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Le pasteur évangélique Carlos Payan, fondateur de l’association Paris Tout Est Possible, ne laisse personne indifférent. Ses prédications sur la guérison sont très appréciées dans divers milieux chrétiens. Drôle, provocateur, simple et droit, il contribue à populariser cette affirmation biblique selon laquelle nous pouvons rechercher et obtenir la guérison grâce à Jésus mort sur la croix. Ce n’est pas de la magie, mais c’est Dieu qui agit, comme il l’explique dans son livre d’entretien réalisé avec Paul Ohlott : La guérison divine au 21ème siècle. Vos doutes, mes certitudes. Dans ce long entretien, Carlos Payan parle de cette guérison, de son Dieu, du souci des autres, de lui-même, de sa vie. Interview.
Carlos Payan, un pasteur qui prêche dans l'unité pour la guérison
Pas évident de parler de guérison dans une société où l’on a appris à associer le surnaturel à l’ésotérisme ou à la psychopathologie. Jésus ne cessait de guérir les âmes et les corps. Et il peut toujours nous guérir. C'est un fait. Tel est l’enseignement de Carlos Payan et le sens de son ministère de guérison, si populaire. Quand il donne une conférence sur la guérison, des milliers de personnes se bousculent pour l’entendre. Parce qu’il parle bien. Il est simple et direct. Et parfois très drôle. Et il prie pour les malades.
Rien ne le prédestinait à ce ministère, si ce n'est Dieu lui-même. Ce fils d'ouvrier, ancien militant de gauche, converti évangélique, a "nettoyé les WC des autres", comme il dit, pendant 15 ans de sa vie. Agent de ménage et pasteur "autodidacte" à Mâcon, issu d'une Eglise de Frères (évangélique très bibliciste), il a soudainement eu une révélation il y a sept ans quand il suivait une conférence à Lausanne. Sa vocation de prier pour les malades et de demander la guérison est née ainsi. "Monté à Paris", dans le cadre d'une promotion professionnelle (il est fonctionnaire), il a fondé Paris Tout Est Possible, une association interconfessionnelle spécialisée dans le ministère de la guérison. Carlos Payan et son équipe forme des "équipiers de prière", des chrétiens convertis qui viennent prier pour ceux qui le souhaitent. Comment concrètement son ministère fonctionne-t-il ? Qu'a-t-il de si particulier ? Pour comprendre, regardez cette prédication, très émouvante, faite dans une église à Sarcelles en janvier 2009.
Il écrit aussi des livres. Le premier, Unité, Onction, Guérison (éd Première Partie, 190 pages, 15 euros, 2008), s’est vendu à plus de 10 000 exemplaires. C'est un livre qui évoque la vie de l'auteur, sa démarche, de nombreux témoignages. Dans un article consacré au dialogue entre évangéliques et catholiques il y a un an, nous avons abordé cet ouvrage en insistant sur l'une des priorités de Paris Tout Est Possible : l'Unité. Le deuxième est un livre d’entretien avec notre confrère évangélique Paul Ohlott avec la collaboration du catholique Pierre de la Chapelle : La guérison divine au 21ème . Vos doutes, mes certitudes. (Editions Première Partie, 128 pages, 10euros.) Sorti cet été 2009, ce livre devrait facilement atteindre le même nombre de lecteurs que le premier. Le journaliste de Topchretien.com et de Ze Mag lui pose des questions pertinentes, parfois provocatrices, et adéquates. Certaines sont de la catégorie "questions-que-personne-n'ose-poser" : "Dieu guérit-il exclusivement les chrétiens ?", "Le fait de réciter des versets bibliques (...) n'est-ce pas une forme de chamanisme chrétien ?", "Dieu promet-il la guérison à ceux qui se tournent vers lui ?", "L'abus du spirituel peut-il nuire à la santé ?" On vous laisse découvrir les réponses, qui ne manquent pas de sel. Vous y trouverez aussi de nombreux témoignages, notamment de médecins.
