Dieu et Moi

Pensée de la semaine | Le préservatif, le Pape et le sens de la vie

Pensée du 26 mars au 1er avril. Grâce à une phrase maladroite prononcée dans l’avion qui l’amenait en Afrique le 17 mars, le Pape Benoît XVI a suscité encore un de ces débats hystériques sur sa compréhension du monde moderne. Disons-le sans ambages : la Bible n’interdit pas le préservatif pour les couples mariés ! C’est la position des Eglises protestantes et évangéliques, connues pour leur fidélité aux textes. La doctrine catholique en cette matière surprend par sa recommandation d’éviter les préservatifs et par son décalage avec ce que vivent la plupart des catholiques. Quel sens donner à ce débat qui concerne notre sexualité ? Richard Vandenbroucque nous propose cette réflexion personnelle.

 

Par Richard Vandenbroucque
Préservatif. Le Pape a donc fini par lâcher ce mot dans le but de condamner.
Je peux imaginer le stress d'un jeune qui pour la première fois se lance dans la relation amoureuse sans filet de sécurité parce que le ou la partenaire suggère que le préservatif est un « manque de confiance ». Car pour un jeune qui veut être sérieux dans une relation d'amour, ce n'est pas simple. La réalité d'un engagement sérieux n'est pas évidente. Et les campagnes de pub et les encouragements à se protéger ne répondent pas à toutes les questions.
Le pape en route vers l'Afrique a voulu rappeler le dogme romain pour le peuple africain. Il voudrait interdire l'utilisation des préservatifs et aussi imposer un moratoire sur la vie sexuelle des africains.
Mais comment un haut responsable d'une Eglise peut-il sortir la capote du champ des relations sexuelles alors qu'une énorme incertitude existe ? Comment imposer à une Afrique souvent bigame ce type de règle ? Comment imposer à une Afrique souvent déplacée, persécutée, appauvrie ce type de considération froide ? Une femme qui sait son mari contaminée par une concubine va-t-elle consciemment avoir des relations non protégées et donner naissance à des enfants malades ? On pourrait trouver des exemples à l'infini montrant ainsi la limite d'une telle déclaration. Qui peut imaginer que l'acte sexuel peut amener la mort ?
Dans ce débat où des chrétiens aiment mettre en avant leur "éthique sexuelle", il faut reconnaître que l’interdiction du préservatif ne peut se vivre que par des personnes convaincues de la justesse du principe et qui sont en mesure de faire ce choix en toute connaissance.
Le changement de comportement dans ce domaine ne va pas de soi. Jésus lui-même nous parle d'abord d'un changement de cœur qui amène un changement de comportement. Jésus aimait fréquenter les personnes à risque sexuel, dont les femmes adultères. Il savait leur parler. Dans l’évangile de Jean chapitre 8, nous lisons :

3 Tout à coup, les spécialistes de la Loi et les pharisiens traînèrent devant lui une femme qui avait été prise en flagrant délit d'adultère. Ils la firent avancer dans la foule et la placèrent, bien en vue, devant Jésus.
4 Maître, lui dirent-ils, cette femme a commis un adultère; elle a été prise sur le fait.
5 Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider les femmes de ce genre. Toi, quel est ton jugement sur ce cas?

6 En lui posant cette question, ils voulaient lui tendre un piège, dans l'espoir de trouver quelque prétexte pour l'accuser.  Mais Jésus se baissa et se mit à écrire du doigt sur le sol.

7 Eux, ils insistaient, répétant leur question. Alors il se releva et leur dit: Que celui d'entre vous qui n'a jamais péché lui jette la première pierre !

8 Puis il se baissa de nouveau et se remit à écrire sur le sol.
9 Après avoir entendu ces paroles, ils s'esquivèrent l'un après l'autre, à commencer par les plus âgés, laissant finalement Jésus seul avec la femme, qui était restée au milieu de la cour du Temple.

10 Alors Jésus leva la tête et lui dit:
Eh bien, où sont donc passés tes accusateurs? Personne ne t'a condamnée ?
11 Personne, Seigneur, lui répondit-elle.
Alors Jésus reprit : Je ne te condamne pas non plus. Va, mais désormais, ne pèche plus.

Le changement du cœur précède la recommandation de Jésus de changer de vie et de comportement sexuel. Jésus a d'abord encouragé et vu le changement du cœur avant de dire "ne fais pas ceci ou cela". La Bible parle d'une conversion du cœur qui fait que l'être humain concerné choisisse de suivre une autre voie que celle risquée d'une vie sexuelle débridée et risquée hors de toute fidélité. La fidélité, l'amour (agapè), l'abstinence sont le fruit d'un parcours personnel avec Dieu et non pas des conditions requises. Comment peut-on imposer un tel comportement de vie qui est le fruit d'un choix de vie avec et pour le Christ ? Les chrétiens en général et le Pape en particulier devraient parler du changement de vie, de cœur et de mentalité que génère la conversion au Christ. Là, ils toucheraient au vrai sens de la vie.

Cet article a été mis en ligne le 26 mars 2009