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Comment envisager l’évangélisation en France 2008 ? Qu’est-ce que la croissance d’une église locale ? Comment l’encourager ? David Razzano est le « Monsieur Evangélisation » chez les baptistes français, un « pro des pros » de la construction des communautés rayonnantes. Il insiste sur l’importance de l'authenticité des chrétiens et des relations interpersonnelles. Interview.
Vous êtes directeur du département évangélisation de la Fédération des Eglises évangéliques baptistes. Concrètement, quelle est votre mission ? L’évangélisation est le fer de lance des baptistes. Notre département a vocation à garder vive cette flamme et à entretenir une vision dynamique de l’évangélisation en encourageant d’une part les Eglises fédérées à plus que des « efforts d’évangélisation » (deux mots qui ne sont pas faits pour s’entendre !), à être des communautés rayonnantes. Nous sommes en mesure d’opérer des stimulations, de mettre à la disposition des églises des ministères qui peuvent les aider à mettre sur pied des projets concrets. Nous les aidons pour toute initiative d’essaimage. Nous avons aussi un versus « implantation » et « postes d’évangélisations » qu’il est de notre responsabilité et de notre compétence d’accompagner au fil des années. Nous sollicitons des missions partenaires pour envoyer des ressources humaines et financières. Au travers de « conventions » ou de « contrats », nous pouvons accompagner ces implantations vers la croissance. Qu’est-ce que « la croissance » quand on parle d’une église ? Il y a croissance, bien sûr, quand le nombre de membres augmente. Mais je préfère le dire autrement. Il s’agit du nombre d’hommes et de femmes qui reconnaissent en Jésus Christ leur sauveur. L’objectif premier n’est pas de faire grandir le nombre de membres d’une association cultuelle afin d’avoir des moyens supplémentaires. A la rigueur, si ceux qui se convertissent n’ont pas de moyens financiers, ce qui est souvent le cas, cette stratégie douteuse serait de toute façon vaine. Il faut récuser la vision du rendement potentiel. Deuxièmement, la croissance d’une église concerne la vie spirituelle. Nous développons ainsi un programme dans les églises locales qui a pour vocation de former des disciples. Ce programme a pour vocation d’encourager l’émergence des dons et des ministères. Le terme croissance concerne aussi la reproduction. Pour moi, l’église est équivalente à un organisme humain. Au fur et à mesure que l’individu se développe dans son intégrité physique, psychologique et spirituelle, il devient en mesure de se reproduire. Une église qui croît normalement doit pouvoir donner naissance à d’autres nouvelles églises. Celles-ci n’auront pas automatiquement la même forme que la sienne. Cette reproduction n’est possible qu’à partir du moment où l’on a expérimenté la reproduction en interne, en encourageant des ministères et la croissance spirituelle des membres. Qu’est-ce qu’un disciple ? C’est un chrétien qui, avant de faire valoir son appartenance à une église, doit manifester dans sa vie concrète et quotidienne qu’il est quelqu’un qui pense sa vie avec Dieu. De ce fait, il va authentiquement vivre de la présence du Christ et partager la présence du Christ avec son prochain. C’est un partage qui doit être vécu dans le respect de l’autre. Le Christ qui est vivant travaille à ses côtés et vice versa. Les évangéliques et les catholiques, peuvent-ils « évangéliser ensemble » ? C’est le thème d’un dialogue entre l’Eglise catholique et l’Alliance évangélique française. Votre réponse ? Je suis pragmatique. J’apprécie le dialogue institutionnel et théologique, mais je préfère la rencontre concrète avec les autres chrétiens. Je suis très engagé auprès de l’association Alpha France. J’y collabore avec des chrétiens catholiques, réformés, luthériens, anglicans et évangéliques. Mais la majorité est catholique. Nous y travaillons ensemble sur des visions évangélisatrices. Mais cela ne veut pas dire que nous encouragions, dans