




| Gilles Boucomont : « Je suis né réformé puis devenu chrétien » |
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Le pasteur Gilles Boucomont est connu pour ses actions d’évangélisation et ses prédications rafraîchissantes. Il nous parle ici de sa vie, sa conversion et sa mission avec franchise et courage.Gilles Boucomont est pasteur de l’Eglise réformée. Sa paroisse est située dans le Marais, au cœur de Paris. Elle connaît une forte croissance. Devenu une référence en matière d’évangélisation et de communication, Gilles Boucomont publie en juin 2010 son premier livre : Au nom de Jésus. Libérer le corps, l'âme et l'esprit (chez Première partie). C'est le premier volume d'une série sur l'accompagnement et la délivrance. Merci à lui pour cet entretien. Merci pour son témoignage. Il ne vous laissera pas indifférent. HL Vous êtes connu entre autres pour des actions d'évangélisation. On se souvient du clip Noël No Hell, qui a même été diffusé sur des chaines comme MTV. Travaillez-vous uniquement avec des croyants pour construire ces projets ? Oui, je ne travaille sur des projets comme ça qu'avec des chrétiens nés de nouveau. Ce qui m'importe est que chaque chrétien soit dans l'excellence, puisque Dieu a donné le meilleur de lui-même. Décrivez en quelques mots votre paroisse dans le Marais, à Paris. Nous avons de la chance. Il y a une grande diversité dans notre Eglise. On y trouve des gens très “simples”, comme on dit, et ceux qui ont un statut social très élevé. C’est comme l'Arche de Noé. Il n'y a pas que des lions. Mais il y a deux de chaque espèce. Donc deux lions, deux antilopes, deux moucherons, deux taupes... Nous voulons que tout le monde soit au mieux de ce que Dieu lui donne d’être dans son domaine. Notre but est que le monde croie. Et pour cela, il y a « la parole et la puissance », comme dirait Paul. La puissance est donnée par le Saint Esprit seul. Il faut donc être croyant pour recevoir la parole. Et c'est pourquoi nous ne travaillons qu'avec des chrétiens nés de nouveau. On prie pour que la puissance du Saint Esprit soit là. Et la parole ? La parole, elle, dépend de nous, comme toute expression. Si on veut parler au monde, il faut être crédible. Le clip No-Hell n'avait rien à envier à d'autres clips de rap et Rn’B. Je ne vois pas pourquoi au nom de Jésus-Christ, on ferait dans le misérabilisme. Ne confondons pas l’exigence de l’humilité et le manque d’ambition pour Dieu. Mais on ne cherche pas l’excellence artistique dans certaines Eglises… Je crois que c'est un travers religieux. Chez nous les réformés, nous pensons souvent que les temples doivent être laids. Ce serait – croit-on - un gage de spiritualité. Plus le temple sera moche, plus Dieu sera là. Mais ce n'est pas vrai. C'est une dérive de l'iconoclasme. Or je suis iconoclaste. Je me méfie de l'image. Je prêche souvent sur la nécessaire destruction de certaines images. Et pourtant, je communique avec de la vidéo et des photos. Pourquoi ? Parce que nos contemporains ne sont plus seulement dans la parole. Notre époque est celle de l'image. Jésus était dans une société de la parole. Il a donc utilisé le principal média - la parole - mais il a quand même mobilisé des images, mais des images verbales : il parlait en paraboles. C’est ainsi que Jésus a utilisé les médias de l'époque. Aujourd'hui, on ne peut pas parler à une société de l'image si on n'a pas d'images. Parlons de vous. Depuis quand êtes-vous croyant ?J'ai été éduqué dans un milieu réformé traditionnel. C'est-à-dire vraiment libéral. Dans ma famille, beaucoup sont des réformés engagés dans l'Eglise, mais paradoxalement on n'a jamais significativement prié à la maison. J'ai suivi le catéchisme, mais après je ne croyais pas beaucoup à Dieu. Après que j’ai fini, assez jeune, mes études de finances à Sciences-Po, le Seigneur m'a bousculé. J'ai fait une « conversion éthique » : j'ai été convaincu par le message politique de Jésus. J’étais alors trop jeune pour commencer à travailler