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Patrice de Plunkett : "Je comprends les convertis" PDF Imprimer Envoyer
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Patrice de Plunkett : "Je comprends les convertis"
Page 2
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Sample ImageLe journaliste et essayiste Patrice de Plunkett a écrit Les évangéliques à la conquête du monde. Précis et pertinent, il permet de comprendre le succès des Eglises évangéliques à travers le monde, y compris en France. Dans cette (très) longue interview, ce catholique chaleureux et engagé développe son regard sur ses « frères séparés » évangéliques. Il évoque aussi la société médiatique, sa propre Eglise catholique et la nécessaire évangélisation.

Présentation du livre et entretien.

 

Pour passer directement à l'interview, cliquez ici. Sinon lisez notre longue introduction subjective.

Un livre utile

Faut-il avoir peur des livres sur les évangéliques ? Quand on est évangélique – et c’est le cas du fondateur de ce site - c’est hélas une question adéquate. Avouons que le titre du livre de Patrice de Plunkett - Les évangéliques à la conquête du monde (Perrin, 312 pages, 19,8 euros) - nous inspirait les pires craintes. Trop d’auteurs, totalement incultes, nous réduisent au mieux à des gens un peu simplets, au pire à un groupe de cinglés potentiellement dangereux. Certains de ces auteurs se revendiquent catholiques, comme de Plunkett. D’autres auteurs, mieux informés, préfèrent concentrer leurs tirs malveillants sur un certain type évangélique : le charismatique. C’est une activité prisée par certains protestants, y compris des évangéliques dits « traditionnels », apparemment en manque de reconnaissance.
Sample ImageAlors, on avait peur de ce livre. Peur que l’auteur n’ait pas lu les ouvrages de référence de Sébastien Fath, historien et chercheur au CNRS, lui-même issu de l’évangélisme à la française. Peur qu’il ne fasse pas l’effort de comprendre avant de juger, comme trop d’informateurs religieux, même dans les grands quotidiens. Certes, les temps changent. A force de lire Fath et d’autres auteurs sérieux, les observateurs du fait religieux en France apprennent lentement à corriger leurs erreurs. La presse généraliste, à l’exception notable de l’AFP, sait maintenant dire « évangélique » au lieu d’ « évangéliste ». C’est un progrès. A la télé, y compris sur France 2 (l’auteur de ces lignes en sait quelque chose), on nous prend parfois pour des chrétiens normaux, voire des gens bien. Notre façon de louer Dieu, qui est parfois expressive et même exubérante, n’est plus systématiquement méprisée. Il n’a pas échappé à certains journalistes curieux que nous, évangéliques, croyons vraiment en Jésus et que nous lisons vraiment la Bible. En cette époque où l’on perd des repères religieux et où la recherche d’identité est très forte, cette authenticité peut positivement impressionner certains. Surtout les non croyants, d’ailleurs, s’ils n’ont pas trop de préjugés.
Mais Patrice de Plunkett, que l’on connaissait surtout pour sa défense ardente de la foi catholique qu’il développe sur son excellent blog, était-il en mesure de comprendre les évangéliques ? Pouvait-il, et voulait-il, dépasser les caricatures ?