le cadre des parcours Alpha, des actions d’évangélisation communes. Nous avons conscience qu’après la conversion, les disciples se dirigent vers des Eglises différentes avec des ecclésiologies particulières. A ma connaissance, seules deux Eglises baptistes de notre Fédération font des parcours Alpha avec les catholiques. Les paramètres locaux le permettent. Je ne décréterais pas l’obligation d’évangéliser ensemble. Par contre, cela vaut la peine de réfléchir ensemble, de conjuguer ensemble nos expériences et notre ressenti. Ce dialogue et des temps de prières ensemble sont possibles et nécessaires. Une question impossible : qu’est-ce qui « marche » en matière d’évangélisation ? Il faut faire feu de tout bois. La société française est plurielle. De ce fait, il ne peut y avoir une méthode qui soit la même partout. Il faut s’adapter à la culture des gens, à leurs terroirs, à leur langage. Cela dit, rien ne remplace la relation interpersonnelle. D’où l’importance de la vie d’un disciple authentique. Lui peut développer des relations intelligentes, humaines, sincères, fraternelles, qui peuvent éveiller le besoin de Dieu chez l’autre. A ce titre, il faut se méfier de la notion de « l’évangélisation par l’amitié ». Elle peut donner lieu à une perversion de l’amitié. Mais si l’amitié facilite la présentation du Christ, on a répondu d’une part au désir du cœur de Dieu qui est de se révéler aux hommes et d’autre part au besoin des cœurs des personnes qui sont nos amis. Or toutes les personnes ne ressentent pas forcément de besoins spirituels au moment précis où vous les rencontrez. Je crois aussi qu’il est important d’organiser des rencontres qui font sens. Il faut essayer de rassembler du monde autour de l’évangile. On peut mettre en valeur le témoignage des gens sur le plan artistique. Personnellement, j’y suis très sensible. On peut aussi faire venir des évangélistes. Mais il me semble important de permettre au public de ne pas seulement être des auditeurs silencieux. Dans les médias, on parle souvent des nouveaux besoins spirituels qui s’exprimeraient dans la société. Qu’en pensez-vous ? Je ne crois pas qu’il y ait une expression nouvelle de spiritualité. Mais il y a des expressions différentes. Aujourd’hui, notre société est hyper sécularisée, très anxiogène et très individualisée. Il y a un vrai besoin spirituel. Le problème est qu’il ne s’exprime pas d’une façon évidente. On n’entend pas les gens du voisinage regretter qu’une église ferme ses portes, par exemple. Mais on peut arriver à percevoir les besoins spirituels à partir du moment où l’on vit cette relation personnelle et où nous exprimons cette relation et quand cela déclenche chez l’autre un processus et un cheminement dans sa propre vie spirituelle. La presse et les sociologues notent qu’il y a une désaffection de l’expression rituelle du christianisme. Mais ce n’est pas nouveau. Déjà dans les années 30, on pouvait le constater. Or tout ce qui est rituel ou traditionnel n’est pas inutile ou mauvais. Certains y sont très attachés. La question est : comment faire rencontrer la tradition et l’expression des besoins nouveaux ? L’intelligence de la foi consisterait à démontrer qu’il y a des traditions qui restent toujours fraîches. Puis il y a des rites qu’il faut savoir remettre en question. La force des évangéliques est sans doute de rester fermement attachés à des bases fondamentales, mais qui sont toujours fraîches, et de savoir donner constamment des expressions nouvelles qui répondent aux besoins des jeunes générations. Il y a là des tensions créatrices. Méditons ces paroles de Jésus : « Si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. » (Jean 12.24) La mort à soi-même est un vrai chemin d’expérience spirituelle. Le christianisme a matière à réfléchir fondamentalement au fait de mourir à soi-même. On peut apprendre ainsi à trouver des nouvelles expressions chrétiennes.
Recueilli par Henrik Lindell Article mis en ligne le 1er juin 2008
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