à des postes qui correspondaient à mes diplômes. Ainsi j’ai passé une année de transition. J'ai rencontré des amis qui m'ont témoigné de Jésus. J'ai surtout été confronté à l'histoire du jeune homme riche dans l'évangile. J’ai pu faire des boulots de consultation à 7000 francs (environ 1100 euros) par semaine... C'était assez délirant. L’histoire du jeune homme riche était mon histoire. Et j'ai compris qu'il ne fallait pas que je sois dans ce business-là. Vous avez alors fait des études de théologie. Oui. La théologie pour moi était plus une question de culture qu'autre chose. Je ne savais pas ce que j'allais en faire. L'idée de devenir pasteur est venue petit à petit. J'étais théologiquement ultralibéral à cette époque-là. Mon dernier exposé en cinquième année de théologie portait sur l'idée que les pratiques charismatiques sont pathologiques, en gros. Non, c'est vrai ?! C'est vrai. Je déclinais les profils psychiques des charismatiques en montrant qu’ils développaient la totalité des formes pathologiques de chacune des structures psychiques qui existaient : la paranoïa, c'était la pensée apocalyptique, l'hystérie, c'était le mode d'expression, etc.. J'ai eu une très bonne note. Mais vous n’étiez pas vraiment converti, si j’ai bien compris ? C’est exact. Après la fin de mes études, j’ai fait de la coopération avec le Service protestant de mission à Djibouti. Je devais servir les Eglises du Djibouti et de l’Ethiopie. A cause de ma formation en finances, je devais gérer un centre social qui dépendait des Eglises. Je me prenais un peu pour un missionnaire. Mais si j'avais fini mes études de théologie, je n'avais pas compris l'Evangile. J'étais un bon pharisien. Je connaissais bien la thora, la Bible. J'étais très christianisé, un savant avec mon bac-plus-beaucoup. Mais je ne connaissais rien à Dieu et encore moins à Jésus. Un jour, des chrétiens ont prié pour moi. Des illettrés réfugiés éthiopiens. J'arrivais avec mon arrogance d'occidental. Je pensais qu'ils étaient des excités. J'ai été baptisé par le Saint-Esprit. Ces réfugiés m'ont fait connaître Jésus. Le Saint Esprit m'a mis par terre. Il a détruit la forteresse spirituelle dans laquelle j'étais. Instantanément. Comment vous a-t-on accueilli en France à votre retour ? Quand je suis rentré, les gens ne me comprenaient pas. La commission des ministères de l'Eglise réformée de France m'a mis en binôme avec un des pasteurs les plus libéraux de toute l'Eglise. C’était étonnant. Ce gars est quelqu’un de bien mais nous étions à 1000 lieues l’un de l’autre. Vous êtes charismatique. Qu'est-ce que cela veut dire ? Je ne suis pas charismatique au sens où ce serait un « style ». Je suis disponible au travail du Saint Esprit et à la possibilité que le Saint Esprit me donne des choses, notamment celles qui sont dans la première lettre aux Corinthiens, chapitre 12 [parole de sagesse, parole de connaissance, dons de guérison, capacité d’opérer des miracles, parole prophétiques, discernement des esprits, diverses langues et leur interprétation, ndlr]. Je crois beaucoup à ce que dit Paul dans sa lettre aux Galates, chapitre 5. Tout ce qui est compris comme des choses comportementales, à travailler soi-même dans le monde et dans beaucoup d'Eglises, sont en réalité le fruit de l'Esprit. Si on veut le faire soi-même, on crée des horreurs. Au lieu de recevoir la maîtrise de soi, on crée le contrôle. Au lieu de recevoir la joie, on crée la pensée positive. Au lieu de recevoir la paix, on crée des techniques de distanciation avec le réel. Aux yeux de Dieu, ce sont des choses immondes.Je pratique la délivrance. Ce qui dérange. Mais cela se fait beaucoup en Afrique. Et j'ai découvert que les Français fonctionnent comme les Africains en cette matière, ou qu’en tout cas ils ont exactement les mêmes besoins ! Donc, pour vous, il n’y a pas de doutes, nous pouvons guérir des malades au nom de Jésus ? Oui. Après la fin de mes études, j'ai relu le Nouveau Testament, mais avec une