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Michel Mallèvre, un catholique en dialogue PDF Imprimer Envoyer

Sample ImageSample ImageLes catholiques et les évangéliques peuvent-ils évangéliser ensemble ? L’Eglise catholique est-elle compatible avec l’Eglise émergente ? Le Père dominicain Michel Mallèvre, directeur du Service national pour l’Unite des chrétiens, n’a pas hésité à répondre à nos questions avec l’esprit d’ouverture qui le caractérise. Quitte à bousculer bien des idées reçues. Interview.

Le Père Michel Mallèvre occupe un des postes les plus passionnants et aussi un des plus délicats à l’Eglise catholique de France. Il est directeur du Service national pour l’Unité des Chrétiens de la Conférence des évêques. Sa mission est à la fois d’animer l’engagement œcuménique de l’Eglise catholique, à la fois de développer des relations avec les autres Eglises, en prenant part à des commissions de dialogue et en participant à des événements d’autres communautés chrétiennes, par exemple des synodes et des congrès des Eglises protestantes.
Pour lui, un des domaines les plus riches – et passionnels ! – est évidemment le dialogue avec les chrétiens évangéliques, qui, par leur jeunesse et dynamisme, interrogent et interpellent à plusieurs titres les catholiques. Michel Mallèvre n’hésite pas à le dire : ces chrétiens-là ont bien des choses à apprendre à l’Eglise catholique. Il le sait d’autant plus qu’il a travaillé en Afrique centrale, où catholiques et évangéliques partagent souvent la même culture et les mêmes modes d’expression. Or l’Eglise catholique de France, avec sa culture qui vise à l’universalisme, est actuellement en train de redécouvrir le défi de l’évangélisation et aussi ses propres richesses.

 

Vous dialoguez souvent avec des évangéliques. On vous a vu récemment suivre le Congrès de la Fédération des Eglises évangéliques baptistes à Roubaix où vous avez fait une intervention appréciée. Etes-vous à l’aise dans ces rencontres ?
Père Michel Mallèvre
: Moi oui, parce que j’ai une certaine habitude. Jusqu’en 2002, j’ai travaillé pendant de nombreuses années en Afrique centrale où j’ai eu beaucoup de contacts avec des Eglises évangéliques. Mes supérieurs m’ont ensuite demandé de rentrer en France pour mener un travail de dialogue avec ces Eglises. C’est seulement après que les évêques m’ont nommé directeur du Service national pour l’Unité des chrétiens.
Cela dit, il y a des différences entre nous et les évangéliques. Certaines différences sont séparatrices.
« Peut-on évangéliser ensemble ? » C’est le titre du dialogue actuel entre l’Eglise catholique et l’Alliance évangélique française. Pourquoi ce thème ?
Ce dialogue a une visée pastorale. On a le souci de rejoindre les problèmes concrets qui se posent. Parmi eux, il y a le problème relationnel : comment travailler ensemble ? Nous nous intéressons aussi au fait que nous sommes devenus des chrétiens minoritaires dans la société. Face au défi d’évangéliser ou de ré-évangéliser, nous devons tous, catholiques et évangéliques, faire entendre une parole que certains veulent étouffer.
Actuellement, des chrétiens d’Eglises différentes se retrouvent dans des lieux publics et parfois dans des initiatives communes : des spectacles, des expositions sur la Bible. Pour certains, le dialogue semble impossible. Avons-nous le même Dieu ? se demandent-ils. Il est vrai que nous nous caricaturons mutuellement. D’autres trouvent d’emblée que le dialogue est simple, mais ils vont découvrir des accents différents sur le salut, sur l’articulation entre annonce de l’évangile et engagement social, puis aussi cette question difficile : où iront les gens qu’on a évangélisés ensemble ?
Rencontrer le Christ, c’est être amené à faire partie d’un peuple. Ce peuple se donne à voir dans des communautés qui sont divisées. Dans la perspective catholique, le lien entre évangélisation et Eglise est très fort. L’Eglise catholique a la conscience d’être le visage concret de l’Eglise fondée par Jésus-Christ dans la plénitude des moyens du salut. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a rien en dehors d’elle.
Etes-vous d’accord pour dire que les catholiques ont des choses à apprendre des protestants en matière d’évangélisation ?
Oui. Le pape Jean Paul II aimait parler de l’échange des dons entre les communautés. C’est une expression que l’on retrouve souvent dans des interventions officielles de l’Eglise catholique. De fait nous croyons que l’Eglise du Christ est vivante aussi dans ces communautés, que l’Esprit de Dieu est agissant en elles. Le Concile Vatican II affirmait déjà que des valeurs de l’unique Eglise du Christ sont parfois mieux prises en compte dans certaines communautés en dehors de l’Eglise catholique. C’est valable entre autres pour les baptistes. Je pense notamment à certains aspects de la communauté accueillante et chaleureuse. Il y a chez beaucoup d’Eglises évangéliques une manière simple de traduire l’Evangile dans la vie concrète qui peut être accueillie par les jeunes d’aujourd’hui.