Nous avons beaucoup aimé ces deux ouvrages, car ils répondent à des questions fondamentales, résumées dans les titres respectifs, mais que beaucoup d'Eglises et beaucoup de chrétiens ont décidé de négliger, les confiant exclusivement aux sciences humaines, à la médecine ou à la pensée politiquement correcte du moment. "L'Eglise doit apporter la guérison", dit Carlos Payan (dans La guérison divine..., page 53). Cette idée clé peut paraître choquante, vulgaire, dangereuse pour certains qui craignent des "dérives". Ceux-là oublient seulement que Carlos Payan, contrairement à des "guérisseurs" autoproclamés, s'appuie à la fois sur la Bible, notamment les évangiles et le livre des Actes, sur la pratique radicale des premières communautés chrétiennes et, dans une certaine mesure, sur la tradition chrétienne de la vraie Eglise indivise qui a environ 2000 ans. Ce sont trois raisons chrétiennes de lui faire confiance. Carlos Payan est le premier à rejeter la magie et la superstition. Il est dans la foi en Christ, qui est Seigneur.
Tel un apôtre dans le livre des Actes, Carlos Payan veut travailler dans l’unité et pour l’unité des chrétiens. Autour de lui, on trouve autant de protestants que de catholiques. Et des non croyants qui se convertissent. Il lui arrive souvent de prendre la parole en compagnie de plusieurs évêques catholiques. Un de ses meilleurs amis s'appelle Gérard Daucourt, évêque de Nanterre. Le prélat a même préfacé son premier livre. Mais Carlos n'est pas dans un dialogue institutionnel oecuménique. S'il prie pour la conversion des uns et des autres et s'il évangélise avec une énergie débordante, il ne met pas en avant une Eglise particulière ou un courant particulier devant les autres. Il ne demande à personne de changer d'Eglise ou de théologie. Ce qui ne l'empêche nullement de rester évangélique dans tous les sens du terme. Or il a des "amis en Christ" - au sens de l'évangile de Jean 15.12-16 - dans toutes les Eglises. C'est une amitié contagieuse. C'est aussi un mystère et une grâce. Nous qui faisons ce site sommes en harmonie et en communion avec Carlos Payan. Il nous a chaleureusement reçu à Paris.
Entretien
Carlos Payan, vous êtes un « dérangeur de Dieu », selon votre ami Gérard Daucourt, évêque catholique de Nanterre. Qu’auriez-vous de si « dérangeant », à votre avis ?
Je n’ai rien de dérangeant, à mon avis, si ce n’est la liberté que je m’accorde. J’ose faire des choses que les autres ne font pas par pudeur, par culture ou par éducation.
C'est-à-dire ?
Je suis d’une simplicité déconcertante et je suis très accessible. J’essaie de tout désacraliser.
Donnez-nous un exemple…
Quand on va prier pour des gens qui sont en souffrance, certains pleurent. Je ne suis pas gêné si les gens pleurent. Mais cela dérange certains chrétiens. Je n’ai pas de problèmes avec la « gestion des émotions », la spiritualité, la force de la prière… Si je suis heureux, je me mets à danser. Cela dérange certains. J’aurais le droit de danser dans une boîte de nuit, mais pas dans une église. Mais je danse et dans des boîtes de nuit et dans l’église.
Votre dernier livre évoque la « guérison divine » au 21ème siècle. Alors que certains doutent, vous dites : « Dieu guérit encore aujourd’hui au travers du sacrifice de Jésus-Christ sur la croix. » (page 21) J’ai fait lire cette phrase à une non-croyante. Elle ne la comprenait pas. Pouvez-vous lui expliquer ?
C’est très simple. L’Ecriture dit : c’est dans les meurtrissures du Christ que nous sommes guéris. C’est bien grâce à un Christ meurtri à la croix que nous pouvons rechercher la guérison, qui nous est effectivement proposée. Sans croix, il n’y a pas de guérison. C’est comme le salut. Il s’est donné pour que nous ayons la vie. Le châtiment est tombé sur lui. C’est le Christ qui porte nos fautes et nos punitions.
Dans notre société déchristianisée, la notion de sacrifice a besoin d’être expliquée. Et je l’explique ailleurs dans le livre.
Miracle et guérison, quelles définitions ?
Le miracle est instantané. La guérison peut être progressive. Par ailleurs, ces deux termes ne se réfèrent pas à la même chose. Quelqu’un peut être protégé miraculeusement d’un danger, mais il n’est pas forcément guéri. La guérison concerne l’esprit, l’âme et le corps de la personne. Le miracle est le résultat d’une intervention divine dans le corps ou dans un élément. Cela dit, si quelqu’un est guéri instantanément aux yeux de tout le monde, c’est aussi un miracle.
