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Ronald Boyd-MacMillan : la réalité de l'église persécutée PDF Imprimer Envoyer

Sample ImageEnviron 300 millions de chrétiens seraient persécutés. Le christianisme est la religion la plus durement réprimée au monde. Cette violation des droits humains, systématique dans certains pays musulmans et communistes, est multiforme et peut même provenir des chrétiens eux-mêmes. Le chercheur et journaliste de Portes ouvertes Ronald Boyd-MacMillan, auteur d’A toute épreuve, un livre référence sur le sujet, nous aide à y voir plus clair. Interview.


Cette interview a été faite en novembre 2008 à Melun en région parisienne lors d’un séminaire organisé par Portes Ouvertes, l’association qui soutient les chrétiens persécutés dans le monde. Avec la précision et la bienveillance qui semblent le caractériser, l’Ecossais Ronald Boyd-MacMillan y explique des réalités essentielles à comprendre si on veut vraiment aider ces chrétiens-là.
Mais pour bien appréhender les enjeux, nous vous recommandons fortement de lire son livre
A toute épreuve. La réalité de l’Eglise persécutée aujourd’hui. (Editions Excelsis/Portes Ouvertes, 398 pages, 19 euros). MacMillan a plusieurs décennies d’expérience des chrétiens persécutés, notamment en Asie. Il fait comprendre les réalités des chrétiens indiens et chinois, en particulier. Il théorise aussi (un peu) autour des sources de la persécution et il explique utilement ce qu’il faut faire pour bien aider les communautés concernées. Il n’est pas toujours conseillé d’envoyer des sommes d’argent, par exemple. La dernière partie du livre est peut-être la plus importante : elle explique ce que nous pouvons apprendre des chrétiens persécutés. En l’occurrence « le combat dans lequel nous sommes ». Certains souffrent pour leur foi et l’Eglise croît ainsi, mystérieusement. Mais en Occident, on souffre moins et l’Eglise ne croît pas beaucoup. MacMillan écrit : « Ne pas être conscient de la réalité de ce combat quotidien pourrait bien être le signe que vous êtes en train de perdre la bataille de la vie. » Ce langage ne plaira pas à tous les chrétiens. Rassurez-vous, MacMillan ne fait pas l’apologie de la souffrance. Au contraire, il veut mener une vie paisible. Mais il est réaliste. L’évangile est un scandale et il gêne toujours certains dans notre entourage. Si vous ne le savez pas, il y a un problème. « Le christianisme, dit MacMillan, devrait toujours représenter une menace pour le statu quo. Si ce n’est pas le cas, alors nous devons revenir à la case départ et nous demander si c’est vraiment le christianisme que nous avons reçu ! »
Les journalistes Henrik Lindell et Philippe Malidor (Radio Réveil) ont posé les questions.