Oui, c’est fait. Ce livre est tout simplement bon. Nous avouons volontiers l’avoir lu plusieurs fois, tel un « pharisien », à la recherche d’erreurs. Nous en avons parlé à d’autres évangéliques, dont des pasteurs et des théologiens. Nous n’avons pas trouvé d’erreurs factuelles notables. Et nous ne connaissons personne capable de relever des inexactitudes précises et importantes dans ce livre. Bien sûr, on peut toujours discuter de certaines appréciations, certains choix (pourquoi parler d'une telle Eglise, de tel pasteur, plutôt que l'autre ? etc.), certaines expressions dont notamment le titre du livre qui nous semble effectivement déplacé. L'auteur évangélique de ces lignes n'a aucune volonté de conquérir le monde. Mais franchement, nous avons appris plein de choses, notamment sur l’histoire des évangéliques … en France. 
En 300 pages remplies de faits et de détails vérifiables et pertinents, l’auteur nous fait d’abord revisiter l’Histoire depuis la Réforme, pour ensuite aborder le présent. Il nous amène en Amérique à la recherche de différentes vagues de réveil pentecôtiste et il nous décrit, avec efficacité, la croissance spectaculaire des Eglises évangéliques à travers le monde. Pour lui, cette croissance est durable. Ses sources sont généralement écrites, mais il a aussi des expériences personnelles. A titre d’exemple, il a assisté à des cultes évangéliques en Corée du Sud, le pays qui produit actuellement le plus de missionnaires protestants au monde.
Plus de la moitié du livre est consacrée aux évangéliques en France. Patrice de Plunkett a passé un an à fréquenter différentes assemblées. Il a interviewé des convertis et des pasteurs. Il a lu leur littérature, écouté leur musique, navigué sur leurs sites Internet (dont l’incontournable Top chrétien, bien sûr, mais aussi Dieu-et-moi.com auquel de Plunkett a consacré deux pages pertinentes (pages 262-63) !). C’est un scanner relativement précis (en ce domaine tout est relatif) du petit monde évangélique français. On apprécie particulièrement les efforts de l’auteur de décrire les différences qu’il découvre. De Plunkett connaît et est capable de commenter le style austère des Eglises libristes, les louanges pentecôtistes, les prédications socialement engagées dans des temples baptistes et la théologie de la prospérité de l’Eglise Charisma (à juste titre dénoncée pour cette raison-là). L’auteur juge rarement ce qu’il voit, sauf les groupes évangéliques réellement existants qui accordent plus d’importance à la magie qu’à la Bible. Parfois, il compare l'évangélisme aux pratiques et à la théologie de sa propre Eglise catholique. Cette dernière est explicitement critiquée pour ne pas s’intéresser suffisamment à l’évangélisation.

Eglise catholique "déspiritualisée" ?

Une des thèses préférées de de Plunkett consiste à lier l’agonie de trop de paroisses françaises catholiques à la « déspiritualisation » et à la « théologie de l’enfouissement » qui auraient été organisées par des catholiques progressistes dans les années 70 et 80. Ces progressistes auraient cessé de parler de Dieu et transformé les messes en cérémonies laides et ennuyeuses. Les paroisses, elles, sont rarement des vraies communautés spirituelles. C’est pour cette raison que tant de catholiques auraient tourné le dos à leur Eglise et que certains seraient devenus évangéliques. Dans les Eglises évangéliques, on parle en effet essentiellement de Dieu, on étudie la parole de Dieu, on prie énormément et on cultive le sens de la communauté… Mais le fait-on suffisamment dans l’Eglise catholique de France ? C’est une vaste question très passionnelle et très importante que ce livre soulève mais que nous préférons laisser aux catholiques. En commentant le livre, une journaliste au journal La Croix a réagi exactement de la façon épidermique genre « gardien du temple » qui caractérise tous ces catholiques qui ne vivent plus avec leur temps et qui ne comprennent rien aux évangéliques, ni à la psychologie des convertis. Et voici de Plunkett accusé de vouloir donner raison à ces méchants évangéliques ! Lui le super catholique, le meilleur avocat de Benoît XVI en France. C'est un comble. Il vaut mieux en rire que d’en pleurer.

