en stratégie Internet et essayiste. Pour voir son site personnel, cliquez ici. Marie et père de quatre enfants, cet homme de 42 ans est très ouvert au protestantisme. Il nous aide à comprendre plus particulièrement notre dépendance, en tant que chrétiens, d’Israël et de l’Ancien Testament.
Interview de Didier Long
Recueilli par Henrik Lindell
Comment le judaïsme pourrait-il nous éclairer sur les évangiles ?
Le christianisme, du côté catholique, est arrivé à une limite. Il a épuisé le modèle occidental, qui comprend la révélation juive à la lumière du stoïcisme. Il doit se renouveler et relire les évangiles. Pour cela, il faudra faire une anamnèse, retrouver notre mémoire. Il faudra passer par le judaïsme.
Quand on lit les évangiles, il y a deux excès à éviter. Le premier est la lecture fidéliste selon laquelle il suffirait de lire la Bible pour savoir ce que l’on doit faire en lecture immédiate. Ce qui pose problème ici est la relation d’immédiateté avec l’écriture impliquant une relation fusionnelle avec Dieu. On peut entendre la parole de Dieu mais on peut aussi entendre n’importe quel délire personnel ou collectif. C’est le risque de certains chrétiens. Le deuxième excès, c’est la lecture purement historique. Ainsi les évangiles deviennent un objet d’étude en archéologie. On s’y promène comme dans une réserve. Mais cette lecture-là ne changerait rien dans notre manière de voir l’existence aujourd’hui. Mais on ne répond jamais à la question : « Qu’est-ce que ça change pour moi aujourd’hui ? ». On trouve cette tendance-là dans la vogue des émissions d’histoire ou de pseudo histoire plus ou moins idéologique. C’est le risque des émissions de Mordillat et Prieur. Ils font défiler des experts très compétents (par exemple Daniel Marguerat) et ils ‘remixent’ pour leur faire dire que le christianisme a trahi ses origines. Il est très facile de montrer que christianisme, comme le marxisme d’ailleurs, a « trahi » son fondateur.
La question qui intéresse le croyant est d’un autre ordre : « Comment faire parler l’évangile aujourd’hui ? Comment lire l’évangile dans une civilisation très différente qui est la nôtre, une civilisation bouleversée par la mondialisation ? »
C’est là où nous avons besoin du judaïsme. Je m’explique. Les évangiles ne sont pas des ‘écritures’ figées. Quand on les reprend dans leur contexte, on découvre qu’ils sont des midrashim (de la racine darash en hébreu : 'chercher'), des mises par écrit de traditions orales qui remontent à Jésus, qui, lui, n’a rien écrit.
Jésus dit des paroles. Dès son vivant, elles sont répétées. Mais aussi interprétées. On est dans un processus de tradition, c'est-à-dire de réception et de réinterprétation permanente à la lumière d’une situation nouvelle : « Pour moi, j’ai reçu du Seigneur ce que je vous ai transmis » (1 Cor 11,23). » "Je vous rappelle, frères, l’Évangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu… et par lequel vous êtes sauvés si vous le retenez tel que je vous l’ai annoncé… Je vous ai transmis avant tout, comme je l’avais moi-même reçu, que Christ est mort pour nos péchés.... " (1 Cor 15,1-3). L’ « Evangile » dont parle Paul dans les années 50 n’est pas le texte des synoptiques ou de Jean (qu’il ne connaît pas et qui seront rédigés de manière finale entre 65 et 95) mais la Tradition vivante. Les paroles sont reçues par des communautés qui les transmettent à leur tour dans un enseignement de maître à disciples qui est celui du judaïsme. Le judaïsme a une conscience très forte de cette tradition léguée par les Pères. C’est ainsi qu’est réalisée l’expérience de la parole de Dieu ici et maintenant pour la communauté ou le disciple qui écoute et la met en pratique.
Prenons des exemples : la communauté de Matthieu, qui est chassée d’une synagogue produit un discours très dur par rapport à la Synagogue. Luc qui vit dans un contexte apaisé relit tout simplement l’évangile et les actes des apôtres comme l’épopée du rabbin Jésus, puis du rabbin Paul, dans la stricte continuité du judaïsme, etc… Jean, lui, vit dans une culture essentiellement grecque mais avec de fortes influences apocalyptiques juives, on est encore dans une manière différente de transmettre la Tradition.