grille de lecture très différente. Jésus disait : purifiez les lépreux, guérissez les malades, etc.. Comme un bon réformé, je pensais que c'étaient des figures métaphoriques. Mais Jésus nous demande vraiment de guérir les malades. Nous avons donc une autorité en Jésus-Christ. J’ai fait cette découverte il y a une dizaine d’années. C’est la réconciliation avec la toute-puissance de Dieu. Et c’est ce avec quoi on a beaucoup de mal dans l’Eglise réformée. J’ai une vraie crainte de Dieu. Ce que j’ai vu de mes yeux, en priant pour des gens, fait que je sais vraiment ce que veut dire craindre Dieu. Mais on vous accepte au sein de l’Eglise réformée. Vous occupez un poste au cœur de Paris. Oui, c’est grâce à Dieu. J’ai eu un appel quand j’étais pasteur à Rouen. Une collègue pasteure d’origine maghrébine a prophétisé. Elle a dit qu’il fallait qu’on aille à la Bastille. Nous nous sommes renseignés. La seule Eglise autour de la Bastille était Le foyer de l’âme, le temple du libéralisme et puis l’Eglise du Marais. Le Seigneur a alors confirmé cet appel. Et Dieu a ouvert toutes les portes. En l’occurrence dans l’Eglise réformée… Oui, ce n’est pas un problème en soi d’être dans l’Eglise réformée. Par ailleurs, j’assume bien des choses dans mon Eglise. Je suis content d’être dans une Eglise historique et pas dans un garage. Je pense qu’il faut des ministères qui se fassent des amis parmi ceux qui ont des richesses injustes, comme disait Jésus. En tant que réformé, je suis plus respectable aux yeux de beaucoup dans le monde que si j’étais évangélique, même si je prêche la même chose. Je suis né réformé. Le mouvement le plus charismatique, le plus prophétique qui ait jamais existé au monde, au-delà de la naissance du Pentecôtisme, c’est le Réveil dans les Cévennes. Même si cela a été mis sous le boisseau dans l’Eglise réformée, je suis sûr qu’en le redéveloppant, je suis dans une fidélité historique à la trajectoire spirituelle de mon Eglise.D’après le pasteur américain Rick Warren, il faudrait une nouvelle Réforme. Il pense que le libéralisme théologique ruine les Eglises. Etes-vous d’accord ? Oui, c’est ce que je pense. La Réforme du XVIème permettait de relire le monde depuis la Bible. Aujourd’hui, les protestants historiques lisent la Bible depuis le monde. Tout est sens dessus dessous. Il faut d’abord comprendre ce qu’a été le premier geste de la première Réforme : revenir aux Ecritures bibliques et être sérieux avec elles. Nous devrions faire pareil aujourd’hui. Il faut donc une autre grille de lecture par rapport à celle qui domine. Dans une société qui est en train de sortir du tout psychanalytique, du tout médical, qui accepte qu’il y a aussi des réalités spirituelles, il y a une bonne nouvelle dans la spiritualité de Jésus grâce notamment à la notion du combat spirituel. Le combat de Luther était « sola gratia ». Le combat de Calvin était « sola scriptura ». Notre combat aujourd’hui serait de comprendre ce que signifie la mise en place de la victoire que le Christ a déjà acquise. Cette victoire ne sert pas à grand-chose si nous ne la mettons pas en place. Pouvez-vous donner un exemple ? C’est un peu comme la personne qui a sa carte téléphonique dans sa poche. Tant qu’elle n’a pas gratté pour avoir le numéro, cette carte ne sert à rien. Nous avons déjà la victoire du Christ. Mais tant qu’on ne l’active pas, on ne l’a pas vraiment. J’essaie de vivre une victoire du Christ activée. C’est le défi. A travers l’émergence de la « théologie de la prospérité », on comprend mieux le défi. Personnellement, j’ai horreur de cette théologie-là parce qu’elle est le dévoiement de la victoire du Christ, à la croix. Mais dans la théologie de la prospérité, il y a une intuition juste : à savoir qu’il faut vivre dans la victoire. Pourtant on ne peut pas vivre la résurrection sans la croix. La réconciliation d’une théologie de la gloire avec une théologie de la croix, c’est le cœur théologique de ce qu’on a à vivre. Et le cœur