Vous dites dans votre livre que Mao Zedong est considéré par certains chrétiens chinois comme le meilleur pré-évangélisateur. On le perçoit plutôt comme un farouche persécuteur. Pouvez-vous expliquer ?
Leur argument est que le peuple chinois n'était pas particulièrement religieux avant l'arrivée au pouvoir de Mao. Ils ont une culture confucianiste, qui fonctionne surtout comme un système éthique. Quand Mao est arrivé au pouvoir, il a dit qu'il construirait ciel sur la terre. Il avait besoin de gens qui mettaient leur foi dans « la vérité ». Il a organisé toute la société avec son Petit livre rouge. Il a appris à la société de l'adorer. Le problème, c'est qu'il a appris aux Chinois de l'adorer, lui !
Quand il est mort en 1976, il y avait encore quelques évangélistes en Chine qui avaient échappé à la persécution. Ils sont partis à la campagne pour évangéliser. Au contact de l’Evangile, un nombre important de personnes ont alors compris qui ils devaient adorer. « Nous pensions que c'était Mao, mais Mao ne peut pas être Dieu, puisqu'il est mort, disaient-ils. Les dieux ne meurent pas. Nous allons donc mettre notre foi en Jésus, vrai Dieu puisqu'il vit pour toujours. »
Mao Zedong a préparé les gens à adorer. Quand les idoles étaient détruites, ils ont couru vers le vrai Dieu. Mao lui-même pensait qu'il détruisait l'Eglise, mais il était, grâce à Dieu, en réalité un pré-évangélisateur.
Ceci est vrai pour le réveil rural en Chine. Dans les villes, c’était différent. Mais il s’agit au total d’un phénomène typiquement chinois. Vous n'entendrez jamais un Russe dire que Staline a apporté le réveil à son pays !
Les chrétiens chinois membres du Parti communiste, sont-ils des faux communistes et des vrais chrétiens ?
Je suppose qu’ils ne sont plus communistes, mais ils doivent garder le secret. Personne ne croit vraiment au communisme en Chine. Le plus difficile, c’est pour les cadres chrétiens du Parti. Techniquement, il est interdit d’être chrétien pour un communiste. En général, personne ne fait attention à cela, mais si par exemple, deux personnes aspirent au même poste, l’un peut dire : j’ai vu l’autre à l’église. Ce serait un problème pour ce dernier. Alors les chrétiens sont silencieux et fonctionnent un peu comme Nicodème dans l’évangile.
Vous dites dans votre livre que la persécution est souvent bien organisée, comme par exemple en Inde. Mais est-ce ainsi partout ? Les manifestations violentes antichrétiennes semblent souvent spontanées.
Les campagnes de persécution les plus efficaces sont souvent extrêmement bien organisées. Il est vrai qu’en Indonésie, par exemple, les foules peuvent devenir vraiment violentes après la prière les vendredis. Or, ces foules sont quand même manipulées par quelqu’un au sommet d’une organisation qui, elle, veut vraiment combattre le christianisme. Il est très rare que les chrétiens fassent les frais d’une foule rassemblée spontanément.
Il peut sembler paradoxal que le plus grand pays chrétien au monde, les Etats-Unis, ont suscité, par la guerre en 2003, une chasse aux chrétiens sans précédent dans un des pays où le christianisme trouve ses sources : l’Irak. Vos commentaires ? Obama pourra-t-il changer ce phénomène ?
Il faut d’abord nuancer votre affirmation. Au Kurdistan, dans le Nord de l’Irak, la guerre en Irak a amélioré la situation pour l’Eglise. Les Kurdes ont pu se retrouver. Ils sont très ouverts à la foi chrétienne.
Mais dans le reste de l’Irak, surtout dans le sud du pays, je ne vois rien de bon pour les chrétiens, c’est vrai. Ils sont les cibles d’extrémistes musulmans. Sur l’avenir, je suis sûr d’une chose : Obama ne tiendra pas toutes ses promesses. Personne ne le fait.
Sample ImageDans les années 80 et 90, on pouvait croire à un lien entre la campagne de prière menée par Portes Ouvertes et la chute du Mur de Berlin. Mais une campagne similaire pour la Corée du Nord n’a pas donné de résultat tangible. Comment l’expliquez-vous ?