Si on veut relire les évangiles aujourd’hui, on est donc obligé de les lire comme des traditions orales. Comme des viva vox evangelii comme disait Luther, la vive voix des évangiles. Ce n’est pas un écrit, mais une parole pour aujourd’hui et maintenant. Celui qui veut le faire est obligé d’entrer dans ce processus de réception et de transmission. Ce processus est typiquement juif. Il s’agit d’actualiser la Thora. Chacun de nous est invité à devenir une Thora vivante. Des apôtres parlent ensemble et font ainsi l’expérience du « feu de Sinaï », qui est le feu de la Thora et donc l’expérience de Dieu qui brûle dans nos cœurs.
Ces méthodes d’interprétation sont fondamentalement juives, talmudiques. C’est ce que ne comprennent pas les fondamentalistes. Il n’y a pas d’autre fondement que Dieu, que nous ne possédons pas, qui ne fait pas nombre avec les êtres de ce monde. C’est ce que veut dire Unique (ehad) qui a donné monothéisme. Comme le vent « nous entendons sa voix mais nous ne savons ni d’où il vient ni d’où il va » (Cf. Jn à Nicodème). La Tradition est donc une invitation au risque, à écouter un souffle fragile qui nous maintient dans une existence libre.
Comment aborder les différences, voire contradictions apparentes, entre les quatre évangiles ?
L’important c’est déjà de se rendre compte qu’il y a quatre histoires, donc au minimum 4 points de vue différents. Matthieu, Marc et Luc fonctionnent certes sur un schéma semblable. Ils ont la même chronologie qui va de la Galilée à la Judée et Jérusalem, sur environ un an. Mais l’évangile de Jean nous fait entrer dans un monde différent avec un cycle sur 4 années qui se déroule principalement en Judée. Les synoptiques (Matthieu, Marc et Luc) ont raconté qu’il y avait une Sainte Cène, un repas final. Chez Jean, on trouve le lavement des pieds. Cette deuxième lecture introduit donc une autre tradition orale. Il y a plusieurs traditions.
Enfin, on peut se rendre compte que les rédacteurs des évangiles citent abondamment d’autres textes de la Bible juive. Par exemple les Psaumes. L’évangile de Marc qui semble être le plus facile à comprendre commence par les 40 jours dans le désert, puis le Baptême avec une voix qui vient du ciel disant « Tu es mon fils, moi aujourd’hui, je t’ai engendré ». Pour mieux comprendre ce texte sur le baptême de Jésus, il faut donc lire les paroles dans le Psaume (Ps 2,7). On découvrira alors une sorte d’intronisation, une filiation royale entre un Dieu qui est Père « qui règne dans les cieux et s’amuse » de la folie des grands de la terre qui se liguent entre eux contre le Seigneur et son Messie, le vrai roi. Les midrashim évangéliques sont donc pétris de culture biblique, ils citent un morceau de psaume pour évoquer une idée connue de tous dans le contexte juif : le « joug du Royaume ».
Au fur et à mesure que je découvre ces contradictions , qui sont narratives, mais aussi cette profondeur de lecture des évangiles en lisant l’Ancien Testament et la tradition juive, je découvre que plus je lis, plus je vais descendre au fond d’une mine. On y trouve des pépites. On ne peut pas comprendre les évangiles sans accepter cette idée que la Bible explique la Bible. Les textes s’éclairent les uns les autres. La vie, ma vie, s’illumine de la certitude joyeuse d’être « fils de Dieu ». Chaque homme qui vient à moi peut devenir un visage du Messie. Je peux vivre dans la fraternité à cause de la paternité affectueuse de Dieu qui me permet de renoncer à l’illusion de la puissance : « Celui qui règne dans les cieux, s’en amuse… et il les tourne en dérision » dit le psaume. Et aussi travailler à la justice quotidienne qui hâte le retour du Messie.
Comment les juifs comprennent-ils Esaïe 53, où nous, chrétiens, lisons une prophétie qui se réalise à travers Jésus ? Et comment les chrétiens doivent-ils faire pour se nourrir de la tradition juive ?