pratique, c’est la redécouverte concrète de la victoire en Jésus dans la délivrance personnelle. Il faut aussi des programmes d’édification sérieux. N’importe quelle agence de formation peut mettre en place des programmes pertinents. Pourquoi ne le ferions-nous pas ? Il faut des méthodes et puis laisser Dieu faire des miracles. Mais ce n’est pas forcément une preuve de confiance en Dieu en faisant des choses médiocres. Je trouve que c’est une fausse bonne conscience en Dieu. L’ERF serait compatible avec des mœurs de notre temps, un certain relativisme des valeurs… Attention, l’Eglise réformée est beaucoup plus diverse que ce que les évangéliques semblent parfois penser. Tant mieux ! Mais pourquoi cette Eglise réformée n’a-t-elle pas plus de membres actifs alors qu’elle épouse autant de valeurs de la société contemporaine ? La spiritualité profonde de beaucoup de membres de l’Eglise réformée est celle de la République, des Lumières. Ils utilisent cette spiritualité-là pour aller vers les Ecritures, comme je le disais. Moi, je fais le chemin inverse. Je prends les Ecritures comme grille de lecture pour aller vers la société. Pourquoi certains pasteurs ultralibéraux font-ils des conférences avec des rabbins et des imams pour dire qu’ils sont tous d’accord, qu’ils ont le même Dieu, etc. ? C’est parce que la religion de ce pasteur, ce rabbin, cet imam, ce n’est ni le christianisme, ni le judaïsme, ni l’islam, c’est la religion des Lumières. C’est leur divinité et c’est une puissance spirituelle. Elle peut aussi se développer sous une forme franc-maçonne dans certains milieux. Satan peut se déguiser en ange de lumière. Vous y allez un peu fort. J’assume. Vous voyez le bonhomme en haut de sa colonne à la place de la Bastille [Mercure, le Génie de la Liberté d’Auguste Dumont, ndlr]. Cette puissance prétend apporter une lumière hors de Dieu. Le siècle des Lumières, c’est ça. La Révolution française, c’est ça. Je ne regrette pas la révolution et je suis content d’être dans une démocratie. Mais il faut être conscient que l’enracinement spirituel de la révolution est dans la rébellion par rapport à la vraie lumière de Dieu. Il faut dénoncer l’esprit de rébellion ? Oui, les révolutionnaires se sont tous coupé la tête les uns les autres : Robespierre, Danton, etc… Conformément à cet esprit, on fait monter quelqu’un aux nues, puis on le tue. On a fait la même chose avec tant de leaders politiques. Sarkozy par exemple. Nous l’avons élu massivement. Aujourd’hui, on le lapide massivement. Nous sommes un peuple qui s’enthousiasme. Puis nous tuons. Derrière ce phénomène, il y a une réalité spirituelle. Le rapport à l’autorité est faux. Le rapport à Dieu est faux. On met des personnes au pouvoir à la place de Dieu. Puis on comprend que ce sont des idoles et on les tue. On sacrifie des victimes. Pour changer, il faudrait une repentance collective très puissante. Revenons à l’ERF. Je n’ai pas compris pourquoi elle est si petite. Pour plusieurs raisons. La première est à chercher dans le type d’alliances qui a été à la base de la création de l’Eglise réformée. Elle se définit toujours spirituellement contre quelque chose. D’abord elle était contre le catholicisme. Depuis les années 70, elle est contre les évangéliques. Tant que l’Eglise réformée ne s’est pas libérée spirituellement de cette façon de se définir, elle sera sous une malédiction qui l’empêchera de grandir. Elle peut être un ferment dans la société. Les réformés ont beaucoup fait avancer la société. Mais ils n’arrivent pas à faire avancer le Royaume de Dieu. Deuxième raison : à cause du libéralisme théologique, les réformés ont tellement remis en cause l’Ecriture biblique qu’ils ne savent plus d’où ils parlent. On ne parle plus que depuis les archétypes de pensée de l’anthropologie du vingtième siècle. On parle depuis Freud, mais pas depuis Jésus. Enfin il y a les alliances malsaines : Henri IV qui permet la survie du protestantisme à condition qu’il soit en mode minimaliste ; la loi de 1905 qui est très appréciée mais qui en fait bride le témoignage extérieur, etc. Qu’est-ce que le libéralisme théologique au juste ? A l’origine de la théologie libérale, on trouve l’idée qu’il faut prendre de la distance par rapport aux dogmes. Ce n’est pas forcément une mauvaise idée. Mais à force de prendre de la distance, on finit par être loin. A force de vouloir être ouvert, on meurt d’une congestion pulmonaire dans un courant d’air… Le vrai problème du libéralisme vient en fait de la deuxième génération. Celle-ci est allée trop loin. C’est un phénomène historique assez banal, somme toute. Vous prônez des règles bibliques sur la sexualité par exemple. La société aujourd’hui semble éloignée de ces règles. Comment faites-vous ? Je ne veux pas être fidèle d’abord aux Ecritures, mais à Christ. Il y a des moments où cela ne vaut tout simplement pas la peine de brandir une parole qui accuse. Il faut parfois privilégier la compassion de Jésus au prix de laisser le pécheur mariner dans son péché. Jésus est venu pour sauver et pas pour enfoncer les gens. Comment laisser suffisamment de place au Saint-Esprit pour que l’Ecriture devienne Parole de Dieu ? Tel est l’enjeu. Vous aurez remarqué que je ne crois pas que l’Ecriture soit la parole de Dieu. En ce sens-là, je suis plutôt libéral. Je crois que les Ecritures deviennent systématiquement parole de Dieu à partir du moment où le Saint Esprit est là pour opérer la transformation qualitative des lettres mortes en paroles vivantes. Sinon, on peut étudier les Ecritures comme on étudie le Code civil et en étant païen. Un des problèmes dans les Eglises évangéliques est la polarisation sur les Ecritures, qui n’est pas juste. L’Ecriture devient Parole de Dieu quand le Saint-Esprit accomplit cette œuvre. C’est la circulation de la Bonne nouvelle entre la personne, l’Ecriture et le Saint-Esprit qui structure tout. Quand il y a une circulation entre ces trois, l’Ecriture devient vraiment parole de Dieu. Et là je crois que cela devient parole de Dieu à la lettre, mais plus morte. N’oublions pas qu’il faut penser et articuler sa foi. Autrement dit, il ne suffit pas de dire amen à tout ce que dit l’Eglise. C’était un des éléments clés de la Réforme. Bien sûr, il faut obéir au Seigneur. Mais si le Seigneur nous a équipés d’un cerveau c’est pour qu’on s’en serve. Il faut donc réfléchir sur les dogmes qu’on met en place. Prenons le dogme de la centralité de l’Ecriture. Ce principe a ses limites, sinon on crée des communautés intégristes bornées, des néopharisiens autour des 66 livres de la Bible. Dans votre quartier, il y a beaucoup de juifs et beaucoup d’homosexuels. Est-ce vrai pour votre paroisse aussi ? Bien sûr. Des juifs messianiques viennent au culte. Au sujet des homosexuels, l’Eglise réformée de France a un langage très précis. Lors d’un Synode, il a été dit trois choses : 1. l’Eglise accueille tout croyant sans considération particulière pour la sexualité. 2. On ne bénit pas les couples homosexuels. Par conséquent, on ne peut pas dire publiquement que les couples homosexuels sont comme les couples hétérosexuels. 3. On refuse qu’un candidat au ministère soit homosexuel. C’est une parole très claire qu’on vit dans ma paroisse. Je prêche la guérison aux homosexuels et à tous les autres ! Certains collègues pourraient penser que je suis homophobe. En même temps, je suis le pasteur de l’Eglise où il y a le plus grand nombre d’homosexuels en France. Ça serait compliqué d’être homophobe dans ce contexte... Mais peut-on vraiment se détacher de l’homosexualité ? Oui, il y a des homosexualités dont on peut être libéré par accompagnement. Pour d’autres formes, il faut un grand miracle. L’homosexualité est un phénomène très complexe, beaucoup trop pour en parler comme ça en quelques phrases. Pourquoi recevez-vous autant d’homosexuels ? Beaucoup de gens sont dans l'idolâtrie et en sont conscients. Ils n’arrivent pas à s’en sortir. Si on leur dit « vous êtes dans une