Comment savoir qu’une guérison vient de Dieu ?
Si cette guérison intervient suite à une prière, on peut être pratiquement sûr qu’elle vient de Dieu. En général, les gens connaissent bien leurs corps et ils savent donc quand ils vont mieux. Si on est soulagé, on le sent tout de suite.
Quand vous demandez la guérison pour quelqu’un, quel est votre rôle ?
Je fais le minimum. Dieu fait le maximum. En général, j’essaie de mettre la personne à l’aise, de la tranquilliser. Dans les prédications, j’emploie souvent l’humour. J’essaie de faire comprendre qu’on n’est pas dans la magie, mais dans une relation d’amour entre un Dieu et des gens qu’il a créés. Je suis là pour rappeler que Dieu peut faire quelque chose pour eux. Je ne suis donc pas pour grand-chose en fin de compte.
Mais vous avez un don particulier…
J’ai un don, c'est-à-dire une grâce imméritée. Et ce n’est pas un don permanent. Ce don est une grâce au service du bien de tous. Quand Dieu fait un don à un homme ou à une femme pour le bien de l’assemblée ou l’Eglise, c’est pour qu’on redonne à notre tour.
Que vous a-t-il donné ?
Il m’a donné la foi et le zèle et l’audace de prier pour des choses que je ne faisais pas avant : pour des malades et des gens qui ont besoin de délivrance et qui sont en quête de liberté et de paix. Cette audace et cette foi peuvent entraîner la guérison.
Comment avez-vous découvert ce don ?
J’étais à Lausanne. J’ai entendu une prédication sur la question de Jésus au malade : pourquoi ne vas-tu pas à la piscine ? Et surtout la réponse du malade : « Seigneur, je n’ai trouvé personne pour m’aider. » Quand j’ai entendu ça, Dieu m’a dit : toi, tu y vas. J’ai décidé que cette personne, qui aide les autres, pourrait être moi. J’ai mis à la disposition de Dieu ma foi et mon désir. Lui a mis à ma disposition le pouvoir de le faire.
Dans nos milieux évangéliques, beaucoup de gens pensent qu’ils ont reçu différents dons. Y a-t-il un moyen de savoir s’il s’agit vraiment d’un don de Dieu ?
C’est un peu comme l’humilité. Ce n’est pas quelque chose que vous vous attribuez vous-même. Ce sont les autres qui le remarquent en vous. Il faut accepter l’idée que Dieu nous surprend. Et je répète, parce qu’on l’oublie souvent : le don ne nous appartient jamais. Le don ne justifie rien de vous. C’est une grâce. Cela ne fait pas de vous un intouchable. On doit toujours se laisser enseigner, se corriger, se reprendre. J’ai autour de moi des gens qui me corrigent. Nous avons tous besoin d’une formation permanente.
Vous formez des personnes à la prière. Pourquoi a-t-on besoin d’être formé en cette matière ?
Parce qu’on manque de pratique ! Dans toutes les Eglises, il y a des liturgies, un rituel, des célébrations différentes. Tout le monde sait comment faire. Mais sait-on comment on va vers l’autre ? Très peu ! Il n’y a pas de formation pour aller vers l’autre. Notre formation vise à ce que les gens se réconcilient avec Dieu, avec eux-mêmes et avec les autres. Il faut donner envie de la compassion. L’amour de Dieu en vous doit être transformé en compassion pour les autres. Jésus dit : aimez-vous les uns les autres. Aimer Dieu, c’est, à mon avis, aussi aimer l’autre. Et aimer l’autre, c’est aussi prendre soin de lui. On peut ainsi prier pour sa guérison. Je connais des gens qui aiment Dieu. Effectivement, ils n’aiment que Dieu. Mais ils n’aiment pas les autres. Or les autres, ce sont des gens qui ne sont pas comme vous. Les autres peuvent être malades. Jésus nous demande d’aller vers eux. Ce sont des êtres humains.
Vous insistez beaucoup sur la notion de l’autre. L’oublie-t-on dans nos Eglises ?