Oh si, il y a eu un changement ! La Corée du Nord a connu un réveil ces cinq dernières années. Lors de la famine il y a une dizaine d’années, un à deux millions de Nord-coréens se sont réfugiés en Chine. Dans ces zones frontalières, beaucoup de Chinois parlent également coréen. Les Nord-coréens affamés ont vite fait le constat suivant : en frappant aux portes des chrétiens, ils ont été accueillis et nourris. Au cas où ils tombaient sur des non-chrétiens, ils ont été dénoncés et renvoyés. Beaucoup sont morts ainsi. Ces Nord-coréens ont compris que les chrétiens prenaient des risques pour les protéger. En leur demandant pourquoi ils ont fait preuve d’une telle charité, les Chinois ont répondu : « Vous êtes aussi importants aux yeux de Dieu que nous. Dieu vous aime autant qu’il nous aime. » Résultat : environ 400 000 Nord-Coréens sont devenus chrétiens durant cette période. Il y a dix ans, on estimait leur nombre à seulement 5000. Beaucoup de ces Nord-coréens, sinon la majorité, sont retournés dans leur pays, malgré les risques. Le fait d’être chrétien en Corée du Nord peut vous conduire au camp de travail. Mais ils veulent témoigner pour leurs familles. Il faut noter que ce réveil a eu lieu lors d’une famine. Dieu a utilisé le mal.
Vous êtes un des rares à insister sur les effets désastreux des bonnes intentions de certaines méthodes d’évangélisation. Que faut-il éviter quand on cherche à évangéliser ?
Il faut faire très attention avec l’argent. J’ai rencontré des Américains en Chine qui ont donné 50 000 dollars à un responsable d’un mouvement d’églises de maison. C’est une somme colossale en Chine. Ils lui ont dit : « Tenez, c’est un cadeau de notre église. Faites-en ce que vous voulez. » C’était terrible ! L’homme qui a reçu l’argent a acheté des centaines de téléphones portables qu’il a distribués aussitôt. Ceux qui n’ont rien reçu n’étaient pas contents et ont quitté l’église. J’ai entendu récemment que l’homme vit maintenant aux Etats-Unis. Il a envoyé son fils à une faculté de théologie avec l’argent qui était destiné à son église ! Mais est-ce sa faute ? N’est-ce pas plutôt la faute des personnes qui lui ont donné cette somme ? La tentation était trop forte.
Autre chose à éviter : raconter des histoires trop extrêmes en prétendant qu’elles sont ordinaires. Il faut savoir qu’en Chine, tous les chrétiens ne sont pas en prison ou en train de se faire arrêter. La grande majorité des chrétiens chinois n’iront pas en prison. Telle est la situation habituelle et nous devons la prendre en compte. Si nous pensons que les chrétiens chinois sont tous en prison, nos stratégies seront erronées.
Que faut-il absolument savoir quand on veut aider les chrétiens persécutés ?
La clé d’une aide efficace à une communauté persécutée est celle qui concerne la transmission de la foi d’une génération à l’autre. S’il est très important de trouver un logement pour la veuve d’un martyr, par exemple, il ne faut pas s’arrêter là. Il faut s’assurer que la mère puisse transmettre la foi à son enfant, qu’un pasteur puisse enseigner, que les Eglises puissent fonctionner. A titre d’exemple, les enfants ont toujours besoin d’une littérature chrétienne.
Je rappelle ces choses simples, car il faut se rendre à une évidence qu’on oublie parfois : la persécution peut vraiment tuer l’Eglise. C’est ce qui s’est passé en Afrique du Nord au Moyen Age.
Les chrétiens persécutés doivent-ils travailler avec les ONG de défense des droits humains ?
Oui, absolument. Il faut créer des alliances, par exemple pour libérer des prisonniers. L’Eglise persécutée est toujours un groupe vulnérable et mal compris. Les groupes de défense des droits humains sont excellents quand il s’agit de défendre quelqu’un légalement et politiquement. Moi, j’ai toujours travaillé avec Amnesty International et Human Rights Watch. L’expérience est très positive, même si nous avons parfois des approches différentes.
Vous dites que les problèmes viennent parfois des chrétiens eux-mêmes. Comment ?
Une des stratégies du persécuteur est d’installer des pasteurs qui paralysent l’Eglise. Dans l’ex-Union soviétique, le KGB utilisait cette technique. Mais nous pouvons le faire aussi dans nos sociétés ouvertes. Prenez ces pasteurs animés par leurs propres égos et non pas par le Christ. Ils font très bien le travail des persécuteurs. Moi, je pense que le Christ finira par intervenir.