Il faudrait leur demander directement… Tout ce qu’on reçoit du christianisme est pétri de traditions juives. Celui qui veut comprendre les évangiles et qui cherche à se rapprocher de la tradition juive va retrouver des tas de choses qui deviennent évidentes dans les évangiles. Un exemple : Marie assise au pied de Jésus, qui dit qu’elle a choisi la meilleure part… Le verbe « être assise au pied de » est le même verbe qu’'étudier', en l’occurrence la Thora. Paul se recommande d’avoir étudié la « Tradition de nos pères » aux pieds de Gamaliel, un grand maître de la période des Sages, petit-fils d’Hillel l’ancien dont l’école est à la base du judaïsme contemporain. Le fait de le savoir enrichit la lecture. Non seulement Jésus enseigne la Thora mais il l’enseigne à des femmes… ce qui est tout à fait singulier dans l’époque ! Si on veut rejoindre Jésus, il faut passer par le judaïsme. Jésus et né, a vécu et est mort sous le « joug de la Thora ».
Certes, il y a des points de désaccord avec les juifs. Le point le plus important est évidemment la réponse à la question : qui est Jésus ? Etait-il un simple maître, comme disent les juifs, fût-il un très grand maître ? Nous pensons qu’il était le Messie, l’envoyé de Dieu. Le fait de penser qu’il est Dieu est inacceptable pour les juifs.
Mais ces limites-là ne sont pas forcément si claires qu’on le pense. D’abord, que disons-nous quand nous parlons du Messie ?
Ensuite, nous vivons, nous aussi, dans l’attente du retour du Messie, la rédemption. Nous n’avons accès à Dieu qu’à travers la prière et l’écriture et le « sacrement du frère ». C’est un accès médiatisé, humain. Nous sommes dans un « déjà-là » qui est un « pas encore ». La position du chrétien n’est donc pas fondamentalement éloignée de celle du juif dans le rapport à Dieu. Ce qui change c’est la confiance dans l’enseignement de Jésus et de l’Eglise, mais un enseignement initial qui est proprement juif. Le fait que « aimer son prochain comme soi-même » résumait toute la Thora était déjà proclamé par le rabbin Hillel, avant Jésus. Le christianisme, comme je l’ai montré, est une forme de judaïsme apocalyptique qui a disparu de la tradition juive au 1er siècle après la destruction du second temple en 70. La reconnaissance d’un Messie juif n’entraînait pas un schisme dans ce monde. En 135, lors de la seconde révolte juive, une révolte proprement messianique, rabbi Akiba, un sage vénéré par la tradition juive, affirmait que Bar Kohba était le messie. Ce n’est pas pour cela qu’il a été chassé du judaïsme.
Quelle conscience avait Jésus d’être le Messie ?
Cette question renvoie à ces deux interrogations : Quelle conscience messianique Jésus avait-il lui-même ? Comment Jésus est-il compris par les synoptiques quelques trente ans après sa mort ?
A la première question, je dirais que Jésus a sans doute pris une conscience progressive très lente de son destin personnel, peut-être seulement sur la croix. Ce serait le sens du secret messianique qui est le leitmotiv de l’évangile de Marc : seul le centurion, un païen, reconnaît le Messie, sur la croix.
Jésus a-t-il eu la conviction d’être celui qui devait rassembler Israël ? Oui. Il établit une communauté de 12 apôtres sur le modèle des 12 tribus des origines de la nation Israël. Il y a une volonté évidente de réunir Israël, tout Israël sans exception.
A la deuxième question, en lisant les synoptiques, je dirais qu’il y a sans doute une prise de conscience chez lui, de l’ordre de la foi, d’un rôle très particulier à un moment troublé de l’histoire d’Israël.
Si vous rassemblez un catholique, un orthodoxe, un luthérien, un évangélique, un juif, un musulman, un athée et vous leur demandez de se mettre d’accord sur une conclusion, en faisant abstraction de tout ce qui relève de la foi, je suis sûr qu’ils pourraient partager ces deux faits.
Jésus voulait-il aller au-delà de la nation d’Israël ?
Non. Ses phrases sont très claires. Dans l’épisode de la syro-phénicienne, il dit qu’il n’est pas bon de donner le pain aux chiens. Les chiens, des animaux impurs, comme les porcs. Sa mission ne va donc pas au-delà d’Israël. Il dit aussi : « Je suis venu pour les brebis perdues de la maison d’Israël ». Mais, lisons Matthieu 5. Voici Jésus qui dit qu’il ne faut pas faire comme les païens qui ne saluent que leurs amis. Sous-entendu : les juifs saluent tous les hommes.
