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Valérie Duval-Poujol a coécrit Les 10 clés de la vie spirituelle. C’est un livre de référence qui explique comment la vie spirituelle peut être un long cheminement et une relation avec Dieu, les autres et nous-mêmes. L’universitaire française explique ici comment elle perçoit les besoins des individus en recherche et la nécessité de les accompagner. Elle dit aussi son bonheur de vivre à cette époque moderne, « où tout est possible ».
Valérie Duval-Poujol est une universitaire chrétienne qui évolue dans plusieurs environnements. Elle vit à Sens (Yonne) et enseigne le grec à l’Institut catholique de Paris. Elle représente la Fédération des Eglises évangéliques baptistes dans différentes commissions, par exemple la commission œcuménique. Surtout, elle prépare une thèse conjointe pour l’Institut catholique et pour l’université la Sorbonne. Son travail porte sur la Septante, traduction grecque du troisième siècle av. J.-C. de l’Ancien Testament, écrit en hébreu. « Je travaille sur la Bible que lisait Paul », explique-t-elle pour qu’on comprenne tout de suite l’importance du sujet. Quand Paul parlait des Ecritures, il citait en effet souvent la Septante, comme la plupart des premiers chrétiens. Et alors ? Nous utilisons aujourd’hui une traduction de l’Ancien Testament qui vient non pas de la Septante, mais directement de l’hébreu. Or il y a parfois un écart entre le texte hébreu et la Septante. D’où l’intérêt de bien comparer les deux. Elle nous a accordé un entretien autour de son livre Les 10 clés de la vie spirituelle (Editions Empreinte, 126 pages, 12 euros). Elle l'a écrit avec son père Jacques Poujol, connu notamment pour ses nombreux livres sur la relation d'aide. Ce livre est destiné à tous les chercheurs de sens. On y apprend à se poser des bonnes questions sur soi-même et son environnement lorsqu’on cherche à grandir spirituellement en adulte.
Vous avez écrit avec votre père Jacques Poujol, qui est pasteur et psychothérapeute, Les dix clés de la vie spirituelle. Quelle était votre intention initiale ? Valérie Duval-Poujol : Bien des gens aspirent à une spiritualité. Mais ils veulent aussi mieux comprendre notre époque. Notre livre veut répondre à cette question : comment être chrétien dans une société qui a tellement évolué ? Il s’agit d’une rencontre entre sciences humaines et enseignement biblique. Nous parlons de dix « clés », mais ces clés peuvent aussi être des phases qu’un croyant peut traverser. Avez-vous une cible particulière ? Non, je pense que nous sommes tous en quête ou en marche. C’est d’ailleurs une des traductions possibles du « heureux ceux qui… » dans les Béatitudes (Evangile de Matthieu 5). Il s’agit de nous tous qui sommes en marche et qui avons envie d’être nourris sur notre chemin. En deux mots, quelle est votre représentation de ceux qui peuvent se sentir concernés par l’évangile en France 2008 ? Et comment faire pour être pris au sérieux par eux ? Je pense qu’on est pris au sérieux si on ne se met pas dans une tour d’ivoire. Il faut aussi être au courant des besoins des contemporains et parler leur langue. Ainsi, on n’aura pas réponse à tout, ce qui est impossible, mais peut-être à certaines questions importantes. L’évangélisation pour moi ne peut pas être une forme de recrutement. C’est au contraire accueillir l’autre dans sa différence. Cela dit, notre livre n’est pas conçu comme un livre d’évangélisation. Mais il se trouve que votre livre permet à certains d’avancer sur le chemin de la foi… C’est vrai. On s’est rendu compte que ce livre a fait du bien à des personnes très différentes. Certains lecteurs étaient déjà croyants et pratiquants, d’autres pas du tout. D’emblée, vous insistez sur le fait qu’il y a des conversions différentes. Certains peuvent dater à l’heure près le moment de leur conversion. D’autres, comme Timothée dans la Bible, sont incapables de le faire. On oublie souvent ces derniers, non ? Oui, beaucoup de livres sur la foi mettent en avant des témoignages de conversion spectaculaires. On peut penser qu’il est plus percutant d’utiliser ces témoignages : « c’était tout noir, maintenant c’est devenu tout blanc ». Mais ce n’est pas forcément représentatif. On entend rarement les témoignages de gens qui ont grandi dans la foi. Tout le monde n’a pas une date de conversion radicale. Certains en ont plusieurs ou alors ils ont cheminé en douceur. C’est le cas de Timothée, qui est tombé dedans quand il était petit. Pour l’apôtre Paul, c’est l’inverse. Mais est-il fréquent que des gens se convertissent d’une manière aussi spectaculaire que Paul ? Oui, cela arrive souvent. Mais, en ce qui concerne Paul justement, on parle rarement de la suite. Il lui a fallu presque dix ans avant qu’il parte en ministère. Ils les a probablement passés avec ses amis chrétiens à Tarse où il a étudié les écritures à la lumière de ce qu’il a vécu lors de sa conversation. Il faut en effet un certain temps pour passer de l’obéissance pharisienne à la Loi à la pleine compréhension de l’évangile de la grâce. Il faut aussi du temps pour comprendre comment on peut l’expliquer aux autres. D’ailleurs, lors de son premier voyage missionnaire, Paul n’est pas seul, il accompagne quelqu’un. De quoi les gens en recherche ont-ils surtout besoin ? Si la question est vraiment celle du sens et de l’identité de la personne, il ne faut pas se contenter d’un vernis. Il faut accompagner la personne dans la construction de son identité. Lors d’une conversion, on devient une « nouvelle créature », comme il est écrit dans la Bible. En grec, il y a deux mots pour nouveau : neos et kainos. Le premier signifie quelque chose qui est complètement nouveau. Mais le deuxième mot, kainos, veut dire quelque chose qui est renouvelée, donc une nouveauté qualitative. La personne qui devient « une nouvelle créature » par sa conversion ne doit pas forcément rejeter tout ce qu’elle était avant, tout ce qu’elle aimait et ses racines culturelles. Au contraire, elle garde son identité, mais il y aura un renouveau. L’amour de Dieu va effectivement modifier qualitativement la vie. C’est ainsi que j’entends personnellement l’expression « nouvelle créature ». En tout cas, il vaut mieux expliquer les choses ainsi.