Sample ImageLes Etats occidentaux se veulent neutres par rapport aux religions. Mais parfois, les religions sont exclues du débat public sur les valeurs de notre société. Quel est votre regard sur ce phénomène ?
Ceci est une question importante. L’Eglise doit lutter pour reprendre son droit d’exprimer sa foi dans la sphère publique. Certains facteurs rendent cela plus difficile aujourd’hui. D’autres le rendent plus facile. La révolution des droits humains nous a aidés. Nous avons par exemple le droit d’évangéliser. Cela peut gêner certains, mais il faut savoir que nous avons ce droit.
Mais l’Eglise doit refuser ce chantage qui consiste à accepter l’idée qu’on a le droit d’exister tant qu’on garde sa foi en privé chez soi. Nous devons être plus radicaux que cela. Et je dirais même moins schizophrènes. Nous devons vivre notre foi. Il faut être prêt à accepter une certaine persécution. Le directeur de la BBC, Mark Thompson, est un chrétien très engagé. Il est mis au pilori pour cet engagement. Certains disent que la BBC veut restaurer un fondamentalisme religieux ! Mais il tient bon. Les chrétiens dans des positions délicates doivent être soutenus. J’espère qu’ils peuvent faire comprendre à nos sociétés sécularisées que les gens ont besoin de vivre leur foi.
La pensée séculière ne comprend pas la foi parce qu’elle considère que la foi est privée. Cette idée doit être combattue.
Pouvez-vous imaginer de travailler avec des représentants d’autres religions pour protéger des libertés religieuses ?
Oui. C’est parfois obligé. Par exemple en Irak. Beaucoup de leaders musulmans, par exemple, considèrent que nous sommes des gens du Livre et que nous avons aussi besoin de louer Dieu. Ils protègent bien l’Eglise. Grâce à leurs positions, ils protègent parfois mieux l’Eglise que ne le font les chrétiens eux-mêmes.
Beaucoup de musulmans se disent persécutés en Occident. Qu’en pensez-vous ?
Certains le sont. Comme les chrétiens, ils souffrent de certaines formes extrêmes de sécularisme. Ils trouvent surtout qu’il est difficile de vivre leur foi dans la sphère publique. En effet, ils ne font pas cette distinction entre vie privée et vie publique que beaucoup de chrétiens arrivent si facilement à faire. Dans ma ville, il y a un leader musulman qui reçoit des visites de la police chaque semaine. Motif : il a reçu dans le passé des extrémistes dans sa mosquée. Mais il les a dénoncés lui-même à la police. Mais la police le harcèle maintenant. C’est injuste. La police ne peut pas admettre cette simple idée que ce monsieur est quelqu’un de bien.
Comment comprenez-vous l’athéisme de Richard Dawkins, très à la mode en Grande-Bretagne, notamment ?
C’est un athéisme extrémiste que je qualifierais de religieux. Richard Dawkins lui-même est une personne très religieuse. Ce phénomène me fait penser aux régimes communistes dits « athées ». Ils avaient tous des systèmes de culte, des textes sacrés, des « églises » et des dieux. Les athées extrémistes de nos jours fonctionnent de la même manière. C’est seulement plus intellectuel. Ils sont allés au-delà du domaine empirique. Leur idée selon laquelle toutes les religions sont mauvaises n’est pas une affirmation scientifique. C’est une conviction qui relève d’une croyance. L’argument est religieux.
Cela dit, je pense que cet athéisme extrême peut être bon pour l’Eglise. Les gens vont découvrir à quel point ces athées sont extrémistes et amers à l’égard de Dieu. Beaucoup de gens sont perturbés par Dawkins. Et n’oublions pas qu’en même temps, en Occident, nous sommes en train de ré-sacraliser Dieu. Prenez la saga sur Harry Potter. C’est un mythe qui rappelle le christianisme. Des millions de gens le lisent.
Propos recueillis par Henrik Lindell (avec Philippe Malidor de Radio Réveil)

Les photos de Ronald Boyd-MacMillan appartiennent à Portes Ouvertes.

Cet article a été mis en ligne le 22 janvier 2009.

 

 

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