On pense aujourd’hui que Jésus venait d’un judaïsme rural, galiléen, assez fermé et strict, y compris par rapport à la sexualité et aux femmes. C’est une foi sans complication, populaire. Il y a, à mon avis, un ethnicisme lié au rassemblement d’Israël.
Mais d’où vient donc l’universalisme ?
Je reviens à l’Ancien Testament et aux Psaumes. Il existe déjà dans le Psaume 2 : « Je vais proclamer le décret du Seigneur ; il m’a dit : Tu es mon fils ! C’est moi qui t’ai engendré aujourd’hui. Demande-moi et je te donnerai les nations comme patrimoine, comme propriété les extrémités de la terre ; tu les briseras avec un sceptre de fer. Comme une poterie tu les mettras en pièces. Et maintenant, rois, ayez du bon sens ! Recevez l’instruction, juges de la terre ! Servez le Seigneur avec crainte, soyez dans l’allégresse en frissonnant. » (Ps 2.7-10)
Les rois dont il est question sont bien les rois des nations. Jésus devait rassembler Israël, qui devait rassembler les 12 tribus. Il pense que Dieu va ainsi rassembler toutes les nations de la terre. Mais il ne pense pas qu’il en est capable, lui. Il s’agit d’un universalisme juif. Pas d’un universalisme stoïcien.
Quel regard Jésus portait-il sur les femmes ?
Tout d’abord, il les a choisies pour ses plus proches disciples. Il leur enseigne la Thora, ce qui est un interdit fort de l’époque envers les femmes, a égalité avec les disciples hommes. Elles le suivent, non accompagnées, sur les routes de Galilée, ce qui est un scandale pour l’époque. Certaines l’assistent de leurs biens. Ces compagnes sont décrites, à la croix, comme celles qui l’ont suivi « depuis les jours de Galilée », c'est-à-dire comme les disciples fidèles qui l’ont suivi depuis le début de sa vie publique. A la croix, tous les hommes se sont enfuis, ne restent que les femmes. Et elles vont être les seules à comprendre : elles ont l’intuition de son ensevelissement et oignent son corps de parfum à Béthanie, avant la passion. Elles sont les disciples au tombeau et portent l’annonce aux hommes qui ne les croient pas.
L’étonnante relation pleine de respect et de tendresse avec elles dépassait la simple amitié, il s’agit d’un lien charnel avec ces femmes guéries dans leur corps.
Il vit une intimité fusionnelle ambiguë et assumée avec leur leader, Marie de Magdala, guérie de 7 démons, c'est-à-dire la plénitude du péché dans le langage biblique, jusqu’à la méprise du « noli tangere, lâche-moi ! » au Tombeau qui montre un rapport très spécial avec elle.
Et le souvenir de cette tradition est tellement fort, tellement évident, encore vers 85, soit 45 ans après la mort du maître de Nazareth, au moment où Luc met par écrit l’évangile de tradition paulinienne que constitue le dyptique Luc-Actes, qu’il ne peut se passer de mentionner la présence des femmes et le leadership de Marie de Magdala dont le nom est toujours cité en premier dans des listes de prénoms de femmes, dont certaines sont sans doute décédées depuis plusieurs décennies.
On peut poser l'hypothèse que la tradition concernant Marie, la mère de Jésus, qui apparaît dans le passage des Actes décrivant le groupe des apôtres, commence à cristalliser celle des femmes disciples. Certainement en concurrence avec celle de Marie de Magdala, mais de manière moins scandaleuse.
Mais on est à peu prés sûr que le rabbi Jésus vivait un célibat et une continence stricts comme celle décrite par les esséniens de Qoumrân, ce qui n’est pas rare dans l’époque. Aqiba est célibataire pendant 40 ans ( !) pour étudier la Thora. L’enseignement aux femmes voulait sans doute rien moins que signifier le renouvellement de la fidélité de tout Israël à la Thora en commençant par la relation entre le masculin et le féminin. L’homme est la femme sont Un comme aux origines, ils forment « une seule chair » comme Dieu est UN, ehad.
C’est ainsi que le féminin juif va devenir le marqueur de la civilisation occidentale, qu’on peut à juste titre qualifier de judéo-chrétienne.
Cet article a été mis en ligne le 27 mars 2009.
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