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Qu’est-ce que la louange dans l’église ? Comment l’améliorer ? Comment aller au-delà de la « pop-louange » à l'américaine dans nos Eglises ? Des questions cruciales auxquelles répond le pasteur Jean-Luc Gadreau. Artiste de renommée sur la scène chrétienne en France, futur responsable d’un centre de formation évangélique pour les arts, il explique ici sa vision des choses avec franchise et avec cette humilité qui le caractérise. Interview d’un homme de foi et portrait d’un ami. Vous y trouverez aussi la discographie.
Quand on est chrétien évangélique, on parle souvent de « la louange ». Que signifie ce mot ?
Il peut vouloir dire plusieurs choses. Dans la tradition évangélique et dans le langage courant, la louange est un temps particulier mélangeant chants et prières. C’est un moment de liberté. Et les chants sont aujourd’hui souvent de style contemporain. La musique faite pour accompagner ces temps-là relève aussi de la louange, bien entendu. Actuellement, le style le plus utilisé est la musique pop. Certains parlent de « pop-louange ». Mais à vrai dire, il n’y a pas de style de musique qui doit impérativement être associé à la louange. Ce sont des chants qui permettent d’accompagner des temps de prières et d’adoration dans le culte.
Or la louange, au sens plus général, dépasse le cadre du culte, non ?
Bien sûr. Pour moi, la louange est un style de vie. C’est une façon d’être avec Dieu. Dans la Bible, il est écrit : « Faites tout pour la gloire de Dieu. » C’est magnifique ! Mais cela peut aussi faire peur, impressionner. Comment rendre gloire à Dieu tout le temps dans la vie ? Comment être dans une relation personnelle avec Dieu, considérer sa vie comme étant offerte à Lui et dans tout ce que l’on est et dans tout ce que l’on fait ? Moi, j’essaie de louer Dieu et de le glorifier dans mes actes et dans ce que je suis d’une certaine façon.
Tu es charismatique. Voici une question qui peut paraître stupide mais que beaucoup de personnes se posent : faut-il être charismatique pour bien « entrer » dans la louange ?
Je n’espère pas ! Et franchement, je ne le crois pas. Dans les mouvements charismatiques, on a mis un accent beaucoup plus fort que dans les autres Eglises sur la louange dans le temps du culte et dans la vie de l’Eglise. Les Eglises charismatiques ont souvent des soirées louange ou même des « concerts de louange ». Mais, Dieu merci, la louange n’est pas réservée aux Eglises charismatiques.
Des gens de l’extérieur peuvent voir dans la louange une certaine beauté, une certaine authenticité en fonction de critères esthétiques. Mais, pour un chrétien, qu’est-ce qu’une « bonne louange » lors d’un culte ?
C’est quand la louange est authentique. Je suis moi-même musicien. La qualité instrumentale, technique, peut avoir son importance. Chercher le beau et le bon dans tout ce que je fais doit être une exigence. On doit essayer de faire bien. Une bonne louange, pour moi, c’est donc se tourner vers Dieu avec une recherche de beauté et de sens. Je milite pour qu’on redonne du sens à ce que l’on fait, dans la louange et dans le culte en général.
Peux-tu être plus précis ?
Certains chants de louange n’ont pas de profondeur ni même une base théologique solide parfois. Sous le couvert de la conduite du Saint Esprit, on peut faire n’importe quoi. Pour moi, tout doit avoir un sens. Mais la valeur principale est celle de l’authenticité. Autrement dit, un temps de louange peut honorer Dieu et être vraiment beau même si les gens ne chantent pas « bien » et même si la guitare n’est pas parfaitement accordée. Mais il faut dans la mesure du possible rechercher le beau et la qualité.
Musicien, compositeur, pasteur, tu n’hésites pas à t’aventurer dans des styles très différents. Pourquoi ?
J’aime la variété, la polyvalence, la différence. J’aime évoluer. C’est mon caractère. Je peux me régaler avec de la musique classique, puis écouter un album de heavy metal. Tout style de musique, tout art, peut me parler. Quand j’étais jeune, je jouais dans plusieurs groupes de rock. Ensuite, avec mon épouse Nadiège, juste avant de rentrer dans le ministère pastoral, je me suis retrouvé très impliqué dans la vie de l’église. Naturellement, je me suis donc orienté beaucoup plus vers la louange en tant que musicien. Nadiège et moi avons consacré beaucoup de temps à l’animation de la louange, nous avons enregistré des disques et animé des séminaires sur le sujet. Depuis peu de temps, je me suis tourné aussi vers le slam, par amour des textes.
Ton album de slam relève-t-il de la louange ?