Par contre, nous nous interrogeons sur la façon dont de Plunkett aborde la théologie de la libération en Amérique latine. D'après lui, cette théologie, qui vise à changer les conditions de vie des gens, venait des universités européennes et elle aurait persuadé le clergé latino-américain de "dissourdre le spirituel dans le sociopolitique". Pour de Plunkett, le résultat est un dessèchement spirituel. Les Eglises évangéliques, particulièrement dynamiques en Amérique latine, auraient en quelque sorte rempli le vide ainsi laissé par l'Eglise catholique. Nous avons passé suffisamment de temps au Brésil, dans le Nordeste et dans le Rio Grande du Sud, pour affirmer que cette théorie mérite d'être affinée et un peu mieux argumentée (*Lire les prècisions de de Plunkett en bas de page). Nous avons trop prié avec des prêtres brésiliens en lutte contre la pauvreté pour faire d'eux des agents du "dessèchement spirituel". Bien des Eglises évangéliques sont elles-mêmes inspirées par la théologie de la libération en question, qui est bien plus spirituelle qu'on ne le dit. Elle est également moins "marxisante" qu'on ne le dit. Ceux qui ont des doutes peuvent interroger un des principaux théoriciens en la matière : le père péruvien Gustavo Gutiérrez. Ce religieux dominicain vit à Lyon et il suffit de lui téléphoner. Mais surtout, cette Eglise catholique qui résiste à la théologie de la libération en Amérique latine est encore plus moribonde que celle des catholiques de gauche en France ! Le déclin de l'Eglise catholique au Brésil, notamment, n'est pas lié à la théologie de la libération. Celle-ci a permis à l'Eglise de rester populaire. Certes, des prêtres se revendiquant de la théologie de la libération ont clairement négligé la dimension spirituelle. D'autres ont prône la violence. Ceux-là ont causé du tort à leur Eglise. Mais ce sont des exceptions, pas la règle. L'affreux exemple donné par Mgr José Cardoso Sobrinho, archevêque métropolitain de Olinda et Recife au Brésil, qui avait été nommé par Jean-Paul II pour contrer l'héritage de dom Helder Camara - le chef de fil des théologiens de la libération - vient de faire sa demande de partir à la retraite à 76 ans. Une demande acceptée par Benoît XVI. Sobrinho s'est notamment illustré en mars 2009 en excommuniant la mère qui avait demandé une IVG pour sa fille de neuf ans violée par son beau-père. Le successeur de ce très mauvais prélat serait un "partisan" de la théologie de la libération. Il a été nommé par Benoît XVI... D'après nous, les responsables de l'Eglise catholique ont tout simplement fait des erreurs graves en combattant cette bonne théologie chrétienne dans les années 70 et 80. Heureusement, ils se sont en partie rendus compte de leurs erreurs. Jean Paul II a déclaré dès 1986 que la théologie de la libération était nécessaire. Il était temps.

Mais tout cela nous éloigne du sujet du livre...


Aux questions traditionnelles « les évangéliques sont-ils dangereux ? » et « les évangéliques sont-ils intolérants ? », de Plunkett répond oui quand c’est justifié. Les évangéliques gagneraient à comprendre ses arguments. Mais on retient surtout sa façon de rassurer les lecteurs qui seraient éventuellement inquiets et son regard globalement « positif » sur les évangéliques. Il cherche aussi à démontrer que les différentes théologies évangéliques protestantes sont parfois contradictoires : la religion de Calvin était trop cérébrale ; certains pentecôtismes sont devenus trop émotionnels. Il serait difficile de le contredire sur ce point. C’est donc somme toute un livre utile, y compris pour des évangéliques.
L'ouvrage a été plutôt bien reçu dans les milieux évangéliques, du moins si on en juge par les réactions officielles. Top chrétien a interviewé l’auteur et en a fait implicitement la promotion. Idem pour le Comité protestant évangélique pour la dignité humaine. Le bulletin mensuel de l’Alliance évangélique française Idéa lui a consacré un article très positif dans son édition de juin 2009. Un extrait : « On appréciera au fil des pages les analyses de l’auteur, les rectificatifs qu’il opère par rapport à certains clichés et les hypothèses qu’il peut formuler ici ou là, tant concernant, par exemple, l’apparition de telle dénomination ou le succès des communautés évangéliques. »
Mais qu’est-ce qui a amené le catholique Patrice de Plunkett à se plonger dans le monde évangélique ? D’où vient-il au juste ? Quelle est sa foi ? Que pense-t-il de l’évangélisation dans nos Eglises ?
Un portrait dans wikipédia donne des éléments de réponse. Son blog permet de mesurer la richesse de sa culture catholique. Mais nous avions envie d’en savoir bien plus.
D’où cette interview.

H.L.

* Précision de Patrice de Plunkett 

Merci de ce dialogue et des appréciations que vous avez bien voulu porter sur mon enquête. Juste un point à préciser : je suis totalement partisan d'une théologie de la libération allant jusqu'à au changement politique radical ! Et loin de moi l'idée de critiquer les prêtres brésiliens qui luttent aux côtés des paysans sans terre ! Simplement je suis dans le sillage de Mgr Romero quand il disait n'avoir besoin "que de l'Evangile, non du Che ou de Fidel", pour se battre aux côtés des pauvres contre l'oppression économique et sociale. Un certain christo-marxisme des années 1970-1980 desséchait spirituellement ses militants, mais une vraie théologie de la libération est souhaitable d'urgence en 2009.

PdP

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