On est dans une société où tout serait très « individuel ». C’est vrai aussi pour les Eglises. Beaucoup de gens veulent avoir une foi personnelle, un comportement individuel. Il n’empêche : Jésus nous a mis entourés des autres dans l’Eglise et dans le monde. Et Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son fils unique… Donc on n’est pas exclu du monde. Il faut faire avec les autres. Nous sommes donnés. Et nous recevons des autres.
Et vous suggérez que ce n’est pas toujours évident pour certains chrétiens ?
Oui. Moi-même, j’ai changé foncièrement en tant que protestant évangélique. Je ne me suffis plus à moi-même, ni à ceux que j’appelle les « évangéliques-la-bible-dit ». J’apprends aussi des autres. Des catholiques, des luthéro-réformés, des orthodoxes. J’apprends même des non chrétiens. J’apprends de tout le monde. Il est important de savoir ce que dit la Bible. Mais qu’est-ce que Dieu m’enseigne au travers les uns et les autres ?
Quand Jésus est venu sur la terre, il n’est pas venu que pour les juifs, mais pour tous. Si vous demandez à un évangélique qui est Jésus, il vous dira : « le chemin, la vérité, la vie, le rocher, le roi, etc.. » Mais dira-t-il que Jésus est aussi l’ami des pécheurs ? Et le fils de Marie ? Jésus a 144 noms différents.
Qu’est-ce que Paris Tout Est Possible ?
C’est une association. Laissez-moi vous raconter son histoire en quelques mots. Pendant 15 ans de ma vie, j’ai été pasteur adjoint d’une église évangélique à Mâcon (Saône-et-Loire). Auparavant, je m‘étais converti dans une église de « frères » comme les darbystes, qui sont non charismatiques. Quand je suis venu à Paris dans le cadre d’une mutation professionnelle, Dieu m’a ouvert une porte. Cela a coïncidé avec quelque chose de nouveau au niveau ecclésial. Je ne voulais pas faire comme tous les pasteurs évangéliques quand ils viennent à Paris : ouvrir une Eglise où ma propre personne serait un élément primordial. Dieu m’a demandé de travailler dans l’unité avec tout le monde. C’est pourquoi j’ai voulu participer plutôt à une association qui travaillerait avec tous plutôt que d’implanter une église. Que les gens restent dans leur paroisse, leur communauté, leur association, etc.. Le but, c’est qu’ils changent de comportement vis-à-vis de Dieu, d’eux-mêmes et des autres.
Votre association connaît un grand succès…
Nous avons aujourd’hui un rayonnement d’influence assez important. Nos 150 équipiers de prière ont un travail séculier et sont membres d’une paroisse ou d’une église locale. Nous nous retrouvons quatre ou cinq fois par an pour échanger nos expériences. On ne mélange pas nos théologies. On mélange nos expériences et notre amour. J’insiste là-dessus. Je ne travaille qu’avec des catholiques qui sont vraiment catholiques, des évangéliques vraiment évangéliques, des réformés vraiment réformés, etc.. Je ne travaille pas avec des gens qui ne savent pas ce qu’ils sont. S’ils ne savent pas ce qu’ils sont, ils ne peuvent pas être dans l’unité.
Nous sommes devenus des amis de Jésus. J’ai des collègues pasteurs. Des frères et sœurs évangéliques. Maintenant, j’ai aussi des amis en Christ. J’ai notamment des amis catholiques.
Qui est membre de l’association ?
Nous ne sommes que sept. Ce sont des amis. Des catholiques et des évangéliques.
Pourquoi si peu de membres ?
Le but n’est pas de multiplier le nombre de membres, mais le nombre de bénéficiaires. Nous n’avons pas de propriété. Nous ne voulons pas posséder quelque chose. D’ailleurs, si demain on me donnait une grande propriété, je serais bien embêté. Je préfère pouvoir parler à 500 personnes que de parler dans un château vide.
Que faites-vous comme travail ?
Je travaille dans la fonction publique. Je vis de ce travail. J’ai un devoir de réserve et je n’en dis pas plus.
Marié ? Enfants ?
Oui, marié et nous avons quatre enfants. Ma femme est fonctionnaire et travaille aussi. C’est un choix. Ainsi nous sommes libres. Nous ne dépendons de personne. Nous habitons à Neuilly-sur-Seine, mais, et le je précise, dans une HLM.