Il pourrait. Rien n’est définitivement louange, mais tout peut l’être. Louer Dieu, c’est lui parler, dire du bien de lui. Je trouve profondément triste de voir comment l’étiquetage des choses peut être fait. Ainsi, 90% des productions chrétiennes musicales sont étiquetées « louange ». On fait des albums « de louange ». Je trouve qu’il est dommage de se cantonner à ça. Car on peut être chrétien, jouer de la musique et faire autre chose que de la louange. Et en faisant d’autres choses, on peut aussi louer Dieu ! Le slam peut devenir louange. Il m’arrive régulièrement de mêler dans un temps de louange des textes slamés, sans ou avec musique. Il m’arrive par ailleurs de slamer des psaumes ou d’autres textes de la Bible.
Hillsong, Michael W. Smith, Ron Kenoly... ce sont des stars de la pop-louange anglo-saxonne. En tant qu’artiste français qui n’a pas peur d’essayer des choses plus originales, quel est ton regard sur ce phénomène ?
Je peux comprendre que le phénomène de « stars » dans le monde chrétien puisse gêner certains chrétiens. Mais il me semble inévitable. Puis il faut savoir qui sont vraiment les personnes dont on parle. Prenons l’exemple de Michael W. Smith que je suis depuis plus de 20 ans. Son histoire est emblématique. Il a commencé comme pianiste, pour la chanteuse Amy Grant entre autre, dans les années 80. Puis il a fait une carrière solo comme chanteur et musicien. Au début, il ne faisait pas du tout de la musique dite « de louange ». C’était du pop rock américain. Puis, il y a quelques années, il s’est spécialisé dans la musique de louange et des grandes célébrations. Personnellement je dois avouer que j’ai un problème avec ce genre d’appellation « concerts de louange ». Le concert est une prestation pour un public. La louange est destinée à Dieu. Ce n’est pas pareil. C’est pourquoi je préfère parler de célébration. Mais j’aime beaucoup Michael W. Smith. Je sais qu’il est quelqu’un de bien humainement, très simple. Dans ses concerts, il arrive à faire en sorte que le public se tourne vraiment vers Dieu plus que vers sa propre personne. Cela me semble donc positif.
En France, il n’y a guère de stars dans la musique dite de louange. Est-ce parce qu’on n’a pas de bons artistes ou parce qu’on ne veut pas de stars ?
En tout cas, ce n’est pas un problème technique ou artistique ! Nous avons des musiciens fabuleux en France. Idem pour les chanteurs. Ils sont à la hauteur des Américains. La vraie différence est celle des moyens qui y sont mis. Une production française moyenne n’a rien à voir avec une production normale américaine. Ils ont beaucoup plus de moyens que nous. Ce qui leur permet, dans l’absolu, de vendre plus de disques que nous. En France, il faut aussi savoir que le marché est tout petit. Et en plus, il y a hélas parfois un effet « chacun pour soi ». Aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, on travaille davantage ensemble me semble-t-il. Autre problème : les productions de louange sont trop ressemblantes les unes les autres. Il faut innover d’avantage mais la difficulté ce sont alors les moyens financiers dans ces cas là. Si tu cherches de l’argent pour faire un album de slam « chrétien », tu auras beaucoup plus de mal. Je sais de quoi je parle.
Les Fédérations d’Eglises, s’engagent-elles pour la musique de louange ?
Elles pourraient faire sans doute plus et plus globalement au niveau du soutien des artistes. Il y aurait beaucoup à gagner pour l’Eglise et l’avancement du Royaume de Dieu.
Actuellement, tu travailles sur le projet d’un centre de formation artistique financé en partie par ta fédération. Peux-tu nous en dire plus ?
Au sein de la Fédération des Eglises baptistes, nous sommes en train de monter une école. Par rapport à la question précédente, tu vois justement, il y a des points positifs ! Le sigle, c’est l’EBCAM, c'est-à-dire Ecole baptiste de communication, des arts et de multimédia. Avec Nadiège nous travaillons à sa création. Le projet a été proposé par David Razzano, responsable du Département Evangélisation au sein de la Fédération baptiste, à partir d’une initiative italienne. Dans nos Eglises, beaucoup de personnes ont du potentiel, mais elles ont souvent besoin de se perfectionner. Ils veulent servir dans l’évangélisation, des projets artistiques et la louange. L’école leur proposera plusieurs modules : conduite de la louange, chant, travail instrumental, expression corporelle, sonorisation, technique de multimédia, projection, prise de parole en public, etc. Nous fonctionnerons sur le principe de week-ends de formation.
Autre projet que tu mènes actuellement : écriture de textes pour les chants. Comment procèdes-tu ?
Depuis quelques temps, je travaille sur commande dans une équipe avec le musicien John Featherstone. Nous créons des chants de louange qui puissent être utilisés dans les églises et dans tous les registres. Nous nous sommes rendus compte que beaucoup de chants de louange parlent toujours des mêmes choses. Il y a peu de diversité. Nous essayons donc, avec John, d’identifier tous les domaines du culte. On écrit ensuite des chants pour chacun de ces domaines. Je viens d’écrire un texte pour la Sainte Cène et un autre qui prédispose à écouter l’Esprit de Dieu avant la prédication par exemple.