forme d'idolâtrie », cela leur fait du bien, bizarrement. Récemment, un homosexuel m’a remercié de lui dire qu’il ne fallait pas qu’il reste dans la situation dans laquelle il était. Il m’a dit « merci, personne n’ose me dire cela. J’aspire à cela ». Il y a une douzaine de versets dans la Bible qui parlent de l’homosexualité. Est-ce vraiment si important ? Faut-il absolument insister sur ce « péché » ? Dans les Ecritures, ce n’est pas un péché, mais une abomination au même titre que l’avarice et la méchanceté. Je ne réserve pas un traitement spécial à l’homosexualité. Une abomination, qu’est-ce que c’est ? C’est quelque chose qui est scandaleux par rapport au projet de création de Dieu. Un païen risque d’y voir une règle morale. Mais la morale ne m’intéresse pas. Jésus était amoral. Beaucoup de chrétiens sont à l’évidence homophobes. Est-ce que cela vous trouble ? Oui. L’homophobie est bien plus problématique que l’homosexualité, car elle consiste à détruire la personne au nom du fait qu’elle a un problème comportemental. Il n’y a pas d’attitude plus anti-christique ! D’ailleurs, on suit certaines personnes parce qu’elles sont homophobes. C’est un peu comme les racistes. Les Eglises râlent contre les racistes, mais laissent faire les homophobes. Dans certaines Eglises, on conseille aux homosexuels de ne pas prendre la Sainte Cène. Mais le banquier radin, lui, a le droit de prendre la Sainte Cène. Or, lui aussi est dans la même liste des abominations. Il faut comprendre les structures d’abus dans lesquelles vivent les gens. Puis, il faut les accompagner. A nouveau, les gens ont peur de l’enfer, contrairement à ce que disent les médias et les théologiens. Ils en ont peur parce qu’ils voient l’enfer sur terre, beaucoup y goûtent déjà. Nous avons les prémisses du Royaume dans la foi, mais la plupart de nos concitoyens ont les prémisses de l’enfer dans leur réel. Il faut donc une prédication du salut qui soit d’actualité. Même si beaucoup de théologiens disent l’inverse. Etes-vous dans le dialogue œcuménique ? Je suis pour l’unité des chrétiens. Mais je voudrais que cette unité se fasse dans la conscience des problèmes que chacun doit régler. En tant que réformé, je dois être conscient de mes problèmes de réformé. Et je dois être conscient des problèmes des catholiques. Mais je ne veux pas être dans un dialogue où l’on fait semblant de ne pas devoir changer. Peut-on évangéliser ensemble ? Je pourrais travailler avec un catholique dont l’objectif est Jésus. Je fais des délivrances avec des catholiques qui ont beaucoup de problèmes relatifs à leur religion. Ma priorité n’est pas aujourd’hui d’aller dire aux catholiques ce qu’ils devraient dire et penser. C’est une perte du temps. La lutte contre Mammon est plus importante. Votre paroisse connaît une croissance impressionnante. Pourquoi ? Voici ce que j’ai demandé à un collègue un jour : « Si demain Dieu vous envoie deux cents personnes, êtes-vous prêts ? » La plupart diront non à cette question. Nous avions réfléchi au fait que ce soit possible. Or Dieu ne va pas envoyer des gens si vous n’êtes pas prêt. Il faut donc être dans une disposition d’esprit particulière : « Je suis prêt à… » Une paroisse réformée typique ne peut pas imaginer un développement au-delà du lieu qu’elle occupe. Nous réfléchissons actuellement à ne pas nous limiter du fait de l’étroitesse des locaux. Beaucoup se convertissent dans votre paroisse. Quel profil type du converti en France 2010 ? On dit souvent que la plupart des convertis traversent une épreuve. Mais, franchement, il n’y a pas de type particulier. Nous accueillons beaucoup de croyants improbables, du repris de justice au haut-magistrat, de la femme de ménage au conseiller ministériel. Recueilli par Henrik Lindell Cet entretien a été relu et amendé par Gilles Boucomont. Il a été mis en ligne le 26 mai 2010, puis très légèrement modifié à la demande de G. Boucomont le 2 avril 2011.
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