En général, les pasteurs – surtout les pasteurs aussi « populaires » que vous – le sont à plein temps.
En fait, j’ai trois plein temps. Je suis à plein temps avec ma famille, avec la République et avec l’Eglise ! Bien sûr, je pourrais travailler pour mon association et ne faire que ça. Mais je préfère rencontrer des gens à travers mon travail séculier. C’est un choix de vie. Les gens savent aussi que je suis comme eux : j’ai un travail, une famille, etc.. Du coup ils se reconnaissent.
C’est important, non ?
Oui, l’apôtre Paul travaillait. Il faisait des tentes. Pierre était pêcheur.
Vous avez reçu des dons extraordinaires. Mais n’avez-vous pas peur que les gens viennent plutôt pour vous et des miracles que pour Dieu ?
Du temps de Jésus, des gens venaient souvent parce qu’il y avait des miracles, c’est clair. Voici comment je fonctionne : je prêche l’évangile, pas mon style de vie. Je respecte les différences. Je ne demande à personne de changer d’Eglise ou de théologie. Je ne me mêle pas de la vie privée des gens non plus. J’essaie de leur dire que le Christ est venu changer ma vie. Il ne m’a pas dépersonnalisé. Il m’a libéré dans ma personne. Aux collègues fonctionnaires qui me demandent ce que je fais, je dis souvent : lorsqu’on vient au Christ, on a une chose à perdre : ses mauvais comportements et ses péchés. Tout le reste est à gagner. Ainsi, je n’ai pas l’impression que les gens s’attachent trop à moi. Sinon, ils vont être déçus.
Vous n’avez pas toujours été aussi communicatif, dites-vous dans le livre.
Oui, avant de venir à Paris, j’étais très introverti. Je ne parlais à personne. Je ne voulais pas prêcher. Dieu m’a donné cette assurance et cette audace et ce zèle, voire cette folie. Pendant quinze ans, j’étais agent de ménage. J’ai été formé à nettoyer les WC des autres. C’était une école de la vie. Aujourd’hui, je rencontre des gens connus du showbiz et de la vie économique. Mais ces gens utilisent les WC comme les autres.
Vous écrivez aussi. Peu de pasteurs ont autant de lecteurs que vous.
Oui, mon premier livre a été vendu à 10 000 exemplaires. C’est beaucoup. Et le deuxième est également très lu. D’ailleurs, je pourrais rester chez moi et écrire des messages sur le site. Mais ce n’est pas mon activité préférée. Je suis un tactile. J’aime la rencontre. Quand les gens viennent m’écouter, j’ai l’impression qu’ils me comprennent. Alors je me déplace beaucoup pour aller vers eux. Je les fais rire. Je prie pour eux. On passe du temps ensemble. Je rencontre entre 25 000 et 30 000 personnes par an. Certains trouvent que je suis trop simpliste, trop exubérant. Mais ce n’est pas grave. Je ne cherche pas à faire l’unanimité. Une fois, une dame après m’avoir écouté m’a dit : « mais cela fait 50 ans que j’entends le même message ! » Je lui ai dit : « Mais madame, vous devez partir. Parce que si vous n’avez pas changé en 50 ans, c’est parce que vous n’avez pas compris le message. »
Est-ce que certains sont déçus ?
Je suppose que oui, mais je ne sais pas. Une chose est sûre : je dis dans toutes les réunions, dans mes livres, dans les conversations que tous ne seront pas forcément guéris.
Certains chrétiens font de leur christianisme une magie. Ils pourraient vous attribuer des pouvoirs très particuliers... Comment limiter ce risque ?
Il faut qu'ils aient une connaissance des écritures. Il faut rappeler l'Evangile : Jésus a été envoyé dans le monde. Il vient nous sauver pour qu'on évangélise le monde, les uns et les autres. Il n'y a rien de sacralisé ou magique. Tout est simple et à la portée de tous. L'Esprit saint n'a rien de magique. Il ne nous appartient pas. On ne le gère pas. On n'en dispose pas. Il ne s'achète pas. Mais quelqu'un qui veut quelque chose de magique veut s'attribuer lui-même ou aux autres un pouvoir qui n'existe pas. J'ai formé avec une équipe environ 150 équipiers de prière parce que je ne crois pas que c'est moi qui dois tout faire. L'Esprit saint nous fait cette grâce. Si je ne suis pas là, ce n'est pas grave. Il n'y aura pas plus ou moins de guérison si je ne suis pas là. Ma manière de prêcher l'Evangile est directe, franche. Je fais l'onction de l'huile. Puis je prie pour quelques personnes. Les équipiers de prière font autant. Les gens ne s'attachent pas à ma prière ou à mon imposition des mains. Les gens ne m'appartiennent pas. Le résultat non plus.