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Les communautés chrétiennes peuvent échanger des dons entre elles

 

 

Les évangéliques proposent aussi aux jeunes un mode de vie militant mais adapté aux réalités d’aujourd’hui...
Certainement. Le problème de l’Eglise catholique est qu’elle doit gérer un héritage de chrétienté. Longtemps, elle a été très majoritaire en France, mais elle ne l’est plus vraiment. Il faut sans doute changer de modèle mais cela prend du temps. En Afrique, j’ai vu des petites communautés catholiques qui sont assez proches des communautés évangéliques.
Peut-on donc évangéliser ensemble ?
A priori oui, mais la grande question est : dans quelle Eglise les gens touchés par la prédication vont-ils aller ? Vont-ils passer d’un groupe à l’autre ? Nous aimerions, dans ce dialogue, nous encourager mutuellement et en même temps dire aux gens de ne pas se faire trop d’illusions sur le travail d’ensemble.
Que pensez-vous du Parcours Alpha ?
C’est un bon exemple.
D’autres exemples ?Sample Image
On parle de plus en plus de l’Eglise émergente, des Eglises en réseaux, etc. L’idée selon laquelle il faut rejoindre les gens là où ils sont est une bonne idée. Mais il y a un problème : comment faire en sorte que ces nouveaux lieux d’Eglise ne se réduisent pas à des groupes de gens qui se choisissent ? Comment faire Eglise ensemble en peuple « convoqué », avec des gens très différents ? Ce que faisait la paroisse d’antan n’est plus envisageable de la même façon. Mais il ne faut pas qu’on ait désormais une juxtaposition de réseaux d’affinité. S’ils deviennent de simples clubs de copains, ils vont perdre leur dimension missionnaire et ecclésiale. Telle est ma préoccupation.

On entend souvent dans les milieux catholiques et protestants historiques que l’annonce de la Parole doit seulement être implicite. L’évangélisation fait peur. Quel est votre regard sur ce phénomène ?
Je suis historien de formation et sensible aux évolutions. Au XXe siècle, nous sommes passés d’une Eglise catholique qui multipliait les contraintes à une Eglise qui a pris conscience du fossé qui se creusait entre l’institution et les gens. Du coup, elle a développé une théologie de l’enfouissement et pris conscience de la nécessité du respect des différences et du long cheminement des personnes. On est passé également d’une grande place accordée à la dimension doctrinale et aux dévotions à une perspective d’engagement au service du Royaume de Dieu avec les hommes et les femmes de bonne volonté. Or chez les jeunes générations de prêtres et dans les mouvements de sensibilité charismatique, on est en train de faire redécouvrir à l’Eglise catholique deux choses : 1. qu’il y a eu ces dernières années dans l’Eglise un déficit d’expériences spirituelles faisant rencontrer personnellement Jésus-Christ ; 2. qu’il y a un besoin de spiritualité très fort dans la société.
Il faut dire que le monde n’est plus celui des années 50. Un basculement est en train de se faire. C’est l’Histoire. Personnellement, je n’ai pas peur du mot prosélytisme. Il y a un prosélytisme de bon aloi qui consiste à prendre au sérieux les paroles du Christ. S’il est écrit « Allez, faites des gens de toutes les nations des disciples… », c’est parce que nous avons quelque chose à transmettre. Si on n’avait pas évangélisé mon pays, je n’aurais pas eu le bonheur de connaître le Christ. Mais il faut éviter un prosélytisme de mauvais aloi, qui consiste à « faire des disciples » à n’importe quel prix. Personnellement, je suis quelqu’un de respectueux du cheminement des gens.
Un des premiers qui ont parlé de la nécessité d’une annonce de la Parole évidemment respectueuse de la personne était Jean Paul II quand il a lancé la « nouvelle évangélisation ». Or il n’y a aucun doute sur l’objectif : aujourd’hui il faut évidemment ré-annoncer l’Evangile d’une façon explicite en vue de faire découvrir Jésus et le Dieu Père qu’il est venu nous faire connaître.

Recueilli par Henrik Lindell

Cette interview a été relue et amendée par le Père Michel Mallèvre. Elle a été mise en ligne le 18 mai 2008.

 

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