Accompagner, cela ne s’improvise pas… Oui. Si j’apprends que j’ai une rupture d’anévrisme, par exemple, je vais consulter un spécialiste, puis aller dans un hôpital pour me faire opérer. Mais si j’ai un problème psychologique ou de santé spirituelle, je risque de me confier seulement à des amateurs. On n’ose pas demander aux gens : quelle est ta formation pour m’accompagner ? On bricole plus facilement avec sa santé mentale. Mais en matière d’accompagnement spirituel, il vaut mieux demander de l’aide à des gens expérimentés et qui ont une formation. La France compte statistiquement de moins en moins de chrétiens « pratiquants ». Est-ce que cela vous inquiète en tant que chrétienne ? Non. Si j’avais la possibilité de choisir de vivre à différentes époques, je choisirais d’emblée celle-ci. Chrétiens, nous avons des opportunités incroyables qui n’existaient pas il y a encore 50 ans. Si en plus je prends en compte le fait que je suis femme, alors… Tout est possible. On vit une époque où le sujet émerge. J’aime cette époque. On peut vivre individuellement. Certes, c’est plus compliqué. Nous sommes plus fragiles. Mais c’est beaucoup plus passionnant. Avant, tout était déjà figé par des devoirs et des conventions sociales. Maintenant, le « je » devient important. L’évangile est une adresse personnelle. Le christianisme de masse, de culture générale, disparaît peut-être. Mais ce qui est vraiment important est l’adhésion personnelle. Est-on sûr qu’il y avait plus de chrétiens vraiment convaincus dans le passé ? Aujourd’hui, quand on se convertit, c’est un choix cent pourcent personnel. Beaucoup de chrétiens sont pourtant alarmistes. Il n’y aurait plus de repères, pensent-ils. Oui, mais c’est un peu comme les politiciens qui ont un discours sécuritaire alarmiste. C’est dans l’air du temps. C’est une façon d’exercer le pouvoir. Au lieu de prendre le temps d’expliquer les rouages du monde au niveau de la macroéthique, on pinaille sur des détails au niveau de la microéthique (à une époque c’était par exemple le port du pantalon pour les femmes). On culpabilise les gens à outrance de ne pas respecter certains ordres de cette microéthique, on leur fixe des idéaux de comportements qui n’ont rien à voir avec l’évangile. Au contraire, on devrait les aider à se construire une opinion critique (comme les chrétiens de Bérée dans les Actes des apôtres), à devenir pleinement sujet, à l’image de Dieu, les aider à découvrir leur talent et à le mettre au service des hommes. Cette façon d’être chrétien, de tenter de rendre les personnes matures, prend plus de temps. Mais il est toujours plus facile de culpabiliser les gens que de les responsabiliser. Quel est votre regard sur l’Eglise émergente ? J’ai compris que l’Eglise émergente prend en compte les deux pôles de l’identité et de la construction identitaire : sécurité et créativité. On a besoin de sécurité, de se ressembler. Mais si on ne fait que cela, c’est le clonage. Zéro créativité. Il faut donc aussi être dans la créativité, être différent aussi. Mais si on est seulement différent, on n’a aucun point en commun avec les autres. Il faut les deux. C’est vrai aussi pour nos Eglises : créativité et sécurité. Si on est une Eglise déjà établie avec une certaine assise, il faut en effet essayer d’être créatif. Mais n’oublions pas le besoin de sécurité. Quand quelqu’un a peur du changement, il faut lui parler de la sécurité. Tout est question d’équilibre !
Recueilli par Henrik Lindell
Cet article a été mis en ligne le 22 mai 2008
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