Que fait un équipier de prière ?
C’est un converti qui doit amener quelqu'un à la conversion. Il doit avoir de la compassion et présenter ce Jésus qui sauve, qui guérit et qui peut délivrer. Les équipiers ne travaillent jamais seuls, mais à deux.
Vous avez vu des jambes se rallonger, dites-vous dans le livre. Où et quand ?
Je l'ai vu à plusieurs reprises à Paris et en Bretagne. Des jambes qui ont été rallongées de plusieurs centimètres. Je l’ai vu et les kinés et les médecins de ces personnes l'ont vu aussi. C'est un petit peu scandaleux, je le reconnais. Mais ce n’est pas explicable.
Personne n'a jamais vu la guérison d'un handicap mental. Pourquoi à votre avis ?
Qu'est-ce qu'un handicap mental ? Ceux qu'on appelle les handicapés mentaux peuvent venir dans nos réunions. On prie avec eux. Ils reçoivent l'Esprit saint comme nous. Ils ne sont pas devenus comme les gens voudraient qu'ils deviennent. Mais ils ont fait une rencontre avec Dieu.
Parfois on implore Dieu pour qu'il guérisse quelqu'un. Mais Dieu n'intervient pas. Tous les chrétiens ont fait cette expérience. Mais si j’étais partisan d’une autre théologie que la vôtre, je pourrais dire ceci : Dieu ne guérit pas, soit parce qu’il n'entend pas ou qu’il est carrément cruel, soit parce que Dieu n’est pas celui que vous dites qu’il est : tout-puissant. D'ailleurs, ce que vous appelez un miracle, qu'en savez-vous au juste ? Avec la psychologie, on peut expliquer plein de choses. En ce qui concerne Dieu, il n'est pas tout puissant, il est tout petit, il est amour. Que répondez-vous ?
Que c'est en partie vrai. Si on dit « Dieu tout puissant », certains imaginent à tort un Dieu tout puissant qui nous force à faire des choses et qui règne par la froideur. Ce serait affreux : tout le monde serait pareil, comme des robots. En réalité, Dieu est tout puissant pour nous soutenir, non pour nous asservir. Cela se passe dans la liberté. Les gens peuvent choisir.
Le taux de guérison des personnes pour lesquelles vous priez semble faible, quelques pourcents…
Tout le monde ne guérit pas chez nous, c'est évident. Et je ne pense pas que nous sommes « meilleurs » que les médecins. Mais la médecine et la spiritualité se complètent. C'est médecine plus foi. Ce n'est pas foi contre médecine. Nous les chrétiens, nous faisons augmenter le taux de guérison.
Mais trop peu guérissent. C’est un fait. Mais je peux aussi dire ceci : avant, je ne priais pour aucun malade. Aucun n'était donc guéri. C'était 100% de réussite dans l'échec. Quand je prie aujourd'hui, parfois pour des milliers de personnes, quelques-uns sont guéris. Mais si tout le monde priait ainsi, cela ferait beaucoup de monde guéri. Tout le monde doit se mettre au travail. Pourquoi ne le fait-il pas ? Pourquoi des chrétiens ne prient-ils pas pour la guérison ? Je pense qu’ils ont peur.
« Avec Dieu, l'obéissance vaut mieux que la réflexion », dites-vous dans votre livre (page 20). Vous risquez de faire peur aux gens avec cette idée.
Et alors ? Ce n'est pas grave.
Mais qu'est-ce que vous voulez dire ?
Un exemple : une femme était en fin de vie à l'hôpital américain de Neuilly. Elle pesait 35 kilos. J'ai prié par obéissance. Tous les médecins avaient dit que le cas était désespéré. En tant que pasteur, j'étais là pour le mot de la fin. Par obéissance, je lui ai fait l'onction de l'huile, tout en pensant qu'elle allait mourir. Mais cette personne a été guérie. Aujourd'hui, elle vit, elle a retrouvé la santé. Cela signifie que Dieu peut faire des choses qui dépassent notre réflexion. Il fait plus que ce qu'on n’ose lui demander de faire. Dieu aime l'obéissance. Pensez à Abraham et son fils Isaac. Abraham a obéi à Dieu. Par foi.
