 De passage à Paris le 18 novembre, le célèbre pasteur américain Rick Warren a donné une conférence sur le ministère et la croissance à l'Eglise évangélique Paris-Bastille. Il a accordé cet entretien à Dieu-et-moi.com.
Rick Warren nous a offert le 18 novembre un moment d'enseignement très riche. L'auteur du bestseller Une vie motivée par l'essentiel et fondateur de la megachurch la plus célèbre au monde, Saddleback, a bien voulu échanger des idées avec nous à l'occasion d'un déjeuner. Rick Warren côtoie tous les grands de ce monde, dont Obama et son prédécesseur Goerge W. Bush. Comme tous les vrais pasteurs, c'est un homme simple et chaleureux. Il a accepté cette courte interview.
Quel est votre regard sur la crise économique aux Etats-Unis et en Europe ? Est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle pour les chrétiens ?
Les “mauvaises nouvelles” sont souvent des bonnes nouvelles pour les Eglises. Les études de la Bible démontrent que chaque fois qu'une nation devient prospère, elle se détourne de Dieu. La nation d'Israël l'a fait treize fois, selon la Bible. C'est toujours la même histoire : les Israélites se rapprochent de Dieu, qui les bénit. Puis ils deviennent prospères et auto-suffisants. Ils tombent dans le péché. Puis, ils font la guerre ou se font envahir. Enfin, ils crient à Dieu et se repentent. Et ce cycle continue encore aujourd'hui. Nous vivons dans un monde déchu. Mais nous avons périodiquement besoin d'un renouveau spirituel.
Quand la récession économique a commencé à toucher les Etats-Unis il y a environ un an, je savais que nous aurions plus de facilités pour toucher les gens qu'avant. Car nous avons tendance à faire appel à Dieu quand nous avons des problèmes. Quand nous sommes dans la peine nous sommes souvent ouverts à des discussions spirituelles. Alors que l'offrande est en baisse et que 10% de nos membres sont au chômage dans mon Eglise de Saddleback, nous constatons une volonté accrue de faire venir des amis à l’Eglise parce qu'il y a tant de gens dans le besoin.
Vous êtes un des plus “grands” leaders d'Eglise au monde. Vous avez formé des dizaines de milliers de pasteurs. Dans quel domaine les leaders pourraient-ils faire mieux ? Où échouent-ils ?
L'échec du leadership est toujours dû au nombrilisme des leaders. Nous échouons quand nous pensons d'abord à nous-mêmes plutôt qu'aux personnes qu'on est censé diriger. Jésus dit que le leadership chrétien doit être différent de celui du monde. Il ne faudrait pas agir comme “les patrons”. La Bible dit qu'il faut servir les autres en donnant le bon exemple. Dans la première lettre de Pierre, chapitre 5, verset 3, il est demandé aux leaders de s'imposer « non pas en dominant comme des seigneurs sur ceux qui vous ont été confiés, mais en étant des modèles pour le troupeau ». Quand j'entends des pasteurs dire qu'ils "adorrrrent prêcher", je n’arrive pas à être impressionné. J’ai peur qu'ils n'aiment que l'attention qu'ils attirent dans l'assemblée, le choc d'adrénaline ou la gloire. Donc, ne me dites pas que vous aimez prêcher. Dites-moi plutôt : aimez-vous les gens pour qui vous prêchez ? Nous avons besoin de leaders serviteurs. La Bible dit que le bon pasteur donne sa vie pour son troupeau.
La raison pour laquelle les gens me suivent à Saddleback, c'est parce que je leur ai donné 30 ans de ma vie. Et j'ai l'intention de leur donner le reste de ma vie. Vous pouvez faire semblant d'aimer les gens pendant un ou deux ans, mais pas durant 30 ans.
Beaucoup d'Eglises en France veulent évangéliser. A quoi doivent-elles faire attention ?
Je crois que l'Eglise doit simplement être Eglise. Nous devons aimer et servir les gens de toutes nos forces pour que personne ne doute de notre foi. Ce n'est pas une question de taille d’église. Dieu peut se servir de petites communautés. Quand vous salez la viande, vous n'allez pas la couvrir de sel. Juste un peu pour changer le goût. Selon des études, il suffirait que 2% de la population changent leur façon d'être et leurs comportements pour que la culture du pays commence à changer.
Les évangéliques doivent-ils travailler avec les catholiques ?
Nous, évangéliques, avons plus de choses en commun avec les catholiques que nous n'avons de différences. Je crois qu’il y a plusieurs expressions du corps du Christ - orthodoxe, pentecôtiste, réformée, catholique, etc. - même si nous ne sommes pas d'accord entre nous sur toutes les doctrines. Mais si nous aimons Jésus, nous faisons partie de la même équipe. Une fois dans un stade, j'ai demandé aux gens de crier le nom de leur dénomination. Cela faisait beaucoup de bruit, mais on n'entendait rien de distinct. Mais quand je leur ai demandé de crier le nom de leur saveur, ils ont tous crié Jésus.
Nous ne serons pas unifiés par des structures ou des organisations. Il ne faut même pas essayer. Dieu aime la diversité, c'est ainsi. Je crois pour ma part que c'est une force d'avoir des frères baptistes, méthodistes, luthériens, etc., parce qu'il faut toutes sortes d'Eglises pour toucher des personnes différentes. Il y a une unité dans cette diversité. Et nous avons certainement plus de choses en commun entre nous que nous n'avons avec d'autres religions ou avec les laïcards ou les athées. A une époque où le christianisme est attaqué, je défendrais n'importe quel chrétien indépendamment de son Eglise.
Recueilli par Henrik Lindell (L’entretien s’est déroulé en anglais. La traduction a été faite par H.L.)
Cet article a été mis en ligne le 19 novembre 2009.
Nous reviendrons sur la conférence de Rick Warren et notre rencontre avec lui d’ici quelques semaines.
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