Penses-tu qu’il faut aussi intégrer davantage le corporel dans les cultes, alors que cet aspect peut aussi troubler certains chrétiens ?
Clairement oui. Il faut essayer de se libérer de cette emprise culturelle, traditionnelle et occidentale par rapport au corps. Le fait d’arriver à être plus à l’aise physiquement, c’est se libérer de quelque chose. Les Africains et les orientaux ont des choses à nous apprendre en ce domaine. En même temps, n’oublions pas un élément fondamental lié à l’authenticité : le respect des autres. En communauté, il faut se respecter et se soutenir.
Recueilli par Henrik Lindell
Jean-Luc Gadreau en quelques mots
Jean-Luc Gadreau est pasteur baptiste à Poitiers. Né en 1966, il est marié à Nadiège. Ils ont une fille. Il a exercé le ministère pastoral tout d’abord à Royan puis à l’Eglise du Point du Jour à Boulogne, près de Paris. Il mène des activités artistiques diverses (musique, graphisme, photo...) et il intervient souvent dans différents médias écrits ou audiovisuels. Il est rédacteur-en-chef de la revue Horizons évangéliques.
Pour ce qui est de la musique, Jean-Luc joue du saxophone, de la guitare. Et il chante. Dans les années 80, il a commencé au sein du groupe chrétien Image (devenu Nouvelle Adresse). Puis, avec ses plus proches amis (Thierry Zamord & Nicolas Desmarest) et son épouse Nadiège, il a fondé le groupe Label 7. Quelques années plus tard, toujours avec Nadiège, chanteuse et danseuse, il a produit plusieurs albums pour enfants ou de louange sous le nom de Lukénade. Et il a enregistré deux albums avec Label 7.
Fin 2008, il a sorti l’album Slam pour l'éternité. Comme son nom l’indique, c’est du slam chrétien. Un album unique né d'une rencontre avec le poète Arnaud de Mareuil et le musicien franco-chilien Diego Baëza.
La musique qu’on aime
Des albums que nous connaissons de Jean-Luc, nous retenons en particulier le dernier : Slam pour l’éternité. Une belle musique accompagne des textes magnifiques « lus » (ou chantés) avec intensité, mais sans trop d’émotivité. C’est de la musique chrétienne à écouter tranquillement chez soi, ou en voiture, avec attention. C’est un album qui exige du temps pour être bien compris. Au retour, vous entendrez un message profondément spirituel fondé sur la Bible, la tradition chrétienne et la subjectivité de l’auteur (Arnaud de Mareuïl).
L’autre album que nous aimons vraiment beaucoup est Pour tout recommencer du groupe Label 7. Jean-Luc chante et joue certains instruments. Enregistré en 2005, toujours trouvable dans les librairies chrétiens, c’est un des meilleurs albums de rock « chrétien » français que nous connaissons. Mais attention, ce n’est pas du pop-louange classique à l’américaine. C’est du vrai rock avec, en prime, des textes de qualité. Certains chansons sont bibliques (par exemple La Cité des Anges, tiré d’Esaïe, et à cent à l’heure). D’autres viennent de la vie réelle et ont un fort composant de réalisme social. Ils parlent des exclus, des prostituées des pays de l’Est, des gens qui cherchent à vivre alors que la vie est difficile. C’est de la musique « engagée », dénonçant des situations sociales indignes, mais une musique qui appelle à la conversion au Christ. On adore. Et ce qui est plus remarquable : nos enfants qui ont 13,11 et 5 ans adorent aussi. Si vous n’avez pas ce disque, vous avez raté quelque chose de grand.
Discographie
Label 7
- Label 7 (1989)
- De toujours à toujours (1991)
- Live (1992)
- Pour tout recommencer (2006)
Pour enfants
- Bonjour la vie (1992)
- Il était une fois... (1992)
- Les alevins (1996)
Lukenade
- Je viens t'adorer (1995)
- Célébration au Phare (1996)
- Tu es merveilleux (1998)
- Maranatha (2000)
- 1995-2006 Le meilleur (2007)
Solo
- Slam pour l'éternité (2008)
Liens
http://www.myspace.com/jeanlucgadreau
http://www.horizons-evangeliques.fr/
Clips
http://www.youtube.com/user/lukenade
Interview JL Gadreau dans émission tv Ze Mag : http://www.dailymotion.com/video/x8m2d9_ze-mag-avec-derek-prince-ministries_webcam
Pour lire les autres articles consacrés à la louange sur ce site :
Qu'est-ce que la louange ? Un article de HL sur certains fondements bibliques et des aspects pratiques.
et
Pourquoi et comment louer Dieu ? Un enseignement et des conseils du pasteur David Boydell.
Cet article a été mis en ligne le 29 septembre 2009.
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