Paris Tout est Possible est interconfessionnelle. Faut-il absolument travailler dans cet esprit œcuménique ?
L'unité est la guérison de la relation et la réconciliation des hommes entre eux. Dieu m'a demandé d'aimer tous les chrétiens. De la même manière qu'il m'a aimé et m'a pardonné, sans condition, je ne vais pas moi mettre des conditions. J'essaie d'avoir les mêmes critères que lui. Je suis frappé par ce que le livre des Actes rapporte au sujet du fruit de la pentecôte : ils étaient « un seul coeur, une seule âme », mais jamais une seule théologie ou une seule compréhension. Lorsque l'Eglise est un seul cœur, une seule âme, elle évangélise et elle guérit. On le voit bien dans Actes 3,4 et 5.
Les évangéliques et les catholiques peuvent-ils évangéliser ensemble ?
Oui. Nous le faisons depuis six ans. On ne parle pas d'unité, on la pratique. On ne pratique pas la tolérance. On pratique l'amour. Dans l'Histoire de l'Eglise, on trouve beaucoup de divisions. Ceux qui entretiennent les divisions sont des pécheurs. Nous favorisons la réconciliation.
Dans votre livre, vous dites en effet qu'il faut prier dans l'unité. Comme les apôtres…
Oui, c'est quand les apôtres sont unis qu'ils guérissent tout le monde, comme il est écrit dans Actes. Je m’aperçois maintenant qu'en dehors du dialogue œcuménique dans nos Eglises, il y a des gens qui sont réellement amoureux du Christ, qui ne sont pas dans le paraître, qui ne changent pas seulement leur grammaire, mais leur vie. Comment reconnaît-on un amoureux aujourd’hui ? Il fait exploser la facture de téléphone. Un amoureux de Jésus va énormément prier. Puis, il aime chanter, il aime prier et méditer la parole de Jésus. Il aime aussi ceux qui aiment Jésus.
Mgr Daucourt a dit le plus grand bien de vous. Que pensez-vous de lui ?
J’ai découvert Gérard Daucourt en tant qu’évêque. Il m’a demandé comment j’ai connu le Seigneur. J’ai tout de suite vu qu’il n’était pas un homme comme les autres. Beaucoup me posent plutôt cette question : « Carlos, quelle école de théologie avez-vous faite ? Quel est votre parcours ecclésial ? » Pour eux, voila ce qui est important. Ils s’identifient à leur parcours. Mais Mgr Daucourt n’est pas comme ça. A sa question, j’ai répliqué : “Comment avez-vous trouvé le Seigneur ?” Il m’a répondu et j’ai compris qu’on avait fait la même découverte. Nous sommes devenus amis. Lorsqu’on aime Dieu, Dieu nous fait aimer. Nous sommes des amis qui connaissons l’Epoux.
Vous avez fait quelle école de théologie ?
Là, vous faites exprès ! (Rire) J’ai fait l'école de la vie ! Quand j'étais dans l'église des Frères, j'ai fait l'Institut biblique décentralisé. En tant que pasteur adjoint, je n'ai pas fait d'école particulière, mais j'ai beaucoup appris des autres. J'ai beaucoup écouté les autres prédicateurs. Je ne suis pas un théologien, mais un praticien.
Beaucoup de personnes ont une mauvaise image de nos Eglises, parfois à tort, parfois à raison. Comment pourrions-nous commencer à changer cette image et mieux donner envie de croire ?
La réponse est dans l'évangile de Jean 17 : si on est un comme le Père, le monde voit qui nous a envoyé. L'unité entraîne l'évangélisation. Je pense que beaucoup de gens sont rassurés quand ils voient des gens différents ensemble. L'unité a une conséquence directe sur l'évangélisation.
Qu’est-ce que l’Eglise ?
Ce sont tous ceux qui croient en Dieu et qui désirent être membres du Christ.
Recueilli par Henrik Lindell
Cet article a été mis en ligne le 30 octobre 2009.
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